Coupe du monde 2018: «On va montrer l’exemple à beaucoup de pays dans la lutte contre les discriminations»

INTERVIEW Alexei Smertin, référent de la lutte contre les discriminations et le racisme au sein du comité d’organisation du Mondial, répond aux questions de 20 Minutes…

Julien Laloye

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Alexei Smertin assure que la Russie va organiser la Coupe du monde la plus sûre de l'histoire.
Alexei Smertin assure que la Russie va organiser la Coupe du monde la plus sûre de l'histoire. — Yuri KADOBNOV / AFP
  • La crainte de discriminations racistes où à l'orientation sexuelles sont vives avant le Mondial en Russie.
  • Alexei Smertin, référent de la lutte contre les discriminations et le racisme au sein du comité d’organisation du Mondial, a répondu à nos questions.
  • Pour lui, la Russie «accueillera la Coupe du monde la plus sûre de l’histoire et qu'elle sera un modèle pour la lutte contre les discriminations».

De notre envoyé spécial en Russie,

« Désolé, mon français est un peu rouillé, ça ne vous embête pas si je vous réponds en anglais ? » Alexei Smertin est un homme modeste. L’ancien international russe (55 n’a joué que trois saisons à Bordeaux il y a déjà longtemps, mais il parle encore notre langue parfaitement. C’était au début du siècle (2000-2003), et depuis, le bonhomme a fait du chemin, jusqu’à être nommé référent de la lutte contre les discriminations et le racisme au sein du comité d’organisation de la Coupe du monde. A quelques heures du match d’ouverture à Moscou, Smertin assure que la Russie accueillera la Coupe du monde la plus sûre de l’histoire et qu'elle sera un modèle pour la lutte contre les discriminations.

Les médias occidentaux ont évoqué longuement des problèmes de racisme et de discrimination en Russie ces dernières années. Avez-vous des inquiétudes à ce sujet ?

Des cas de racisme et de discrimination arrivent dans toutes les parties du monde, malheureusement. Il est évidemment indispensable de réagir lorsque ça se produit, en Russie comme ailleurs. Mais une Coupe du monde, c’est les grandes vacances du foot et de l’amitié entre les peuples. Celle qui s’annonce en Russie ne connaîtra pas de discrimination et sera la plus sûre de l’histoire en terme de sécurité.

Quelles mesures ont été prises pour s’assurer qu’il n’y aura pas d’incidents racistes pendant la Coupe du monde ?

D’abord, nous avons mis en place une carte d’identité pour chaque fan qui permettra d’assurer les responsabilités des uns et des autres en cas d’incident. Cette carte permet l’accès au pays sans avoir besoin de demander un visa, mais si son propriétaire ne respecte pas les règles dans le stade ou autour, sa carte sera bloquée et il ne pourra plus accéder aux évènements. Ensuite nous avons mis en place avec la Fifa une procédure en trois étapes dans les stades pour veiller à ce qu’aucun débordement ne passe inaperçu. Une surveillance vidéo permanente, des observateurs disséminés dans le stade [3 par rencontre], et des forces de sécurité en nombre.

Des cris de singe ont été entendus lors du dernier match amical entre la Russie et la France. L’enquête a-t-elle permis d’arrêter les responsables ? Est-ce que vous pensez que ça peut se reproduire pendant la Coupe du monde ?

L’enquête est close et les responsables seront bientôt jugés par un tribunal. Ils seront interdits de stade. Il s’agit d’une minorité de personnes qui étaient assises près d’un micro servant à la retransmission du match, ce qui a amplifié la portée de leurs cris. Cela n’a duré que quelques secondes et les supporters installés près d’eux leur ont immédiatement fait une remarque. J’espère de tout cœur que pareil incident ne se reproduira pas pendant la compétition, mais si c’est le cas, les responsables seront bannis des stades.

Les hooligans russes ont laissé un très mauvais souvenir en France. Les fans anglais, particulièrement, peuvent-ils se rendre en Russie l’esprit tranquille malgré les relations tendues entre les deux pays et les bagarres de l’Euro 2016 ?

On est impatients de recevoir les fans britanniques car on sait à quel point ce sont des supporters extraordinaires pour leur équipe. Je suis persuadé que tout se passera bien. Le football et la politique, ce n’est pas la même chose. D’ailleurs plusieurs équipes anglaises se sont déplacées en Russie cette saison en Coupe d’Europe, comme Manchester United, Liverpool ou Arsenal, et il n’y a eu aucun problème avec les hooligans.

Il y a eu beaucoup d’avertissements de la part d’associations qui conseillent aux gays de ne pas montrer de signes d’affection dans la rue ? Est-ce exagéré selon vous ?

Aucune loi n’interdit de montrer ses sentiments dans la rue en Russie ! C’est une question au traitement largement exagéré dans les médias étrangers. Les Russes sont ravis de recevoir les fans du monde entier, peu importe leur orientation sexuelle.

En quoi a consisté votre travail à la Fédération depuis que vous avez été élu « inspecteur des discriminations » ?

Nous avons beaucoup travaillé en liaison avec la Fifa et l’ONG Fare [association de lutte contre les discriminations] sur ces questions. Par exemple, on a créé un cours anti-discrimination à l’université d’Etat de Moscou, et on a animé beaucoup de classes sur le football et les discriminations dans toutes les écoles du pays. Les clubs aussi ont pris des initiatives auprès de leurs propres supporters pour les sensibiliser à cette thématique.

Est-ce que cette Coupe du monde peut être un tournant pour la Russie ces questions particulières ?

Certainement, au moins en ce qui concerne le football. On va se servir de cette Coupe du monde pour continuer le combat contre les discriminations. Je suis sûr qu’on va montrer l’exemple à beaucoup de pays, et que pour l’Euro 2020, les problèmes de racisme dans le championnat russe seront de l’histoire ancienne.

Pensez-vous que le monde va être agréablement surpris par la Russie et ses habitants ?

J’en suis persuadé. Les fans qui vont faire le déplacement auront tous envie de revenir un jour. J’ai envie de leur dire : « vous allez être bluffés par la diversité de notre pays et notre sens de l’hospitalité. Venez et vous verrez ».

Vous avez longtemps joué à Bordeaux, est-ce que suivez particulièrement l’équipe de France ? Vous semble-t-elle destinée à faire un grand résultat en Russie ?

La France fait indiscutablement partie des équipes qui peuvent gagner la Coupe du monde et répéter l’exploit de 98. Les stars de l’attaque peuvent illuminer la compétition.

A l’inverse, quelle chance accordez-vous à la sélection russe de bien figurer à domicile ?

Les joueurs de la sélection doivent faire leur possible pour sortir de leur groupe, ce serait une première dans l’histoire [depuis la fin de l’URSS]. Mais la Russie est tombée dans un groupe difficile. Il n’y a jamais de petites équipes en Coupe du monde.