Championnats d'Europe d'athlétisme: Zéro à la longueur, abandon, larmes… Mais que s’est-il passé Kevin Mayer?

DECEPTION Venu pour battre le record du monde, Kévin Mayer n’a pas passé la deuxième épreuve…

B.V.

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Kevin Mayer
Kevin Mayer — Andrej ISAKOVIC / AFP

Tout avait pourtant bien commencé. Sur la première épreuve de la journée, Kevin Mayer avait claqué son propre record du 100 mètres et filait forcément vers un titre de champion d’Europe du décathlon. A vrai dire, la seule question était de savoir s’il parviendrait à battre le record du monde, son réel objectif de la saison. Enfin ça, c’était avant le trou noir. Trois sauts mordus à la longueur, un zéro pointé qui le prive de toute chance de médaille d’or, un abandon dans la foulée.

Après un cinquième des épreuves, Kevin Mayer ne sera non seulement pas champion d’Europe, mais il ne sera même pas à l’arrivée du décathlon. Un coup de tonnerre que l’on tente d’expliquer.

Que s’est-il passé à la longueur ?

Trois sauts mordus en l’espace de quelques minutes pour une bulle, un zéro pointé. Mais bon sang, comment un athlète aussi expérimenté a-t-il fait pour se planter de la sorte ? En larmes, Mayer n’avait pas vraiment d’explication juste après son échec. « C’est un jour noir, je n’ai pas d’excuse, je suis désolé pour tous ceux qui croyaient en moi. J’étais en forme pourtant, vous l’avez vu (sur 100 m et sur ses essais mordus à la longueur), malheureusement les autres ont été meilleurs que moi. »

Ce qu’on a du mal à comprendre, c’est pourquoi après ses deux premiers sauts mordus, Kevin Mayer n’a pas assuré sur le troisième avec une planche moyenne qui lui aurait permis de garder toutes ses chances d’être champion d’Europe. Une hypothèse : son objectif unique est de battre le record du monde, et on ne peut battre le record du monde qu’en prenant des risques. OK. Sur France 2, il poursuit : « Je n’ai pas voulu me brider, je fais un premier essai qui est très très loin. Je pouvais sauter huit mètres, quand on a ça dans les jambes on ne peut pas se dire de courir doucement pour assurer. » « C’est le sport. Je suis tellement déçu. On a tous droit à une faute et j’espère que ça n’arrivera plus jamais. Je ne m’en veux pas, je me suis exprimé en longueur, ça n’a jamais été aussi loin. »

Pouvait-il encore rêver d’une médaille après son zéro ?

Extrêmement difficile. Généralement, l’épreuve du saut en longueur apporte autour de 1.000 points à un décathlonien. Si jamais Mayer avait fait un décathlon autour du record du monde, il aurait eu quelque 9.000 points. Retirez-en 1.000 donc et vous avez difficilement 8.000. Aux derniers championnats d’Europe, en 2016, la médaille de bronze s’était jouée à 8.150 points. « C’est plus que chaud, résume Marie Collonvillé, ancienne championne française d’heptathlon. Surtout que dans sa tête, ça doit être cassé. La seule motivation qu’il aurait pu trouver, c’est réaliser l’exploit de monter sur la boîte avec un zéro… »

Pourquoi a-t-il abandonné ?

Justement pour cette raison-là. La médaille d’or étant hors d’atteinte, le record du monde n’en parlons pas, Kevin Mayer n’a pas souhaité se cogner un décathlon quasi entier avec pour unique objectif de sauver la face et d’aller chercher une improbable médaille. Un abandon après un zéro au décathlon, c’est monnaie courante. « C’est normal, il ne va aller s’user pour faire un décathlon qui sert à rien, résume Marie Collonvillé. Eunice Barber avait fait la même chose à Edmonton en 2001, alors qu’elle était championne du monde en titre [elle avait abandonné après un triple zéro au lancer de poids]. Un décathlon, c’est fatigant. L’objectif de Kevin Mayer, c’est de battre le record du monde, il aura l’occasion de le faire prochainement dans un meeting. Autant garder son énergie.

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