Masters1000 Madrid: Pourquoi les joueurs pestent contre la terre battue bleue?

TENNIS Le tournoi madrilène se jouera sur une terre d'une nouvelle couleur à partir de dimanche...

Romain Scotto

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Ion Tiriac (au centre), le promoteur du tournoi de Madrid lors de la présentation de l'événement le 29 novembre 2011 Madrid.
Ion Tiriac (au centre), le promoteur du tournoi de Madrid lors de la présentation de l'événement le 29 novembre 2011 Madrid. — EFE/Sipa

Si «la terre est bleue comme une orange», alors il n’y a aucune raison que la terre battue madrilène ne le soit pas non plus. Appliquée au tournoi espagnol, la poésie de Paul Eluard secoue une bonne partie du monde du tennis, réunie à partir de dimanche pour un nouveau Masters 1000. Jouer sur une terre battue bleue n’enchante pas vraiment les joueurs, très attachés à la couleur ocre de la brique pilée. En débarquant en Espagne, Milos Raonic a découvert un «terrain de Schtroumpfs». «Une piscine», pour Svetlana Kuznetsova.

Cédric Pioline, ancien joueur et organisateur de tournoi ne comprend pas la polémique: «Non, pour moi, ça ne change rien du tout. On joue bien sur de la terre battue verte aux Etats-Unis. Alors pourquoi pas bleue?» Officiellement, l'objectif serait de permettre aux téléspectateurs de mieux distinguer la balle. Mais il s'agit surtout d'un coup marketing pour plaire au sponsor principal, Mutua Madrilena, une compagnie d'assurances dont le logo est bleu.

Une couleur déjà testé à Stuttgart

«J'aime toutes les améliorations, mais ça c'est une erreur, peste Nadal. Les joueurs n'y gagnent rien, le tennis non plus. Il n'y a que l'organisateur du tournoi qui y gagne». Vu les rapports tendus entre l’ATP et les joueurs, prêts à faire grève pour être mieux considérés, la levée de bouclier n’a rien d’étonnant. A peine arrivé à Madrid, Novak Djokovic s’est quant à lui plaint «des rebonds de balles, difficile à juger». Un peu osé puisque techniquement, la terre est exactement la même que l’année précédente. Une équipe responsable de la fabrication de la terre battue de Roland-Garros est d’ailleurs chargée de l'entretien des terrains bleus.

Le fond du problème est ailleurs, selon Loïc Courteau, le coach de Julien Benneteau. Ion Tiriac, le richissime homme d'affaires roumain et organisateur du tournoi, se heurte à la sensibilité d’un milieu très conservateur: «C’est une question d’habitude et de principe. Vous imaginez Wimbledon sur du gazon bleu? La couleur de la terre battue fait partie de l’histoire du tennis. Il faut garder des principes, des valeurs.» Historiquement, les joueurs ont pourtant déjà testé la terre battue bleu. C’était à Stuttgart, il y a une vingtaine d’année, quand l’organisateur du tournoi se nommait… Ion Tiriac.