Championnats de France: Bernard, des larmes en guise de pot de départ
NATATION•Non qualifié en individuel pour les Jeux de Londres, le sprinter a fait ses adieux au public français...Romain Scotto, à Dunkerque
Il a longtemps contenu ses larmes. Puis la soupape émotionnelle a lâché. Les applaudissements de tout le public dunkerquois, debout sur sa tribune de fortune, ont arraché à Alain Bernard les sanglots qu’il retenait. A 28 ans, le champion olympique de Pékin a nagé sa dernière course devant son public. Cinquième d’un 50m aux allures de «dernière chance» pour arracher un billet individuel aux Jeux, l’albatros antibois a compris qu’il était temps de faire ses adieux.
Depuis quatre ans, le scénario n’était pas vraiment écrit comme cela. Mais les aléas de ces qualifications l’ont poussé à précipiter son pot de départ. «Il y a encore d’autres courses [il sera remplaçant dans le relais 4X100m des Jeux si la DTN le sélectionne, ndlr]…» sanglote le champion consolé par sa compagne, Coralie Balmy. Cette ligne droite était pourtant la dernière en individuel à haut niveau. Quoi qu’il arrive, Bernard rangera ses maillots l’été prochain et cette idée remue forcément le sprinteur de niveau mondial qu’il est depuis huit ans.
«Ce sont des adieux qui lui ressemblent…»
«Je ressens le début de la fin. Une aventure extraordinaire. Une aventure humaine hors norme... Là, c’est de l’émotion et la déception qui dominent. Mais j’ai connu des moments bien plus difficile», lâche l’élève de Denis Auguin, la voix chevrotante. Encore plus ému, son coach a du mal mettre quelques mots sur l’hommage appuyé du public dunkerquois. Mais aussi celui de tous les nageurs présents au bord du bassin, Amaury Leveaux, Fabien Gilot et Florent Manaudou en tête. «Ce sont des adieux qui lui ressemblent… On s’aperçoit de la cote d’amour qu’il a pu avoir. C’est un très beau moment. Paradoxalement l’un des plus beaux qu’il ait vécus.»
De ce nageur montré en exemple, il restera avant tout cette médaille d’or olympique, gagnée sur 100m à Pékin. La première de l’histoire de la natation française. Bernard était aussi le premier nageur à passer la barre des 47 secondes, même s’il est malvenu de parler de lui au passé. Cela peut surprendre de la part d’un champion olympique en titre, mais la perspective d’être remplaçant du relais suffit à le combler: «Je veux me concentrer à fond pour honorer ma place de relayeur. Je veux être performant pour mon pays.» Une dernière fois. Si les choses se passent bien à Londres pour le relais bleu, il pourrait donc quitter les bassins sur un dernier bonheur olympique. Et sûrement de nouvelles larmes à sécher.


















