Mourad Boudjellal: «Celui qui m'empêchera de parler n'est pas né»

INTERVIEW Le président du RC Toulon réagit à sa suspension de 130 jours...

Propos recueillis par Julien Sanchez à Marseille

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Mourad Boudjellal, le président du club de rugby de Toulon, le 12 septembre 2011.
Mourad Boudjellal, le président du club de rugby de Toulon, le 12 septembre 2011. — GERARD JULIEN / AFP

Mourad Boudjellal, comment accueillez-vous cette décision?

J’y vois deux bonnes nouvelles. La première, c’est que dès le 4 juin (la suspension se terminera le 3 juin), ils vont arrêter de «m’emmerder». La deuxième, c’est qu’ils pensent que le RCT arrivera en finale du championnat de France puisqu’elle se jouera après.

Selon vous, y a-t-il eu des pressions?

Oui, il y a eu de véritables pressions et une réelle volonté de me «dégager» du monde du rugby.

Votre sanction est lourde, plus du double de celle infligée à Pierre Berbizier ou Sébastien Chabal…

J’ai voulu faire avancer l’arbitrage car il y a un gros malaise et une grande paranoïa. Mais au moins, ils ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus. Ils n’ont de toute façon pas conscience de la problématique. Moi, quand je parle de rugby, je parle au futur. Eux, quand ils en parlent, ils le font au passé.

Vous avez l’impression de déranger?

Oui, c’est clair que je gène et on m’inflige 130 jours. Les arbitres, eux, lorsqu’ils se trompent on leur dit: «la semaine prochaine vous irez arbitrer des petites équipes». Quelle punition! (ironique)

Savez-vous d’où vous suivrez les matchs?

Oui mais vous ne le saurez pas. Avant il y avait un jeu intitulé «Mais où est Charly?». Désormais ce sera: «Mais où est Mourad?». Honnêtement, cette décision (de 130 jours de suspension) c’est «même pas mal». Ce qui me fait mal, c’est de ne plus pouvoir parler aux joueurs avant un match, de ne plus pouvoir les regarder dans les yeux pour savoir ce qu’ils ressentent, de ne plus pouvoir aller en conférence de presse car on me prive de ma liberté d’expression. Mais celui qui m’empêchera de parler n’est pas né.

Vous allez faire appel?

Il n’y aura pas de décision ce soir. Je pense qu’on demandera un aménagement de la peine. S’il est accepté, on ne fera pas appel. Mais je peux vous dire que je suis prêt à aller dans les vestiaires. Car ça, je ne peux pas m’en passer.

Vous comprenez que le mot «sodomie» ait pu choquer et que certains gamins aient pu demander ce que ça voulait dire?

Oui mais alors ils ont dû demander ce que voulait dire «fellation» avec l’affaire DSK dont on a entendu parler dans tous les journaux! Moi ce quoi me choque, c’est quand je vois un père avec son enfant dans les bras au milieu d’un champs de bataille. Ca oui, ça me choque! Pas quand on parle de sexe.

Le rugby français est toujours «raciste»?

Oui! Une partie du rugby français est raciste. Quand j’entends: «celui-là, qu’il aille brûler des voitures, c’est dans ses gènes », ça oui c’est raciste. Quand Rugbyrama attend qu’il y ait 500 commentaires orduriers sur son site internet pour qu’on les supprime, oui c’est raciste. Et des propos comme ça, on peut les vérifier tous les jours!