Dakar 2012: Les pilotes motos sous le choc après la mort d'un amateur

RALLYE-RAID Ils font preuve de fatalisme face aux risques encourus...

Romain Scotto, à Santa Rosa de la Pampa (Argentine)

— 

Le pilote moto Cyril Desprès, lors de la première étape du Dakar, entre Mar del Plata et Santa Rosa, le 1er janvier 2011.
Le pilote moto Cyril Desprès, lors de la première étape du Dakar, entre Mar del Plata et Santa Rosa, le 1er janvier 2011. — P.Desmazes/AFP

A chaque fois, le froncement est le même. Des yeux qui s’écarquillent, un front qui se plisse et une bouche qui se crispe. En posant uns à uns le pied au bivouac de Santa Rosa de la Pampa, dimanche soir, les motards ont appris la nouvelle. Glaciale. L’un des leurs, l’Argentin Jorge Boero, n'est pas rentré dimanche soir au camp itinérant où le Dakar a planté sa tente pour un soir. Ce pilote amateur originaire de Buenos Aires est décédé au 55e km de la seule spéciale du jour (longue de 60 km). Un drame qui glace d’entrée le bivouac.

«Ça fait toujours chier quand on part tous de chez nous pour faire une aventure et que l’un de nous ne rentre pas chez lui. Il n’y a pas de mots, glisse Cyril Desprès, très touché par la nouvelle. «C’est une grande tristesse évidemment, enchaîne David Castera, le directeur sportif de l’épreuve. Le Dakar se veut une fête, une grande aventure, une découverte avec des risques. Les motards le savent. Ce sont eux qui payent le plus lourd tribut du rallye.» Le patron du Dakar, Etienne Lavigne, est intervenu en début de soirée pour adresser publiquement son affection à la famille de Jorge Boero.

Pas de piège particulier à éviter

Cette fois, c’est dans une longue ligne droite, sans danger apparent, que la vie de ce motard amateur s’est arrêtée. A ce moment, il roulait à 80km/h à un endroit où Desprès ne se souvient pas d’un éventuel piège à éviter. «Il y avait pas mal de vent au bord de la mer et la moto bougeait pas mal dans les sauts. La zone était assez rapide avec un peu de poussière. Rien de plus.» David Barrot, un pilote français de Yamaha, n’a rien remarqué non plus sur le lieu du drame. Au moment d’évoquer cette tragédie, les mots lui font défauts.

«On est là en sachant ce qu’il peut arriver. C’est triste pour tout le monde. Oui, ça plombe un peu l’ambiance. Le risque, on évite d’y penser», évacue, fataliste, le pilote français. Comme lui, plusieurs motards jouent la carte de l’évitement. «On sait qu’il faut faire avec ce risque, souffle Johnny Aubert, un autre pilote KTM. Ça donne un coup. On aura tous une pensée pour lui. Ce qu’il voulait, c’est qu’on se batte jusqu’au bout. Il faut qu’on aille de l’avant.» Continuer, tout en sachant que le risque peut toucher n’importe quel pilote, amateur ou professionnel.

«C’est un risque à prendre»

L’appréhension de la chute, la peur de ne pas revenir, certains pilotes comme Aubert la renie.«Si tu as peur, il ne faut pas venir.» D'autres, à l'image de David Casteu, y pensent tous les jours: «Le jour où je n’aurai plus peur, j’arrêterai. Le matin quand je serre la main du gars qui fait le décompte, je le regarde bien dans les yeux. C’est ma façon de me concentrer. Je sais que le lendemain je ne sais pas si je pourrai le voir. C’est difficile. Mais on sait que ça fait partie de notre sport. C’est un risque à prendre.» Cette année, un pilote l’a déjà payé de sa vie.