Le bateau Imoca Virbac-Paprec 3 qui participe à la Transat Jacques-Vabre 2011.
Le bateau Imoca Virbac-Paprec 3 qui participe à la Transat Jacques-Vabre 2011. — A.Courcoux/ Virbac-Paprec Sailing team

VOILE

Transat Jacques-Vabre: Comment passer 15 jours à deux au milieu de l’Atlantique?

A l’occasion du départ dimanche 30 octobre de la 10e édition de la Transat Jacques-Vabre, 20Minutes s’est mis dans la peau d’un équipage en double pendant la traversée de l’Atlantique...

Pas facile de vivre à deux dans 4 m². Surtout quand on est pleine mer. Pourtant 36 binômes s’élanceront dimanche du Havre pour rallier Puerto Limon (Costa Rica). 20 minutes a interrogé quelques skippers pour connaître les écueils à éviter dans cette colocation de fortune: La jeune fratrie Mabit (Etienne, 28 ans et Julien 32), sur monopticien.com. Des routards de la mer, tel Jean-Pierre Dick, déjà deux fois vainqueurs de la course, associé sur Virbac Paprec 3 à Jérémie Beyou, tout juste auréolé de sa victoire de la Solitaire du Figaro. Et enfin les skippers de Banque Populaire, Armel LeCléac’h et Christopher Pratt, ancien colocataires dans la vie civile. Tous ont envie de gagner. Tous aussi, expliquent comment vivre confiné pendant deux semaines. Et si possible sans en venir aux mains.

Passer le difficile apprentissage de l’autre - Faire de la voile en double, c’est un peu comme intégrer l’Auberge espagnole. Comment plaire, sans se laisser marcher sur les pieds? Julien Mabit (monopticien.com) a donc choisi de naviguer avec son frère cadet. «il ya  toujours une phase de découverte que je trouve inconfortable. On est tous caractériels, un peu comme chez des chefs cuistots. C’est obligé qu’il y ait des étincelles à un moment. Et je préfère les avoir avec quelqu’un que je connais bien et qui va les digérer plus facilement.» Pour Jérémie Beyou, skipper de Virbac Paprec 3,  «souvent, on a juste envie de se planquer et d’aller dormir. Parfois  à cause de l’autre, parfois à cause de la fatigue.» Mais il promet qu’il n’aura pas que «des moments de silence avec Jean Pierre Dick. Après la baston, lorsqu’ on chope les alizées et qu’on met le linge à sécher sur le pont là, on s’installe, et on est capables de parler de tout et de rien. On a des petits moments à nous.»

Respecter les règles de l’hygiène – En mer, les caleçons sales qui traînent, ça relève presque du code pénal. «Ca peut polluer une relation. Pour moi, tous les problèmes ont toujours été humains et non professionnels dans un bateau», affirme d’entrée Jean-Pierre Dick, assez taiseux d’habitude. Et certains parlent d’expérience. «Quand on navigue avec un gros crassou, c’est pas génial, lâche Julien Mabit. J’ai déjà skippé avec des navigateurs qui ne se lavaient pas. Certains ne se lavent pas pendant tout un Vendée Globe. Et c’est pas supportable.» Un avis partagé par la majorité de la flotte. «C’est dérangeant, grimace Jérémie Beyou. On a tout ce qu’il faut pour se laver. Donc quand on trouve que l’autre ne se brosse pas assez souvent les dents, ou ne se lave pas assez souvent, il faut trouver la bonne tournure pour le dire. Même sur le Vendée, je me lavais, je ne voulais pas que ma femme et mes enfants ne veuillent pas m’embrasser à mon arrivée.»

Ne pas zapper son tour de vaisselle – Pour Jean-Pierre Dick, «c’est une question de respect. On a notre matelas par terre, il ne faut pas que l’autre vienne le mouiller ou l’abîmer.» Jérémie Beyou, lui, préfère responsabiliser son partenaire: «Chacun fait sa vaisselle, chacun fait sa gamelle, comme dans notre coloc, où on faisait chacun notre tour. Mais là, on mange hors-quart, on ne peur pas manger ensemble puisqu’on fonctionne en temps fractionné.» Pas question non plus de se faire piquer une denrée. «Si Christopher me prend mon carré de chocolat du jour, je le mets par dessus bord», plaisante Armel Le Cléac’h. Pour ne pas en arriver là, les frères Mabit ont une solution simple. «Il n’y a pas de vaisselle à faire, les couverts sont en plastique, les plats sont prêts» , glisse l’ainé. En mer comme à la ville, la colocation, c’est toujours le règne des plats préparés.