Cali: «Je m'entraînais deux fois plus que les autres»

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Vous auriez pu devenir rugbyman de haut niveau…

J’ai fait du rugby dès l’âge de 7 ans et jusqu’à 24 ans. Dix-sept années! J’ai presque l’impression d’avoir eu une autre vie avant celle-là. J’habitais Vernet- les-Bains, un petit village proche de Perpignan, et le rugby était le seul sport qu’on proposait aux enfants. Tout le monde y jouait et j’ai vite été passionné. J’adorais partir en bus avec mes amis pour aller disputer des tournois.C’était comme une deuxième famille. Avec
un entraîneur très paternaliste qui nous prenait sous son aile et nous tenait fort.

Vous rêviez de devenir pro?

Le rugby n’était pas encore professionnel. Mais en avançant, j’étais toujours dans les sélections régionales, en minimes, en cadets, en juniors… Je suis gaucher, je jouais à l’ouverture, et pendant une année, pour me perfectionner, je me suis interdit de taper du pied gauche. J’ai été repéré par l’Usap, l’équipe de Perpignan, le club phare de la région. J’ai fait les matchs d’été, les entraînements avec eux. Mais je suis tombé amoureux d’une Anglaise et j’ai fugué en Angleterre, puis en Irlande. Et quand je suis rentré, je voulais faire de la musique.

Fini le rugby?

Je ne suis pas retourné à l’Usap. J’ai continué dans les petites séries, mais c’était plus lamême histoire. Pour beaucoup, c’était un prétexte pour faire les troisièmes mi-temps. Ça devenait des bagarres de rues. J’ai donc arrêté là.

Quels souvenirs gardez-vous de ces années-là d’un point de vue physique?

C’était extrême. Moi, je m’entraînais deux fois plus que les autres. J’allais courir après l’entraînement, je restais pour taper des pénalités… C’était comme une drogue. Je sortais de la douche avec une pêche absolue.A une période, j’ai fait du foot en même temps. Match de foot le samedi,match de rugby le dimanche. C’était violent.

Vous êtes moins féru de football…

On m’avait mis à l’arrière. Un jour, dans un match de coupe contre une équipe beaucoup plus forte, l’avantcentre arrive, me dribble et met le but. Une fois, deux fois, puis trois fois,mais là quand même il loupe le but. Il y avait du public dans les tribunes. A chaque dribble, il criait : « Olé ». A la quatrième fois, je lui ai fait un placage. J’ai été expulsé! Tout le monde m’insultait et voulait me casser la gueule. Cela a été mon dernier match de football.

Etiez-vous aussi hargneux au rugby?

Je ne suis pas très fier de ça,mais j’étais hargneux et bagarreur. Quand on perdait, je m’engueulais souvent avec les autres. Je ne supportais pas qu’on me dise:«Ce n’est qu’unmatch! »Pour moi, si on faisait unmatch, il fallait le gagner. J’ai souvent pleuré dans les vestiaires après une défaite. Je revenais triste.
Cela me désespérait.

Y a-t-il des ressemblances entre ces vestiaires et les loges d’un concert?

C’est pareil… Il y a cettemême concentration. Un entraîneur nous faisait mettre la tête entre les genoux avant d’entrer sur le terrain pour faire monter le sang à la tête.On était alors dans une certaine ivresse. Je fais toujours ce truc-là, avant chaque concert. Je fais aussi les mêmes étirements, des échauffements dans un
couloir. Je motive mes musiciens, on se tient comme une équipe de rugby avant de monter sur scène.Le retour aussi est le même. On revenait blessé, fatigué.
Quand je rentre dans les loges, je suis épuisé, et comme je cours beaucoup, souvent j’ai des bleus, des petits trucs.Ça me rappelle ces moments-là.

Le rugby vous manque-t-il?

Récemment, je suis passé devant un stade abandonné. J’ai été vraiment attiré. J’avais envie de prendre un ballon, d’aller taper, d’aller courir.C’est en moi. Dès que je peux, je vais faire des passes sur la plage avec mon fils.

Recueilli par Grégory Magne (Kaora Press)

1978 « Je regardais tous les matchs du Tournoi des V Nations, avec Roger Courderc. Je me souviens d’un match de l’Irlande où un bandeau en bas de l’écran annonçait la mort de Claude François. » 1986 Cali devient champion de France juniors de pétanque en triplette.« Mais l’important,ce sont les concours de village, avec des jambons à gagner, la buvette. La pétanque, c’est ce qui nous amène jusqu’au bal. Ce quiouvre la fête. » 2006 « Cette année, ce sera Toulouse-Perpignan en finale du Top 14. Avec une victoire de l’Usap ! »