Pierrick Giraudeau: «Oscar Pistorius a appris à partir d'un matériel à ressentir des choses»
ATHLETISME•Après la qualification mardi soir en Italie d’Oscar Pistorius, athlète sud-africain handicapé amputé des pieds, sur 400m aux Mondiaux «valides» de Corée du Sud, Pierrick Giraudeau nous apporte son éclairage…Recueilli par Julie Lévy-Marchal
Pierrick Giraudeau, directeur technique national adjoint en charge de l’athlétisme de haut niveau à la Fédération de handisport, commente la qualification de «Blade Runner» aux Mondiaux d’athlétisme valide.
Que pensez-vous de la qualification d’Oscar Pistorius aux Mondiaux d’athlétisme «valides» en Corée du Sud?
Il faut mettre en avant les qualités d’Oscar à optimiser le matériel qu’il utilise pour compenser ses déficiences physiques. C’est une vraie performance en soi d’arriver à de tels chrono en étant amputé (né sans péronés il a été amputé des deux pieds à l’âge de 11 mois), et de nombreuses personnes avec le même type de handicap sont bien incapables de faire ça.
Est-ce lui qui travaille sur ses prothèses, pour les optimiser?
Ce sont évidemment les prothésistes qui travaillent techniquement, mais Oscar est présent, pour être capable d’exploiter au maximum ces outils. C’est comme un pilote de Formule 1 qui va être meilleur qu’un autre dans la même voiture.
Justement, ses prothèses ont fait l’objet de débats. Pendant un temps, il n’avait pas le droit de se présenter aux compétitions pour valides, ses prothèses étant jugées «déloyales» pour les autres compétiteurs…
C’est vrai, mais aujourd’hui, ce débat est clos, puisque l’IAAF et le tribunal arbitral du sport l’ont autorisé à y participer. Ses prothèses, c’est vrai, n’auront pas de crampes, ni de rupture de tendon d’Achille. Mais d’un autre côté, Oscar doit faire un travail immense sur le reste de son corps puisqu’il n’a plus d’équilibre naturel. Il doit systématiquement adapter le reste de son organisme. Tout est affaire de proprioception. Ses prothèses ne ressentent pas la prise d’appui, ne sentent pas la piste. C’est là où l’intelligence sportive d’Oscar est supérieure. Il a appris à partir d’un matériel à ressentir les choses. C’est un travail de longue haleine.
Oscar Pistorius ouvre-t-il une voie pour d’autres athlètes handicapés qui voudraient participer à des compétitions de valides?
La voie est déjà ouverte. Aux JO de Vancouver, en ski de fond, Brian McKeever, un Canadien déficient visuel, avait participé aux Jeux, et aux Paralympiques. Mais C’est une première en athlétisme. Et c’est sûr qu’il va falloir surfer sur la médiatisation dont Oscar fait l’objet, en particulier en France, où beaucoup d’efforts sont faits, mais où de nombreuses infrastructures doivent être améliorées, y compris dans la vie citoyenne. Si le champ sportif peut être un message d’intégration pour la vie tout court… C’est bien.


















