Max Guazzini, 19 ans et puis s'en va

RUGBY Max Guazzini n'est plus le président du Stade Français. Le jour même où la nouvelle équipe dirigeante est présentée aux joueurs, on peut se demander ce que perd le club avec son départ...

Julie Lévy-Marchal

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Max Guazzini, alors président du Stade Français, lors d'un match contre le Racing Métro en 2010.
Max Guazzini, alors président du Stade Français, lors d'un match contre le Racing Métro en 2010. — ALBAN PIERRE/SIPA

«On passe clairement à une nouvelle ère. Alors qu’on vient de nous présenter la nouvelle équipe dirigeante, j’ai du mal à réaliser que Max ne fera plus partie de notre quotidien. Il a fait un énorme sacrifice en lâchant le club qu’il a recréé.» Le troisième ligne du Stade Français Pierre Rabadan regrette déjà le départ de Max Guazzini, l’emblématique président parisien. Dix-neuf ans qu’il était le taulier. Et il ne sera même pas président d’honneur ; il a refusé le poste proposé par Thomas Savare, le repreneur et nouveau président. «Je n'ai pas 80 ans donc je ne serai pas président d'honneur. Mais je reste le supporter numéro un» de ce club à qui [j’ai] beaucoup donné.

En 1992, Max Guazzini, alors patron du groupe NRJ, et amateur du ballon ovale, achète le Stade Français et rêve de remonter un grand club dans la capitale. Le club végète alors en 4e division après avoir connu des heures de gloire… à la fin du XIXe siècle. Sous l’impulsion du nouveau propriétaire, le Stade Français remonte dans l’élite dès 1997, il est sacré champion de France dès sa première saison, en 1998. Suivront quatre autres Brennus (2000, 2003, 2004, 2007) et deux finales de Coupe d’Europe (2001 et 2005). Un palmarès remarquable, avec une méthode très personnelle. «Je ne savais pas comment marchait le rugby à l’époque, a-t-il déclaré sur RTL. Mais je crois avoir réussi des choses. Je pense avoir popularisé et féminisé ce sport. J’ai attiré plus d’1,5 million de spectateurs au Stade de  France. Un pari fou.»

«Il a révolutionné le rugby»

Habité par un sens inné de la fête et du show, il révolutionne le «rugby cassoulet» du Sud-Ouest. Pierre Rabadan, joueur historique (depuis 98) du Stade, confirme: «Le Stade Français, c’est Max. C’est lui qui en a fait un des clubs phares du rugby français, avec une très forte image, un peu décalée, une très forte popularité.» Guazzini tente aussi de démocratiser le rugby, de le rendre accessible à toutes les bourses. Il organise certains matchs de championnat au Stade de France qui deviennent un véritable show (pom-pom girls, entrées du ballon aussi originales que spectaculaires) et le succès populaire ne se dément pas.

 «Max a introduit le rugby dans toutes couches sociales, tous les âges. [Pendant l’affaire de la Facem], on m’arrêtait dans la rue en me disant: j’espère que ça va aller, on peut faire quelque chose?» raconte Rabadan. Guazzini est déjà regretté, mais, lucide, Rabadan sait que le changement était inévitable: «Le projet présenté cet après-midi semble pérenne. Et puis on a les mêmes objectifs, eux et nous, on veut en refaire un club qui gagne!» Le repreneur Thomas Savare va investir 9,5 millions d’euros pour redonner de la superbe au club, «améliorer les infrastructures, miser sur le centre de formation». Et continuer l’œuvre de Guazzini. Le Stade continuera-t-il à voir la vie en rose?