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Vous avez interviewé Loïck Peyron et Jean-Pierre Dick, jeudi à 10h

Vous avez interviewé Loïck Peyron et Jean-Pierre Dick, jeudi à 10h

VOS QUESTIONSLes deux navigateurs français, vainqueurs de la Barcelona World Race, vous ont répondu...
B.V, C.D, M.B

B.V, C.D, M.B

Ils sont de retours. A peine le temps de se raser (et de se doucher) Loïck Peyron et Jean-Pierre sont déjà sur le pont de 20minutes.fr pour répondre à vos questions. Trois jours seulement après leur victoire dans la Barcelona World Race, tour du monde en duo de plus de trois mois et sans assistance.

Déjà vainqueur de l’édition précédente, en 2007, Jean-Pierre Dick réalise donc le doublé, sans pour autant battre son record de temps. La faute à une escale à Recife, pour un problème technique de chariot de grand voile. Mais la victoire n’en est pas moins belle, d’autant plus que les deux marins français ont connu des conditions de navigations particulièrement difficiles tout au long de leur périple.

Les deux navigateurs étaient à la rédaction où ils ont repondu à vos questions. Leurs réponses ci-dessous...

Bonjour JP et Loick, vous avez un palmarès énorme à vous deux. Que manque t-il à chacun? Quelles sont vos envies après cette Barcelona? Faire une transat en double comme Jacques Vabre, c'est pas évident car il faut se supporter, mais là c'est plus grand. Loick: pourquoi avoir choisi JP ? et bien sur JP, pourquoi Loick ? Y a t-il d'autres marins (hommes ou femmes) avec qui vous souhaiteriez coskipper ? Bravo encore les gars
LeroyJethroGibbs
JP Dick: Je souhaite continuer à gagner, particulèrement la Transat Jacques Vabre, le Vendée Globe parce qu'il le vaut bien.
Loïck Peyron: On travaille avec mon grand frère Bruno sur la prochaine Coupe de l'America qui se déroulera en multicoques, grande spécialité française, son graal!

Tout d'abord, toutes mes félicitations pour cette belle victoire ! Ma question porte sur le fait que la course soit sans assistance. Qu'est-ce que cela sous-entend précisément ?
lio23
Loïck Peyron: C'est le Vendée Globe qui est sans assistance et qui interdit les escales. Cette course permettait de mouiller mais interdisait une aide extérieure. Pour la Barcelona, on a le droit à une assistance extérieure, mais pénalise: si on décide de s'arrête, on est obligés de s'arrêter pour 48 heures.

A quelle vitesse maximale avez-vous navigué durant ce tour du monde? Votre échelle est le nœuds, mais ça peut donner quoi à titre de comparaison.
Marin_d'eau_douce
Loïck Peyron: On a fait une pointe à 28 noeuds, ce qui fait à peu près 50km/h. Pour un bateau, c'est vraiment véloce. Le plus intéressant c'est qu'on a fait une moyenne de 21.1 nœuds battant le record de distance parcourue en 24h et l'établissant à 506.6 milles nautiques.

Bravo JP et Loïck ! Une question de terrien : pendant combien de temps avez-vous le mal de terre après trois mois de mer ? Pendant combien de temps tanguez-vous en marchant ?
LN
JP Dick: En général, on peut tanguer pendant une nuit ensuite.
Loïck Peyron: Bizarrement ce mal de terre ne dépend pas de la durée passée en mer. Quelques jours peuvent suffire. Il n'y a pas de règles précises, ça arrive de temps et je ne sais pas quels sont les facteurs. Sauf peut être l'alcool...

Quelle a été la zone géographique la plus difficile à traverser?
mzejazoe
Loïck Peyron: Depuis le pot au noir jusque l'arrivée ce n'était pas très drôle parce que très long, contre le vent. C'est le moment où on fait souffrir le bateau le plus parce qu'on tape sur chaque vague.

Dans l'ensemble, êtes-vous satisfaits de vos options de navigations, ou pensez-vous que vous auriez pu gagner un peu de temps sur certains choix?
LaBBrance
JP Dick: Oui très satisfaits, on a même eu les félicitations de notre professeur Jean Yves Bernot, qui est météorologue et routeur. On a juste commis une petite erreur qui n'a pas eu de conséquences.

Avez-vous chacun des projets en solitaire dans les mois/années à venir? Le Vendée Globe se rapproche...
LaBBrance
JP Dick: Oui le Vendée Globe, après mon abandon lors de la dernière édition, j'ai envie de bien faire.
Loïck Peyron: Non pas de projet en solitaire pour moi.

Qui choisit la musique dans le bateau? Est ce que c'est le genre de truc qui peut créer un conflit?
Marin_d'eau_douce
JP Dick: Chacun amène sa musique perso.
Loïck Peyron: Jean Pierre avait Dalida et Claude François, je ne plaisante pas. Moi j'avais U2 et JJ Cale.

Ce genre de course, c'est mieux en duo ou en solo?
Chmura
JP Dick: Le double est plus naturel. L'homme aime communiquer mais le solo est un bon exercice sur soi-même.
Loïck Peyron: Heureusement les deux existent. Cette alternance solo/duo est agréable. Ne faire que du solo ce ne serait pas très drôle. L'intérêt de ces courses en double c'est que cela permet à ceux qui n'ont pas l'habitude de commencer à sentir les sensations du solitaire. Il y a quelques impressions du solitaire.

Comment faites-vous pour cohabiter dans un bateau? Avez-vous des manières de fonctionner? Est-ce que l'ergonomie des bateaux s'est améliorée pour vous rendre la vie plus agréable?
Melanie325
JP Dick: On respecte l'autre et on essaie de faire un peu d'empathie pour rendre sa vie un peu plus agréable. Globalement l'ergonomie est inférieure, mais sur des points précis elle est améliorée.
Loïck Peyron: C'est vraiment la vie de deux célibataires endurcis dans une chambre de bonne. Dès lors il y a forcément du respect dans le sommeil, les mouvements, et nous avons la même motivation. La motivation principale n'est pas de passer trois mois dans une cabine. La motivation commune est de passer le moins de temps possible ensemble et de finir au plus vite. C'est d'autant plus simple qu'on est en tête, en bonne santé et qu'on a un bateau qui va vite. L'ergonomie n'a pas vraiment arrangé les choses, les bateaux sont de plus en plus raids. Le poste de barre est beaucoup plus confortable par exemple. Mais pour être efficace il faut privilégier des points de confort précis.

Quelles sont les meilleures conditions pour naviguer? Quelles sont toutes les difficultés que vous avez rencontré pendant la course? Comment avez-vous fait pour corriger le retard que cela a pu causer?
michel24
JP Dick: Une mer plate avec dix nœuds de vent. Malheureusement c'est assez rare sur l'océan où il y a toujours des vagues.
Loïck Peyron: Les conditions idéales c'est quand on sent que le bateau ne souffre pas, c'est surtout ça. Les difficultés il y en a tout le temps, c'est de la gestion permanente de beaucoup de choses qui ne sont pas forcément difficiles. Ce qui est dur c'est d'enchainer en permanence des décisions, d'observations. Et il ne faut pas en perdre le fil. Ce n'est pas répétitif. Oui il y a les grosses vagues, les tempêtes, il a y eu trois moments où on a eu vraiment beaucoup de vent: dans l'océan indien, juste avant le Cap Horn avec une mer assez formée, des creux assez courts. On s'est fait un peu peur, on est allé manœuvrer à l'avant et on s'est fait envoyer dans les cordes par une vague et à Gibraltar. C'est à Gibraltar qu'on a eu les plus forts vents.

Pourquoi est-ce que la course au large est aussi franco-française?
chmura
JP Dick: Ce qui est plus français, c'est la course en solitaire parce qu'on a eu un historique dense avec des navigateurs comme Tabarly, Arthaud mais on a pas le monopole de la course au large internationale. Cela fait des années que nous n'avons pas gagné une "Volvo Ocean Race".

Est-ce que le sopalin est bien le meilleur ami du marin?
Du lol rien que du lol
JP Dick: ça nous sert à tout.
Loïck Peyron: C'est pas faux, mais ça a évolué. Il y a plus concentré et efficace que ça. C'est devenu plus industriel. Ce sont des essuie-tout industriel. Essuyer les mains, la tête, nettoyer nos outils, papier toilette. On se rince avec des sprays d'eau douce et on s'essuie rapidement. Cela peut servir d'éponge dans le bateau. L'essuie-tout doit avoir une position stratégique dans le bateau. C'est vraiment indispensable.

Comment devient-on navigateur? A part en pratiquant beaucoup?
Gaël
JP Dick: Par passion.
Loïck Peyron: Pratiquer beaucoup est déjà un début. C'est en forgeant que l'on devient forgeron. Le devenir est une chose, le rester en est une autre. Si on en est c'est parce qu'on a passé des milliers d'heures à naviguer et entretenir en permanence notre passion. Ce n'est pas la taille du bateau qui compte. Croyez-moi, il vaut mieux faire des grosses bêtises sur un petit bateau.

Félicitations à Jean-Pierre et Loïck pour leur victoire et leur formidable navigation autour du monde.
On a cru en voyant votre descente de l'Atlantique Nord et de l'Atlantique Sud que personne à part Foncia ne pourrait vous suivre tellement la vitesse de Virbac Paprec 2 était impressionnante. Et pourtant, après votre escale en Nouvelle Zélande, la lutte a été beaucoup plus serrée avec Mapfre jusqu'à l'arrivée. Avez-vous réellement géré votre avance par sécurité pour le bateau (compte tenu des nombreux abandons de course)?
Spirit of doudoud
JP Dick: Vous avez pu avoir cette impression parce que les conditions météo étaient favorables et qu'on était plus sur la défensive. Quand les conditions se sont égalisées on a pu montrer qu'il n'y avait pas de problèmes. La preuve, nous avions reconquis une avance de près de 70 milles nautiques au Cap Horn.
Loïck Peyron: Tout le monde était convaincu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas à bord dans le Pacifique. Mais en fait le système météo faisait qu'on était toujours dans une position toujours plus défavorable et on y est resté assez longtemps, c'était étonnant et pas très agréable à vivre. Il fallait bien gérer la confiance dans le bateau et dans les bonhommes.

Avez-vous été surpris du niveau des espagnols dans cette course?
Marin_d'eau_douce
JP Dick:Ils ont appris très vite et m'ont réellement impressionné car ils maitrisaient la plupart des facettes (manœuvre, navigation, réparation) de la voile à équipage réduit sur gros bateau.
Loïck Peyron: C'est une bonne nouvelle car dans une série dominée par les Français, on voit émerger des jeunes talents étrangers, qui sont des futurs grands marins de demain. Ils ont une manière et de naviguer, et de se comporter qui est très agréable. Ils sont sympas, respectueux et super bons. L'un des deux m'a dit qu'il avait lu mon bouquin, il m'a dit que c'était le premier livre de voile qu'il avait lu. Il y a un vrai respect partagé et mutuel, je pense que ce sont des grands.

Faut-il être copain pour faire un tour du monde à deux sur un monocoque?
Gerry Oufs
Loïck Peyron: C'est pas forcément nécessaire mais ça crée des liens. Il faut s'apprécier et se respecter
JP Dick: Oui c'est mieux évidemment.

Loick, où en êtes-vous de votre projet de défi pour la prochaine Coupe de l'América?
Florence Pernaud-Ricard
Loïck Peyron: ça bosse dur, ça bosse fort. Il y a énormément de travail, à peine débarqué j'étais au boulot avec mon grand frère. Il y a beaucoup de phases: financières, marketing, design. Il faut renforcer une équipe, voir du monde, vendre le projet, trouver des clients, ces fameux sponsors et partenaires indispensables. Mais c'est assez génial. Dans quelques semaines, si tout va bien, on confirme notre engagement.

Combien de fois, en 3 mois, avez vous failli vous étriper?
beber2010
JP Dick: ça ne nous ai pas arrivé. On ne s'est pas engueulé.
Loïck Peyron: On est toujours vivants.

Comment on gère les moments où on a envie de rentrer chez soi et de prendre un bon bain chaud devant la téloche quand on est perdu au milieu de l'océan?
beber2010
Loïck Peyron: Je dis souvent que quand on a la chance de choisir ses souffrances, on a pas le droit de s'en plaindre. Donc le bon bain on sait que ce sera une fois arrivé en pensant seulement aux milliards de personnes qui n'ont même pas de baignoires, ni de douches ou d'eau... J'aime bien raccourcir le temps en dormant.
JP Dick: J'ai pas forcément envie de rentrer chez moi quand j'ai un sentiment de lassitude et surtout pas de regarder la teloche que je n'ai même pas. Dans ces moments là, on peut dormir. Appeler des amis, regarder des films peut aussi aider.

Comment vit-on trois mois sans pouvoir manger au Mcdo?
bertrand
JP Dick: Beaucoup mieux!
Loïck Peyron: On est toujours vivants.

Bonjour,
Que répondez-vous aux personnes disant que vous n'êtes que de gigantesques panneaux publicitaires fonctionnant au vent?
Grendizer
JP Dick: On est aussi des êtres vivants en chair et en os!
Loïck Peyron: Non.