Les Sud-Américains en pincent toujours pour le Dakar

AUTO Critiqué en France, le rallye-raid est devenue l'une des priorités sportives des pays latino-américains...

Romain Scotto

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Un spectateur chilien le 12 janvier 2010 lors du Dakar.
Un spectateur chilien le 12 janvier 2010 lors du Dakar. — Natacha Pisarenko

Les dunes originelles du Dakar n’ont jamais semblé aussi éloignées. Pendant que le Nord de l’Afrique se soulève, les organisateurs du rallye-raid continuent de trimballer leur «cheich» (l’emblème de la course) en Amérique du Sud, où la course a trouvé refuge il y a trois ans et se s’aventurera encore l’année prochaine. A entendre Etienne Lavigne, le Dakar n’est d’ailleurs pas prêt de quitter le continent.  Le patron de l’épreuve se dit de plus en plus «désiré» par les chefs d’Etats latino américains. Les prétendants seraient toujours plus nombreux. En 2012, le décor sera encore argentin et chilien, mais aussi péruvien, «nouvel ami» d’une course qui n’en compte plus beaucoup en France.

Pour les pays sud-américains, le Dakar reste une affaire qui roule et justifie un ticket d’entrée entre 4 et 5 millions de dollars. A travers 1.200 heures (cumulées) de programmes et 942 millions de téléspectateurs dans le monde, l’épreuve demeure une carte postale rêvée. Mercredi à Paris, c’est d’ailleurs le ministre du tourisme - et non des sports - argentin qui s’est déplacé. Pour Enrique Meyer, pas question de vendre une course automobile: «Le Dakar est d’abord un prétexte pour découvrir les paysages de nos régions.» L’homme n’est d’ailleurs pas étranger à la délocalisation du départ de Buenos Aires à Mar Del Plata. La prochaine édition découvrira la cité balnéaire la plus touristique du pays où se massent les plagistes au mois de janvier.

Guide touristique

D’après une étude commandée par l’organisation, 83 millions de personnes auraient découvert l’Argentine à travers l’épreuve l’année dernière. Concernant le Chili, le chiffre grimpe à 95 millions. Au Pérou, cela a fait quelques envieux. «Accueillir le Dakar, c’est un grand honneur mais surtout un très grand défi», savoure Arturo Woodman Pollitt, ministre des sports local, tout en présentant les sites touristiques voisins du futur tracé. Le Dakar au Pérou s’apparente d’abord à un slalom entre les ruines du Machu Picchu, les géoglyphes de Nazca et la ville de Pisco, célèbre pour sa boisson. Voilà pourquoi «Dakar 2012» sera bientôt reconnu événement d’intérêt national au Pérou.

«L’Amérique du Sud veut le Dakar parce que cela plaît aussi à notre population. Chez nous la ferveur des sports mécaniques est sans égal», enchaîne un officiel chilien. Dans des pays où les dérapages de Chaleco Lopez et Marcos Patronelli font l’ouverture des JT, la dernière édition a attiré cinq millions de spectateurs au bord des routes. Un chiffre en constante progression selon l’organisation qui rêve ouvertement d’un nouveau «marché», le Brésil. A une alternance politique près, les véhicules auraient pu tâter le sable de Copacabana l’année prochaine. «On avait rencontré le secrétaire d’Etat au sports brésilien qui nous a confié la volonté de les joindre, explique Lavigne. Et il y a eu cette alternance à la fin de l’année (en octobre). C’était compliqué. Le Dakar n’était pas dans leurs priorités.» Economiquement parlant, la situation pourrait très vite changer.