Onesta: "Quand je fais les courses, ça dure une heure de plus"
Le sélectionneur Claude Onesta témoigne de l'effervescence qui ...© 2011 AFP
Le sélectionneur Claude Onesta témoigne de l'effervescence qui entoure l'équipe de France de handball depuis son 4e titre mondial et de ses propres difficultés à y faire face en amont de deux matches de gala face à la Serbie jeudi à Liévin et samedi à Montpellier.
Q: Comment se présente cette semaine?
R: "C'est toujours sympa quand je retrouve les petits, je suis content d'être avec eux. Et puis, c'est une semaine calme pour moi après un mois d'agitation permanente."
Q: Etes-vous plus sollicité que d'habitude?
R: "C'est incomparable. Il n'y a plus un tournoi, une remise de trophée ou un jury de n'importe quoi qui ne veuille pas avoir un handballeur. Et comme je suis le plus disponible de tous, c'est souvent moi en l'occurence. Les joueurs sont revenus à leur activité traditionnelle dans les clubs, mais moi, je suis toujours dans le service après vente."
Q: Comment expliquez-vous que les demandes aient ainsi explosé?
R: "Je n'explique rien, j'essaye déjà de survivre!"
Q: Quelles genres de sollicitations recevez-vous?
R: "Il y a vraiment de tout. Et puis, il y a le quotidien, tous ces gens qui veulent te témoigner ce qu'ils ont vécu. Ils sont tellement heureux de te raconter leur bonheur, leur plaisir, la peur qu'ils ont eue (lors de la finale à suspense face à le Danemark). On me dit 150 fois par jour: +j'ai failli mourir à cause de vous+. Je leur réponds que moi aussi."
Q: Ca doit être gratifiant, non?
R: "Bien sûr. Quand tu entends des personnes âgées dire: +qu'est-ce qu'elle est belle votre équipe, qu'est-ce qu'elle nous fait du bien+ - ça fait plaisir. Mais toute la journée... à un moment tu ne sors plus. Ou alors qu'avec tes potes qui ne vont pas t'en parler. Je comprends mieux aujourd'hui les gens qui s'isolent et qui, par moments, peuvent décevoir parce qu'ils ne se rendent pas disponibles."
Q: A ce point?
R: "C'est une réalité. Quand je fais les courses, ça dure une heure de plus. Parce que tu ne veux pas renvoyer les gens... J'ai pris une semaine de vacances, on est allé à la Réunion. Je suis sorti une fois. On m'a dit qu'il fallait aller au marché de Saint-Paul, que c'était très joli. C'était très joli, mais je me suis enfermé pour le reste de la semaine après."
Q: C'est la rançon de la gloire?
R: "J'appelle ça le revers de la médaille. Bon, c'est sympa, les gens sont rarement grossiers, pénibles. Mais au bout d'un moment, tu ne peux plus. La dernière fois à Radio France (lors de la remise d'un prix sportif), je voyais Laurent Blanc traverser la foule de journalistes en essayant de ne pas se faire attraper. Je me suis dit que depuis 98, il n'y a pas un jour où il n'est pas soumis à ce quotidien: le mec qui veut te dire bonjour, merci ou bravo, le mec qui veut une photo, une signature. Maintenant, je comprends mieux."
Q: Cette exposition constitue-t-elle un danger pour votre sport?
R: "Bien sûr qu'il y a un danger. Moi, je n'ai pas envie de finir dans Gala mais je suis persuadé que la plupart de mes joueurs si, ou alors, au moins leurs femmes. Sauf que notre force, notre véritable valeur ajoutée, notre notoriété vient justement du fait qu'on n'est pas dans Gala. Qu'on est performant en étant des gens normaux. On a vu chez les autres tout ce que ça a pu générer de stupidité, d'indécence et on a pourtant tendance à vouloir les rejoindre dans tout ce qui est affichage, rémunération, notoriété, publicité. En faisant ça, on risque de perdre ce qui faisait notre singularité."
Q: Comment l'empêcher?
R: "Mon rôle, c'est d'essayer, en bon père placide, de leur dire, avec mes mots, tout ce que je peux penser du dérisoire de la situation. De leur dire que, de temps en temps, ça fait du bien de boire un coup à l'ombre."
Propos recueillis par Jacques KLOPP



















