Quand les femmes parlent du Dakar

DAKAR 2011 Largement minoritaires dans l'univers du rallye, elles s'y sentent pourtant à leur place...

Romain Scotto, à Arica (Chili)

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La Suédoise Annie Seel (à dr.) à la cantine du bivouac de Calama (Chili), avec une concurrente féminine, le 5 janvier 2010.
La Suédoise Annie Seel (à dr.) à la cantine du bivouac de Calama (Chili), avec une concurrente féminine, le 5 janvier 2010. — R.S/20minutes

De notre envoyé spécial à Arica (Chili),

Retrouvez le blog de notre envoyé spécial...

Et le carnet de bord de Guerlain Chicherit...

S’il vivait quelques jours sur un bivouac, Patrick Juvet sortirait immédiatement un remix de la chanson de sa vie: «Où sont les femmes?». Sans a priori machiste, Etienne Lavigne, le patron du rallye, a beau répéter que le Dakar est «une course d’hommes», il accueille aussi 13 femmes, cette année, parmi les 407 concurrents recensés au départ.

«C’est vrai que ce n’est pas un sport de femmes, concède la Suédoise Annie Seel, toujours coquette après une spéciale. Moi, chaque année, j’ai l’ongle du petit doigt qui se casse avec les vibrations. C’est tout ce qui me dérange dans ce sport», ironise celle qui a pris l’habitude de vivre dans un milieu chargé de testostérone. A vrai dire, la motarde s’y sent totalement à sa place. La meilleure concurrente féminine du dernier Dakar n’a jamais eu à essuyer la moindre remarque déplacée. Les blagues machistes semblent enfermées dans le buggy de Jean-Louis Schlesser, mauvais perdant il y a neuf ans quand Jutta Kleinschmidt est devenue la première (et la seule) femme victorieuse du Dakar.

L'exemple Liparoti

«Les mauvaises blagues, ce n’est pas grave, il faut faire avec mais c’est très rare», concède Christine Fabre, copilote de son mari, cette année en auto. Il ne faut pas non plus trop en demander. Je vis dans un monde d’hommes, je m’adapte.» En réalité, le meilleur moyen de faire tomber les a priori et gagner le respect des machos reste la compétition. Camélia Liparoti, érigée mascotte du bivouac, ne s’est jamais sentie respectée en tant que femme sur le Dakar. Mais bien «en tant que championne de quad.» 1,59m et 47kg pour dompter une machine de cinq foi son poids, cela classe le petit bout de femme.

Aux vérifications techniques, il n’est pourtant pas rare qu’un officiel lui demande où est le pilote quand il la voit pousser sa bécane. «Je dis que je ne sais pas. Ou qu’il est parti», sourit la Française d’origine italienne, souvent hilare sous son casque rose. Une couleur choisie volontairement, «pour montrer à tout le monde que c’est une femme qui pilote cette machine. Et souvent, ils hallucinent.» Son caractère et ses qualités techniques dans les dunes lui ont permis de se faire une place. «Je suis la chouchou. L’autre jour, mon camion d’assistance tardait à arriver. Je n’avais aucunes affaires pour me changer. Tout le monde m'a aidé.» Un t-shirt par ci, un caleçon et des tongs par là.

«Je fais de la compétition pour toutes les femmes»


Pour elle, jurer dans ce monde est même une fierté. Un combat. «Moi, je fais de la compétition pour toutes les femmes et surtout celles qui ne peuvent pas faire ce sport parce qu’elles ont une famille ou des a priori sur le milieu.» L’un des derniers, avec la voile ou l’équitation, où hommes et femmes luttent dans la même catégorie. Même s'ils ne pèsent pas encore le même poids.