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Anthony Charteau: «Un niveau plus égal parce qu'il y a moins de dopage»

Anthony Charteau: «Un niveau plus égal parce qu'il y a moins de dopage»

INTERVIEWLe maillot à pois du Tour de France met sa victoire sur le compte des progrès de la lutte antidopage...
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

Il n’aurait pas misé un euro sur lui avant le Tour pour porter ce maillot à pois à Paris. Anthony Charteau est pourtant bien monté sur l’estrade, dimanche, sur les Champs-Elysées, au côté de Contador, Schleck, et Petacchi, les porteurs des trois autres maillots distinctifs (jaune, blanc et vert). Un exploit qu’il met sur le compte des progrès de la lutte antidopage, lui, le grimpeur de métier, qui déteste qu'on remette en cause ses qualités dans la montagne…

Comment avez-vous été accueilli, mardi à Lisieux, où vous avez disputé votre premier critérium d’après-Tour?

Il y avait beaucoup, beaucoup de monde. Forcément, avec mon maillot à pois, j’étais très populaire, je m’y attendais. Un maillot à pois, ça vaut pas mal de victoire. Mardi, il y avait Riblon, Chavanel, qui sont des vainqueurs d’étapes, mais tous les spectateurs n’avaient d’yeux que pour moi, avec ce maillot. Pour rien au monde je ne l’échangerai contre une victoire dans une course, c’est sûr.

Il y a un mois, auriez-vous imaginé porter ce maillot à pois?

Non, évidemment. Je n’allais pas sur ce Tour de France pour le conquérir. A la rigueur pour une victoire d’étape, mais pas pour le classement des grimpeurs.

Tout le monde vous sollicite et vous reconnaît aujourd’hui. Avez-vous été surpris par cette soudaine popularité?

Je savais que ce serait assez énorme. Chez moi, au Poirée sur Vie, j’ai trouvé ma maison toute décorée. Même mon lotissement a été tapissé de maillots à pois partout. A la mairie aussi, il y avait des banderoles et des photos. On me remercie pour ce maillot. Ça fait chaud au cœur, c’est sympa. J’ai aussi déjà eu des contacts avec des sponsors privés. C’est l’effet Tour de France. C’est dommage pour les autres courses d’ailleurs. La médiatisation est incomparable avec les autres. Ça gâche le goût des autres courses. Tant mieux pour moi parce que j’ai réussi à briller sur le Tour. Mais il y a un tas de coureur qui marchent très bien qui n’auront pas cette notoriété-là. C’est dommage.

Comment passe-t-on du rôle d’équipier à celui de coureur ovationné?

Ça dépend de l’âge. Moi ça fait dix ans que je suis professionnel, je sais comment cela se passe dans le milieu. Pour un plus jeune coureur, ce serait plus difficile. Je sais que pendant quinze jours, un mois, ce sera comme ça et puis ça va s’estomper. Ce sera plus difficile…

Que répondez-vous à ceux qui demandent une révision de l’attribution des points de ce maillot, prétextant que vous n’êtes pas un vrai grimpeur?

Certaines personnes disent que je ne suis pas un vrai grimpeur. Mais j’ai quand même gagné une étape du Tour de Catalogne où il y avait quarante hors délais. Je n’ai jamais vu d’autre course où il y en avait autant. Donc, oui, je suis un vrai grimpeur. Je ne dis pas que je suis le meilleur grimpeur du Tour, à côté de Contador ou Schleck. Maintenant, ça a toujours été comme ça. Que ce soit Virenque, Pantani, ou moi, on est passé le plus souvent en tête des cols. Je ne vois pas ce qu’il y a à dire. Certains auraient préféré que ce soit Contador, et bien c’est comme ça.

Vous succédez au classement à des noms comme Botero, Rasmussen, Kohl. Avez-vous l’impression d’être un maillot à pois plus «humain»?

Voilà, c’est peut-être ça qu’il faut voir. Bien souvent, les vainqueurs de ce maillot n’étaient pas très sains. Ils allaient vraiment plus vite que les autres. Maintenant, on est à niveau un peu plus égal parce qu’il y a sûrement beaucoup moins de dopage. Je ne dis pas qu’il n’y en a plus. Cela ouvre la porte à d’autres coureurs. Quand on voit ceux qui sont derrière moi, Moreau ou Casar, ce ne sont sûrement pas des concurrents à Contador ou Schleck dans la montagne.

Votre avenir s’inscrit-il au côté de Jean-René Bernaudeau (il cherche un nouveau sponsor après le retrait de Bbox en fin de saison)?

Oui, bien sûr, avec ou sans le maillot, c’était avec lui pour la saison prochaine.