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Coupe du monde: Le carnet de note de l'organisation

Coupe du monde: Le carnet de note de l'organisation

FOOTMalgré les doutes, la première Coupe du monde du continent africain s'est déroulée sans accroc majeur...
Romain Scotto, à Johannesbourg

Romain Scotto, à Johannesbourg

De notre envoyé spécial à Johannesbourg (Afrique du sud),

Organiser une compétition aussi importante que la Coupe du monde n’est donc pas l’apanage de quatre continents. L’Afrique a relevé le défi qu’elle s’était fixée en assurant un tournoi sans accroc majeur, susceptible d'écorner la crédibilité de son comité d'organisation. Dans l’ensemble, ceux qui se sont rendus en Afrique du Sud ont été convaincus, ce qui permet au pays hôte de s'en tirer avec un carnet de note encourageant. Pas loin de la mention.

Rayonnement 8/10: «Ayoba» général
Qu’il soit question du bourdonnement des vuvuzelas, des exploits de l’Espagne, ou des prédictions de Paul le poulpe, le monde entier est resté braqué vers l’Afrique du Sud pendant un mois. En organisant la Coupe du monde, le pays a bénéficié d’une exposition inespérée. Au total, la Fifa avance un auditoire cumulé de 36 milliards de téléspectateurs. Pour l’Etat sud-africain, l’événement pourrait générer une croissance de 0,4% du PIB cette année, avec une injection de 3,8 milliards d’euros dans l’économie. «Tout a parfaitement fonctionné et vous verrez que dans les années à venir, on n'a pas fini de parler de cette Coupe du monde. Voilà son héritage», analyse Franz Beckenbauer, interrogé par la Fifa. En Afrique du Sud, dans ces cas-là, on lit le message qui tourne en boucle sur toutes les chaînes locales: «Ayoba» («cool»).

Pelouses 7/10: Les voyants au vert
Les auréoles maronnasses qui maculaient le Soccer City ont vite reverdi en une semaine. Une exposition à la lumière artificielle, deux tontes par jour et le gazon est prêt pour accueillir la finale de la compétition, dimanche. Globalement, les terrains ont tous donné satisfaction. En arrivant en Afrique du Sud, certains clichés sur l’état des pelouses africaines laissaient présager le pire. Mais en limitant les entraînements la veille des matchs et en fermant les yeux sur les restrictions d’eau, les pelouses ont plutôt tenues le coup. Cela n'a pas empêcher certaines voix de s'élever, dont celle de Fabio Capello, le sélectionneur de l’Angleterre, qui a très peu gouté le gazon sud-africain. «Pire que celui de Wembley.» Bizarrement, ceux qui ont passé le stade des huitièmes n’ont rien remarqué.

Transports 5/10: Peu mieux faire
C’est Justo Villar, le gardien du Paraguay, qui a grogné le premier. Rentré au pays après une élimination en quart face à l’Espagne, il ne gardera pas un grand souvenir de l’organisation de ce Mondial. Surtout quand on lui parle de transports. Sur le plateau d’une télé locale, il s’est plaint publiquement des moyens mis à disposition par la Fifa. Quand le bus de son équipe est tombé en panne, après le match de poule contre l’Italie, il avait dû rentrer en taxi, après 45 minutes d’attente. A côté de ce qu’ont pu endurer certains supporters pour se rendre dans les stades, cela n’a rien de traumatisant. Malgré les travaux de rénovation, toujours pas terminés pendant la compétition, le réseau routier reste très chargé dans les grandes villes les jours de matchs. Certains aéroports, dont celui de Durban, n’avaient pas non plus anticipé l’afflux de supporters étrangers lors de la deuxième phase.

Sécurité 7/10: Une trêve prête à durer?
Dans un pays qui déplore une cinquantaine de meurtres par jour, aucun acte de violence majeur n’a touché les suiveurs du Mondial. Pas de mort de touristes, ni d’agression sauvage dans un pays plombé par un climat d'insécurité générale, voire de paranoïa. Il faut croire que les efforts mis en place par les autorités ont été efficaces. Les 56 cours de justice spéciales créées pour l'occasion n’ont pas été très actives. En revanche, l’après-Mondial suscite beaucoup plus d’inquiétudes. Les forces de polices déployées seront forcément moins importantes dans les semaines à venir. A Johannesbourg, les immigrés redoutent une vague d’attaques xénophobes. En attendant, le gouvernement a promis de sévir pour ne pas replonger dans un climat de violence. «L'Afrique du Sud n'est pas une république bananière et ne permettra à personne de perpétrer des violences», a promis Fikile Mbalula, l’un des responsables de la police. Avant de punir les actes, c’est contre le sentiment d’insécurité qu’il entend lutter.

Ambiance 6/10: Vuvuzélée
L’un des hics de la compétition. Hormis lors des matchs de l’Angleterre ou des Pays-Bas, il était quasiment impossible de percevoir des chants de supporters. Au niveau sonore, l’ambiance de cette Coupe du monde s’est résumée au barrissement continu des vuvuzelas, dans des stades qui n’ont pas toujours fait le plein. Pour d'autres, à l'image de George Weah, cette épreuve restera d’abord celle «qui a uni les Africains», malgré l’élimination précoce de la plupart de leurs représentants. Par procuration, le pays hôte s’est rallié à la cause des Ghanéens, tombés en quart de finale face à l’Uruguay. Une communion qui devrait «laisser des traces», selon Weah.

Infrastructures 8/10: Modernité et esthétisme
S’il y a dans ce pays quelqu’un pour critiquer les dix enceintes de la Coupe du monde, il s’est terré pendant un mois. Au chapitre stades, l’Afrique du Sud n’a récolté que des éloges. Modernes, spacieux, esthétiques, les stades ont convaincu le public et plu aux joueurs. La question de leur utilisation post-Mondial se pose maintenant. Ces enceintes aux coûts d’exploitation abyssaux ne sont pas toutes assurées d’attirer du public dans les années à venir. L’autre incertitude concerne le relogement de milliers d’habitants, chassés de leur habitation lors des travaux de construction. Dans un rapport, Raquel Rolnik, déléguée de l’ONU, a dénoncé la situation précaire de cette population des township, pour qui la Coupe du monde est bien la dernière de leur préoccupation.