Bierhoff: «Plus difficile que l'Angleterre et l'Argentine»
MONDIAL2010•Manager de la Mannschaft, Oliver Bierhoff fait le point avant d'affronter l'Espagne en demi-finale...Propos recueillis par Antoine Maes
De notre envoyé spécial à Johannesburg,
Après avoir étrillé l’Angleterre (4-1) puis l’Argentine (4-0), vous considérez-vous comme le favori naturel contre l’Espagne?
Ce sera plus difficile que nos deux précédents matchs. Parce que l’Espagne a moins de faiblesses. Je ne m’attends pas à une victoire comme contre l’Angleterre ou l’Argentine. Pour moi, 1-0, ce serait un bon score. Ils ont quand même des failles. On va tout faire pour les exploiter, mais ils nous ont étudié, ils savent qu’on en a aussi. J’ai parlé avec Capello après notre qualification en 8e de finale. Il n’était pas content, parce que ce qu’il avait identifié comme pouvant nous faire mal, ses joueurs ne l’avaient jamais mis en pratique. Je pense que sur les matchs précédents, la pression était plus grande. On n’avait pas le droit d’échouer. Maintenant que nous avons passé ces caps, il ne nous reste que de l’espoir. L’Espagne a dominé de façon importante le foot en Europe. Mais nos joueurs sont tellement confiants qu’ils sont capables de se persuader qu’ils peuvent battre n’importe qui.
C’est donc le plus gros test de la compétition pour vous?
Le plus gros test, on espère que ce sera dimanche. Mais chez nous, le match le plus important est toujours celui qui arrive.
En l’absence de Thomas Müller (suspendu), Bastian Schweinsteiger devra-t-il être encore plus performant?
Thomas Müller est un chaînon en moins dans l’équipe. Ses sprints, ses buts, sa façon de défendre… On sait aussi qu’on pourra compter sur un garçon comme Schweinsteiger. Son nom revient souvent quand on parle du meilleur joueur de la compétition. Contre l’Argentine, il possédait le terrain. Mais le plus important, c’est d’avoir la meilleure équipe. La logique est la même pour l’Espagne et Villa. On sait que c’est une menace majeure pour toutes les défenses. Contre l’Angleterre, il fallait neutraliser Rooney, contre l’Argentine, c’était Messi. Avec les Espagnols, c’est différent. Il y en a quelques autres qui peuvent être décisifs, comme Torres, Xavi, Iniesta… La question, c’est de savoir qui sera le deuxième couteau.
Michael Ballack est rentré en Allemagne lundi soir. Son départ arrive en même temps que les déclarations de Philip Lahm expliquant qu’il aimerait garder le brassard à l’avenir. Il y a une relation de cause à effet?
C’est juste une coïncidence. Michael nous a rendu visite lors de notre stage de préparation en Sicile. On lui avait dit qu’on serait content de l’accueillir en Afrique du Sud. Il nous a répondu «ok, mais je prends des vacances, donc ce ne sera pas avant les quarts». Ensuite, c’est devenu clair que sa blessure guérissait rapidement. Mais il a quand même besoin d’un autre traitement. Ca aurait pris du temps aux médecins de l’équipe, et il n’a pas voulu. C’était mieux pour lui de partir et de continuer ailleurs. Il reviendra peut être pour la finale, si on y va. Il n’y a pas le moindre conflit dans l’équipe.
Dans le même temps, le patron de la Ligue nationale a critiqué l’encadrement de la Mannschaft, insinuant que vous aviez tendance à vous attribuer les lauriers de la réussite de l’équipe…
On n’a pas bien compris ses reproches. On a dîner lundi soir avec lui, on lui a demandé des explications. Si vous regardez en arrière, tout parle pour nous, on a fait du bon boulot. Autant nous que la Bundesliga d’ailleurs. Sur les six dernières années, il n’y a pas eu un scandale, rien. On a su insuffler un fort esprit d’équipe, et ça a peut être été interprété comme une volonté de tout faire tout seul. C’est absolument faux. Heureusement, ça n’aura aucune influence sur le jeu de l’équipe. Mais cette semaine, qui est quand même l’une des plus importantes de l’histoire du foot allemand, on ne devrait parler que de sport. Aujourd’hui, nos succès ont beaucoup de pères. D’abord les parents de joueurs comme Özil ou Khedira, qui ont tout sacrifié pour le foot. Ensuite, il y a les centres d’excellence des clubs, leurs équipes de jeunes. Tout ça porte ses fruits. Ensuite, en haut de l’échelle, nous récupèrons des joueurs très techniques, avec beaucoup d’acquis tactiques. On complète le puzzle en les mettant dans des conditions optimales pour qu’ils fleurissent.



















