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Quand l’équipe de France devient un enjeu politique
MONDIAL 2010•La défaite des Bleus agite le sommet de l'Etat...Matthieu Goar
Le cauchemar sportif est donc devenu une cause nationale. Et les hommes politiques ont envahi les plateaux des émissions sportives. «Il faut mettre les pieds dans le plats. Le rôle des hommes politiques est de siffler la fin de ce fiasco», se justifiait ainsi Jean-François Copé, chef du groupe UMP à l’Assemblée, dimanche soir à 100% foot, au soir de la grève des joueurs. Depuis, les Bleus se sont fait éliminer et le monde politique n’a pas relâché la pression. Au contraire. Mercredi, Rama Yade et Roselyne Bachelot ont été convoquée à l’Elysée qui a annoncé l'organisation d'Etats généraux du football et, jeudi, Thierry Henry devrait rendre visite au président de la République. A l’Assemblée, le vice-président UMP, Marc Laffineur a même demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Fédération française de football.
Une sorte de juillet 1998 à l’envers. «En 1998, ils ont bénéficié de l’effet Coupe du monde. Cette année, le monde politique craint beaucoup d’être atteint par une mauvaise vague. Il faut manifester une forme d’empathie avec la population qui est en colère, justifie Jean-Luc Mano, ancien journaliste et conseiller en communication de nombreux hommes politiques. Le conseil que je pourrai donner à des politiques est d’occuper le terrain. Sinon, vous donnez le sentiment de vous désintéresser.»
Nicolas Sarkozy s’y intéresse beaucoup
Et visiblement, les Bleus intéressent beaucoup le sommet de l’Etat. «Les responsables de ce désastre devront rendre des comptes», lâche Roselyne Bachelot dès mardi soir avant de se montrer encore plus grinçante devant les députés mercredi. «Je ne peux que constater, comme vous, le désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé et sans autorité, une Fédération française de football aux abois.» Fan de sport, Nicolas Sarkozy avait demandé dès le week-end dernier à sa ministre de rester au chevet des Bleus et le président fait de cette déroute une affaire politique. Lors du Conseil des ministres de mercredi, il a ainsi évoqué la déroute des Bleus et l’a fait savoir en envoyant Luc Chatel devant les micros. L’équipe de France est plus que jamais un objet politique. «Dans les années 70, il y avait moins d’imbrication entre la politique et le foot. Mais les hommes politiques réagissent de plus en plus sur l’émotion et les affects. Sauf que là, ce n’est pas une catastrophe naturelle…», analyse Christian Delporte, historien spécialiste des médias et de la communication politique.
Pas une catastrophe naturelle mais un événement visiblement plus traumatisant que l’Euro 2008. A l’époque seulement quelques hommes politiques avaient demandé la démission de Domenech. «Avec l’épisode de la grève cette année, le problème a dépassé le sportif. Le pays est un sujet de moquerie et le monde entier se fout de la gueule des Français», poursuit Jean-Luc Mano. En tout cas, c’est comme ça que certains hommes politiques le ressentent.» L’avis des gouvernants risque en tout cas de peser lourd dans le grand ménage du football français. Et tant pis si le gouvernement n’a que peu de pouvoir sur la FFF qui est une association…



















