Jérémy Toulalan: «On n’est pas bons, on ne dit pas le contraire»

FOOT Le milieu défensif des Bleus est très lucide sur le niveau actuel de l'équipe de France...

Propos recueillis par Romain Scotto, à Knysna

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Le milieu de terrain français Jérémy Toulalan, lors d'un match amical contre la Chine, le 4 juin 2010 à La Réunion.
Le milieu de terrain français Jérémy Toulalan, lors d'un match amical contre la Chine, le 4 juin 2010 à La Réunion. — Sipa

De notre envoyé spécial à Knysna (Afrique du sud),

Il fallait quelqu'un de droit et franc, capable de mettre des mots sur le désastre. C'est Jérémy Toulalan qui s'est collé à l'exercice de l'analyse d'après-match vendredi à Knysna. Le Lyonnais n'a pas déçu. Il sait parler et offre un regard très lucide sur la situation actuelle de l'équipe de France...

Vous êtes suspendu pour le prochain match. La Coupe du monde est-elle terminée pour vous?

Non. Il reste encore un espoir. Il est mince, mais il faut y croire. Pas comme certaines personnes qui n’ont pas cru en nous. Même s’il reste une petite chance il faut la saisir et aller au bout.

Vous disiez que vous ne faisiez pas les efforts les uns par rapport aux autres. Le problème principal est-il là?

Par rapport aux qualités qu’on a, oui. Certains ont des qualités individuelles fortes. Il faut avoir un équilibre. On essaye de le trouver. Quand on ne gagne pas, il y a des manques quelque part. Mais c’est collectif, pas individuel.

Pensez-vous que certains joueurs manquent d’humilité dans l’équipe?

Je ne vais jamais prendre une personne et la démonter. Encore une fois, c’est collectif. Il y a eu des manques de la part de tout le monde.

Que vous a dit Raymond Domenech avant l’entraînement lorsqu’il vous a réunis dans le rond central?

Qu’il reste une chance, elle est infime. On se doit d’y croire par rapport à nos supporters. On a une certaine fierté et on se doit de gagner ce match.

Pensez vous que chaque joueur ait donné le maximum de lui-même selon vous?

Je l’espère. Après, on n’a pas dû faire assez. Vu le résultat, on peut faire mieux. Moi le premier, sur les balles en avant, on peut avoir un petit peu moins de déchet. Chacun doit faire son autocritique.

Avec des discours constamment positivistes, ne vous-êtes vous pas voilé la face?

On est obligés d’être positifs. On ne s’est pas caché les choses. Même si c’est difficile à croire, j’y crois encore. On n’a pas dit qu’offensivement, on était très bons. Défensivement on était assez solides. Sincèrement, je ne pense pas qu’on se soit caché les choses.

Avez-vous conscience d’être la risée de la France?

Ça fait partie du métier. J’ai vécu l’Euro 2008. On en est conscient, on est déçus pour les supporters. On sait qu’on est critiqué. Il faut savoir le prendre. La critique, positive, ça fait avancer.

Êtes-vous d’accord pour dire que l’équipe de France ne fait plus peur à ses adversaires sur le terrain?

Bah… oui. C’est par les victoires qu’on va réussir à faire peur. Ça m’importe peu qu’on fasse peur. L’important c’est d’avoir confiance en nous et de gagner les matchs. Il n’y a pas une équipe qui me fasse peur. Qui m’impressionnent oui, il y en a. Mais qui m'inspirent de la peur, non.

Comprenez-vous les critiques qui s’abattent sur l’équipe?

Moi ça ne me dérange pas. Je ne peux pas vous dire qu’on ne le mérite pas. Ce serait dingue de dire ça. Je l’assume, même si c’est dur. Je ne peux rien dire. Vous dites qu’on n’est pas bons, on n’est pas bons. On ne va pas dire le contraire. Des fois ça va un peu loin, mais pas sur le sportif.