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La Corée du Nord en commando

La Corée du Nord en commando

FOOT-Avant de s’attaquer aux Brésiliens, aux Portugais et aux Ivoiriens, les Nord-Coréens se préparent en plein township…
Antoine Maes

Antoine Maes

De notre envoyé spécial à Johannesburg (Afrique du Sud),

C’était pourtant bien parti. Tembisa, aux confins de Johannesburg, mardi après-midi. Sur un terrain vague en terre battue, des gamins tapent la balle avec passion. Au bord de la touche, les instituteurs sont venus assister à l’événement du coin: le tournoi des «Primary School» du township. En fond sonore, les chants de la «Christian Church of Zion». Il fait chaud, la poussière en fait tousser plus d’un, mais c’est un jour spécial dans le quartier. Car l’équipe nord-coréenne vient donner son premier point-presse de la Coupe du monde, et a attiré une bonne cinquantaine de journalistes. «On ne voit pas souvent autant de blancs dans le coin», se marre Franck, un prof de sciences naturelles.

Les forces spéciales débarquent

L’ambiance va pourtant vite se tendre. Le bus des joueurs pénètre dans le Makhulong Stadium, l’enceinte où 16 personnes ont été blessées dans une bousculade ce week-end lors du match contre le Nigéria perdu (3-1) par les Coréens. Pour ouvrir le passage, un pick-up des forces spéciales sud-africaines, avec casques et mitrailleuses. Les gamins ne jouent plus, les chants se sont arrêtés. «Pour nous, la sécurité, c’est le plus important», ose l’officier de presse. On se demande d’ailleurs en quoi consiste son job, puisqu’aucun journaliste n’a fait le voyage depuis Pyongyang. Un vrai mystère que ce «Chollima», le surnom de l’équipe nationale, hérité d’un mythique cheval ailé de la culture coréenne. La plupart des joueurs évoluent au pays, dans des clubs comme le Kyonggongop (l’équipe du Ministère de l’Industrie Légère) ou le Groupe Sportif du 25 Avril (l’équipe de l’armée).

«On peut être la surprise»

De toute façon, il n’y a qu’un seul joueur autorisé à parler. Il s’appelle Jong Tae Se. C’est un Zainichi: un Nord-coréen émigré au Japon. Il y joue d’ailleurs, et plus précisément au Kawasaki Frontale. Là-bas, on le surnomme «le Rooney du peuple». «Pourtant, je ressemble plus à Drogba.» On n’ose pas le contredire, des fois que les forces spéciales rappliqueraient. En cinq minutes montre en main, Jong Tae Se va faire le tour de la question. Lui et ses petits camarades «ont grandi avec des vidéos de 1966», quand la Corée du Nord avait vaincu l’Italie (1-0) et atteint les quarts de finale. Aujourd’hui, c’est une équipe ultra-disciplinée, dont les points forts sont la défense et l’état d’esprit, comparable à «celui de l’Allemagne, autant dire l’un des meilleurs du monde». Et même si personne n’imagine cette bande d’inconnus disputer les 8es de finale, Jong Tae Se explique: «on croit tous qu’on peut être la surprise.» Et si ce n’est pas le cas? «On veut profiter de l’événement pour changer l’image de notre pays.» Et ça, c’est peut être encore plus compliqué que de sortir des poules.