Coupe du monde 2022 : Et si la « vuvuzela du Qatar » tenait à l’invention de deux Français ?

FOOTBALL Didier Grande et l’ancien champion du monde de handball Bertrand Roiné ont lancé les Fans Shemagh, ces keffiehs aux couleurs des pays de la Coupe du monde 2022. Certains comparent l’idée à un équivalent textile de la vuvuzela

William Pereira
Didier Grande pose avec un fan shemagh aux couleurs françaises
Didier Grande pose avec un fan shemagh aux couleurs françaises — W.Pereira
  • L’ancien handballeur franco-qatarien Bertrand Roiné a lancé en compagnie de Didier Grande le Fan Shemagh, un keffieh aux couleurs des nations de la Coupe du monde 2022
  • Le produit séduit les enseignes locales. Suffisant pour en faire la vuvuzela du Mondial 2022 ?

De notre envoyé spécial à Doha,

« C’est jackpot, là ! » Dans sa tente de l’Arabian Nights de Lusail – où est recréé l’atmosphère d’un campement au milieu du désert – Didier Grande se satisfait d’une agréable coïncidence. Juste devant lui, deux Saoudiennes montent un coin selfie pour touristes accroc aux réseaux. L’assurance pour cet expatrié français de voir ses Shemaghs sur les posts d’influenceurs qui passeront dans le coin. Les shemaghs sont un type de keffieh que Didier et son célèbre acolyte Bertrand Roiné (ancien champion du monde de hand avec les Bleus) ont décidé de décliner aux couleurs de toutes les nations de la Coupe du monde. On appelle ça le Fan Shemagh.

L’ex-handballeur professionnel cloué au lit par un méchant rhume, c’est son binôme qui nous accueille pour raconter la genèse. C’était il y a deux ans. « Un soir, pendant un match de qualification de l’équipe de France qu’on regardait entre potes, mon fils de 5 ans débarque avec un Shemagh qu’on avait acheté au souk. Il l’a mis sur sa tête et s’est mis à danser devant la télé. Ça a fait tilt. »


Un fan shemagh du Ghana
Un fan shemagh du Ghana - W.Pereira

32 euros l’unité, coton, fait main

S’ensuit une aventure à échelle humaine facilitée par la double nationalité de Roiné, qui a aussi porté les couleurs du Qatar. « Avoir mené à bien le projet est une fierté racontait-il à l’AFP, parce que j’ai fait du handball toute ma vie. Je n’ai pas de formation pour faire ça, pour monter une entreprise, faire du marketing, faire du design. Toutes ces choses-là, on les a apprises sur le tas. »

Dans le rôle des personnages secondaires de l’aventure, une amie designeuse en Australie et une famille du Nord de l’Inde employée pendant un an et demi pour la production d’un produit qui se veut qualitatif. Le tout pour un prix de vente estimé à 32 euros. « On a fait quelque chose de qualité en coton fait à la main, explique Didier Grande en faisant défiler les toutes récentes photos d’une supportrice sud-coréenne heureuse de porter l’habit. On a mis du temps à trouver le procédé pour l’impression. Pour les pays comme le Mexique et l’Equateur il y a beaucoup de couleurs et de détails difficiles à reproduire. On est content du rendu, parce qu’on a réussi à rendre quelque chose de qualité. »



Et à importer au Qatar la notion d’éco-responsabilité. « On vend le Shemagh avec un emballage qui est un sac compostable en épi de maïs. On l’a aussi enroulé dans du papier kraft. Bref, pas du plastique. » La concurrence ne peut pas en dire autant, si tant est que les considérations écolos ne lui passent pas au-dessus du crâne. Disponible en sortie de métro ou dans le souk, ces keffiehs ressemblent plus à ce qu’on attend d’un produit bon marché : du bon synthétique qui vous colle à la peau quand le soleil est réglé sur thermostat 200. Et dont la coupe serait plus grossière.

« Nous, on s’est refusé à faire un truc parodique, du genre farces et attrapes, pour ne pas offenser la culture du moyen orient. » On laisse le client pour seul juge, en attendant, la bonne nouvelle, c’est qu’il y a un marché. Et c’est tout ce qui compte quand on ambitionne de devenir la « vuvuzela de la Coupe du monde 2022. »

Coup de bol, la mascotte du Mondial 2022 est un shemagh

Pas vraiment une ambition, d’ailleurs « Ce sont des gens qui nous l’ont fait remarquer. On espère que c’est ce qui ressortira de ce Mondial au Qatar. On aimerait voir les gens au stade et autour des stades avec le Shemagh, en ramener chez eux. C’est bientôt Noël en plus. » Pour arriver à leurs fins, les deux Français comptent sur la grande distribution. Mais pas trop grande. Les créateurs du fan Shemagh ont un temps envisagé de travailler avec Carrefour avant de rétropédaler, la charge de production était insoutenable pour une boîte à taille humaine. En revanche, l’habit est en vente à la Fnac de Doha et dans les musées de l’émirat. Il est également disponible au Printemps de Doha, ouvert depuis peu. Une porte d’entrée vers un nouveau marché. « Ils voudraient qu’on en fasse aux couleurs et à l’effigie de Printemps. »


A l'entrée du stand Fan Shemagh à l'Arabian Night
A l'entrée du stand Fan Shemagh à l'Arabian Night - W.Pereira

L’aéroport de Doha suit aussi d’un œil attentif ce produit dérivé indépendant, bien que le tandem d’entrepreneurs préfère rester en retrait pour le moment. Pendant la Coupe du monde, l’aéroport international est un territoire de la FIFA, que l’on sait sans pitié pour tout ce qui daigne lui faire concurrence. Didier Grande fait très attention à cela. « Quand on a découvert que la mascotte du Mondial serait un shemagh, certains médias nous ont associé à elle. Nous, on a refusé de le faire ouvertement pour ne pas empiéter sur le terrain de la Fifa. Mais si les gens nous y associent, tant mieux ! » Une heureuse coïncidence, une de plus.