Dortmund – Manchester City : « Un phénomène face à nous », le jour où Erling Haaland a mis neuf buts face au Honduras

FOOTBALL Loin de la Ligue des champions, qu’il retrouve ce mardi avec Manchester City face à Dortmund, Erling Haaland s’était déjà spécialisé dans la maltraitance de défense. Comme en mai 2019 où il avait inscrit neuf buts en un match lors du Mondial U20

Nicolas Stival, avec Julien Laloye
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Erling Haland avait mis la misère aux pauvres défenseurs honduriens.
Erling Haland avait mis la misère aux pauvres défenseurs honduriens. — PressFocus / Sipa
  • Manchester City affronte le Borussia Dortmund, ce mardi, lors de la 5e journée de Ligue des champions, l’occasion pour Erling Haaland de retrouver son ancien club.
  • Avant d’exploser en Allemagne, l’attaquant norvégien avait notamment inscrit neuf buts face au Honduras lors du Mondial U20, en 2019.
  • On a retrouvé plusieurs acteurs de cette rencontre, terminée sur le score de 12-0.

Un dernier match de poule d’une Coupe du monde des moins de 20 ans, entre deux équipes quasiment éliminées au coup d’envoi. Sur le papier, ce Norvège-Honduras du 30 mai 2019 avait tout pour finir dans les limbes de l’histoire du football. Pourtant, les 5.646 spectateurs réunis dans l’Arena de Lublin ont assisté à la fois au succès le plus large (12-0) en 22 éditions du Mondial U20 et au premier coup d’éclat international d’Erling Haaland, buteur à neuf reprises.

« Après les deux premiers matchs perdus, on savait qu’il fallait gagner, mais que même en s’imposant largement, ce serait difficile de passer, retrace Igor Aase, alors entraîneur adjoint de la sélection norvégienne. On a mis la plus belle équipe et Erling était en feu. Je m’en souviendrai toujours. Marquer neuf buts, même si ce n’est pas face à la meilleure formation, c’est tellement énorme ! »



Muet et plutôt discret contre l’Uruguay (1-3) puis face à la Nouvelle-Zélande (0-2), le désormais cyborg de Manchester City n’a eu besoin que d’une seule rencontre pour terminer « pichichi » de la compétition. Ça tombe bien, c’était aussi sa dernière, puisque la Norvège a terminé moins bon troisième de poule et n’a pas vu les 8es de finale d’une épreuve remportée par l’Ukraine. Mais il ne lui en fallait pas plus pour pulvériser le record du Brésilien Adailton, futur éphémère Parisien : six pions contre la Corée du Sud (10-3) lors du Mondial U20 1997.

Surclassé d’un an, rare représentant des natifs de l’an 2000 au milieu des 1999, le natif de Leeds venait alors de terminer sa première demi-saison hors des frontières norvégiennes, que l’on qualifiera d’apprentissage : transféré en janvier 2019 de Molde vers Salzbourg, il n’avait disputé que cinq matchs avec le club autrichien, pour une petite réalisation. « Ce n’était pas la star qu’il est devenu, mais on connaissait son énorme potentiel, reprend Igor Aase, désormais à Skeid (D2 norvégienne). Mais affirmer que je le voyais devenir aussi fort qu’il est aujourd’hui, c’est difficile à dire. »

Il aurait aimé marquer un dixième

Le cadre dessiné, attardons-nous sur son match, donc sur ses neuf buts (7e, 20e, 36e sur un penalty qu’il a provoqué, 43e, 50e, 67e, 77e, 88e, 90e), huit du gauche et un du droit. Déjà bien planté dans le sol, mais pas encore assez pour envoyer valdinguer ses adversaires comme le malheureux Adam Webster de Brighton ce week-end, Haaland s’est clairement fait plaisir face à un adversaire dépassé, réduit à 10 puis à 9, et à un gardien pas vraiment en état de grâce.

Centres coupés, jolies ouvertures et faiblesses adverses bien exploitées…. Rien de mythique mais de la belle ouvrage, avec un petit faible pour la quatrième réalisation, une incroyable frappe de baudet du Poitou, façon Paul Le Guen ou Federico Valverde. « Ce que je retiens de ce match, c’est qu’il était assez ennuyé de ne pas avoir mis un dixième », a glissé dans un sourire nostalgique Pål Arne Johansen, son sélectionneur des U18 aux U20, sur le site de Manchester City.


Saurez-vous reconnaître sur cette photo un défenseur hondurien dépité ?
Saurez-vous reconnaître sur cette photo un défenseur hondurien dépité ? - PressFocus/SIPA

« L’une des choses qui me plaisent chez lui, c’est que c’est un joueur qui ne lâche rien, qui court sur tous les ballons », embraie Elison Rivas. L’actuel défenseur du CDS Vida (L1 hondurienne) était aux premières loges pour suivre les prouesses du mutant en devenir. Si nombre de ses coéquipiers n’ont pas réagi lorsque 20 Minutes leur a demandé de revenir sur cette page douloureuse, sans qu’on puisse vraiment leur en vouloir, Rivas a rapidement répondu : « Parler de ce match est normal, il ne faut pas se sentir mal à cause de ça, la vie continue, lance-t-il. Comme on dit : Dieu donne ses meilleures batailles à ses meilleurs guerriers. »

« On savait qu’il deviendrait un grand joueur »

Dans l’histoire, Haaland apparaît comme le fléau de Dieu, l’Attila norvégien, ce qui lui va plutôt bien comme surnom. « En fait, il n’était pas si connu à l’époque, il y avait des joueurs bien plus reconnus que lui dans ce Mondial, reprend Rivas. Mais quand on l’a vu jouer, avec la puissance qu’il dégageait, on savait qu’il deviendrait un grand joueur ! A partir du moment où il a inscrit son premier but, j’ai vu qu’on avait un phénomène face à nous. »

Muhammad Taqi était lui aussi idéalement placé pour admirer le gamin formé à Bryne, dans l’Arena de Lublin. L’arbitre singapourien n’oubliera jamais l’une des deux rencontres qu’il a dirigées dans cette Coupe du monde U20, une semaine après Tahiti-Sénégal (0-3). Il retient « la force physique des deux équipes », « des jeunes joueurs qui ont joué avec beaucoup de détermination, de passion et d’énergie, ce qui voulait dire que mes interventions devaient être précises pour ne pas perturber le déroulement de la rencontre ».

Taqi a dû sortir un rouge pour un deuxième avertissement contre Axel Gomez, coupable d’un coup de coude dans un duel aérien (57e) alors que le score était déjà de 7-0, puis expulsé directement dans les arrêts de jeu Everson Lopez, auteur d’un tacle à la hanche plein de violence et de dépit sur le Norvégien Markovic.

Personne ne lui a demandé son maillot

Et Haaland, au fait ? « Je ne le connaissais pas avant le match et j’ai donc été surpris par sa performance, avoue Taqi, qui officiera du côté du VAR pendant la Coupe du monde au Qatar. Evidemment, lorsqu’un joueur marque neuf buts dans un tournoi international, il est bien parti pour se faire un nom ainsi que la une des journaux. Rien que sur ce match, il a démontré son potentiel. Je pensais sincèrement qu’un joueur doté d’une telle capacité physique et d’un sens aigu du but deviendrait très vite un jeune prodige. »

Le genre de star dont l’adversaire s’arrache le maillot en fin de match. « Personne n’a eu le temps ni le courage de le lui demander, assure Elison Rivas. Nous étions tous inconsolables. » La progression fulgurante de Haaland dans les mois qui ont suivi a peut-être un peu aidé les Honduriens à relativiser cette énorme rouste, visée par une enquête de la FIFA - de par son ampleur inédite –, vite classée sans suite.


Auteur d’une énorme première partie de saison 2019-2020, le Norvégien, élu joueur de l’année en Autriche, quittera dès le mercato d’hiver Salzbourg pour le Borussia Dortmund. La machine était lancée, et l’avant-centre déjà gaillard allait prendre encore quelques tailles de maillot pour atteindre son 1,94 m et ses (environ) 90 kg.

« Quand je l’ai revu un an après la Coupe du monde U20, il ressemblait beaucoup plus à ce qu’il est devenu aujourd’hui, témoigne le technicien norvégien Igor Aase. Il a changé naturellement mais aussi parce que c’est l’un des joueurs les plus professionnels que j’ai connus, dans la préparation, la récupération. Il est très à l’écoute de tout ce qui peut le rendre meilleur. Et puis, il est fantastique, humble. Je n’ai absolument rien de négatif à dire sur lui. » Les défenseurs et les gardiens adverses si, en revanche.