Biathlon vs ski alpin, le duel qui fâche

VANCOUVER2010 Comme quoi, peu de moyens suffisent pour se couvrir de médailles...

Romain Scotto

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Vincent Jay (à gauche), symbole de l'insolente réussite française en biathlon. A droite, Julien Lizeroux, symbole de la faillite française en ski alpin.
Vincent Jay (à gauche), symbole de l'insolente réussite française en biathlon. A droite, Julien Lizeroux, symbole de la faillite française en ski alpin. — Reuters
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Six médailles, dont un titre d’un côté, rien de l’autre. Aux Jeux, les skieurs alpin n’avaient pas de quoi la ramener face à leurs cousins éloignés du biathlon. Entre les deux disciplines les bilans comptables sont incomparables. L'un exalte, l'autre fâche. Au regard des chiffres, il n'était pas écrit que les biathlètes allaient animer toutes les fiestas du club France. Les skieurs, eux, sont plutôt restés dans leur chambre…

Effectifs
Pendant que la colonie de l’alpin remplit un petit ATR, (33 membres du staff et 22 athlètes), un minibus suffit à transporter toute la clique du biathlon. Le groupe des as de la cible compte trois fois moins de coachs, techniciens et kinés. Deux fois moins d’athlètes, aussi. Sur le papier, les deux structures ne sont pas comparables. Sauf que le taux de médaillé au mètre carré est bien plus important au sein de l’équipe nordique (8/10), dans laquelle seuls Vincent Defrasne et Simon Fourcade quittent le Canada les mains vides. Un petit exploit pour une discipline qui ne compte pas plus de 300 adeptes en France, pour seulement 20 séniors de haut niveau. «On ne peut pas comptabiliser exactement le nombre de personnes qui pratiquent le biathlon car ils ont tous une licence «ski», confie Corinne Niogret, en charge des courses nationales à la fédé. Mais d’après ce qu’on voit au départ des courses, on oscille entre 250 et 300.» Sur un total avoisinant les 120.000 licenciés, ça ne fait pas lourd.

Moyens
Là aussi, le gouffre est vertigineux. Pour faire tourner l’usine à médaille du sport français, la fédération de biathlon dispose d’un budget de 780.000 euros, selon Christian Dumont, le DTN. Pas grand-chose à côté des 4 millions réservés à l’alpin (sur un budget total de 9,5 millions). «Mais c’est normal se défend, Alain Méthiaz, le président de la fédération française de ski. L’alpin est le sport qui coûte le plus cher, qui demande le plus de moyens et qui intéresse le plus les sponsors et les télévisions. C’est le sport phare. D’ailleurs, ce partage équitable des fonds ne pose pas de problèmes entre les disciplines. S'il y avait eu plus d'argent dans le biathlon, ils n'auraient pas su qu'en faire.»

Ambiance
Le constat est signé Rama Yade: «Dans cette équipe de France de ski alpin, il faut davantage de modestie et de constance.» Pour la Secrétaire d’Etat aux sports, voilà un domaine dans lequel les skieurs peuvent s’inspirer de leurs collègues du biathlon, une discipline dans laquelle il y a «moins de pression, moins de moyens», mais «un bel état d’esprit qui fait plaisir à voir.» Pour plomber une ambiance, rien de tel qu’une pénurie de médailles, certes. Mais tout au long de ces Jeux, les skieurs ont souvent été sur la défensive, parfois prêts à dégainer comme Adrien Théaux en direct sur France Télévisions. Julien Lizeroux l’a dit et répété. Les questions des journalistes n’ont cessé de l’agacer. Et dans la bouche de ses coéquipiers, le même refrain lancinant à longueur d’interviews: «Les JO, c’est une course comme les autres, avec des piquets rouge et des piquets bleus.» Et sinon, il n’y avait pas des médailles à aller chercher?  

Le mot des DTN
Christian Dumont (biathlon): «Le bilan est extraordinaire. Cette jeune génération sera encore là dans quatre ans. Il faut continuer à construire là-dessus. Six médailles, on aurait signé les yeux fermés. C’est énorme en terme de visibilité. Il faut qu’on arrive à surfer là-dessus pour structurer les clubs dans les régions et accueillir du monde. Pour que ça prenne vraiment.»

Yves Dimier (ski alpin): «Le bilan n’est pas bon, évidemment. On n’a pas les deux médailles qu’on visait et on n’a pas donné l’image d’une équipe qui pouvait créer la surprise. Il faudra changer des choses, mais pas faire la révolution».