Didier Gailhaguet: «Zéro médaille? On s'en remettra»
INTERVIEW•Le président de la fédération des sports de glace quittera Vancouver sans médaille en patinage artistique. Un échec qu'il assume et qu'il explique...Propos recueillis par Romain Scotto
Comme à Turin, la France n'a pas décroché de médaille sur la glace de Vancouver. Le président de la fédération française, Didier Gailhaguet, dresse un constat d'échec, qu'il tente d'expliquer, et qu'il tient à assumer...
L’objectif de médailles n’a pas été atteint (2), quel bilan dressez-vous de ces JO?
J’espérais de Brian et Isabelle qu’ils ne craquent pas. Évidemment, j’aurais aimé revenir d’ici avec une ou deux médailles de ces Jeux. Ce ne sera pas le cas. Mais quand vos deux leaders ne sont pas là, c’est difficile. La fédération se remettra de ce bilan de zéro médaille.
La déroute de Brian était-elle prévisible selon vous? Vous sembliez très rassurant avant la compétition…
Il patinait bien. Mais c’était trop frais. Il manquait de repères. Il aurait fallu qu’il travaille six-huit mois comme ses adversaires, pour que ça paye. Il ne s’est pas préparé comme il aurait dû. Ce n’est pas faute de lui avoir dit et redit, mais il n’a pas choisi le plan qu’on lui proposait. Il a préféré faire ce qu’il voulait, rester à Poitiers. On a eu du mal à l’accepter, mais c’est son choix. Après, il faut remettre les choses dans leur contexte. Y compris, certaines de mes phrases (il a dit de Brian qu'il était un "petit con"). Il ne faut pas non plus oublier que quelques semaines avant la compétition, il se plante un patin dans le pied. Il a dû subir une intervention chirurgicale sans anesthésie.
Êtes-vous en colère après lui? Est-ce que vous lui en voulez?
Celui qui doit lui en vouloir, c’est lui-même. Il a fait des erreurs. Son choix n’a pas été payant. Ce n’est pas faute de lui avoir dit et redit. A partir de là, on n’est pas pour autant… On va l’aider. On n’oublie pas son parcours. Ses 14 médailles méritent le respect. On ne va pas lui dire: "Maintenant, débrouille-toi". On va lui proposer un contrat d’objectif. Il faut l’aider à gommer cette image olympique négative.
Et Isabelle Delobel? Son pari a échoué…
On ne peut pas considérer que ce soit une déception. On a voulu rêver avec eux, croire qu’il était possible de décrocher un titre olympique quatre mois après une grossesse et après une grave blessure à l’épaule. Elle a quand même six vis dans l’épaule! Mais malgré un excellent travail, on ne peut pas s’opposer aux lois de la nature. Elle a fait le choix d’un événement heureux pour sa vie de femme. Pour Olivier comme pour nous, c’est mal tombé. C’est un choix de vie qu’il faut respecter.
C’est donc la grossesse d’Isabelle qui coûte une médaille à la France…
Complètement. C’était une médaille potentiellement du plus beau métal. Qui s’inscrivait dans la suite logique de leur parcours, je dirais.
Un leader en déroute, un couple de champions du monde qui se retire, quels motifs d’espoirs avez-vous aujourd’hui?
La satisfaction, c’est Florent Amodio. Douzième à 18 ans, c’est excellent. C’est l’espoir du patinage français pour Sotchi. Parce que notre plan s’établit sur quatre ans, voir huit, si on a la chance d’accueillir les Jeux à Annecy. Cela n’a rien à voir avec le replâtrage qu’on fait depuis un an et demi. Et puis, il est incontestable qu’on a diversifié nos forces. Avec Fauconnet en short track sur 500m, l’équipe de curling. On sait bien que les places de finalistes ne sont pas négligeables.
Quelle est la part de responsabilité du président de la fédération que vous êtes dans cet échec?
J’assume tout. Je suis un compétiteur et je suis par principe derrière les athlètes qui ont concourus. Mais pour autant, je crois qu’on a fait tout ce qu’il fallait pour les mettre dans les meilleures conditions.
Plus globalement, pensez-vous que les Européens ont pâti du lobbying américain, comme on pouvait le craindre?
Ce que demandent les grands champions, c’est un système de jugement qui soit bon. Regardez la polémique qui touche Plushenko... Ce qui ne va pas du tout, c’est la valorisation de l’exploit sportif par rapports aux deuxièmes notes. Il ne faut pas brader les performances sportives, surtout aux Jeux Olympiques. C’est comme si on demandait à Bubka de sauter 5,50m et d’être beau au dessus de la barre. Quand vous allez au restaurant, la soupe est à 5€, le steak à 20€ et bien, le tournedos Rossini avec du foie gras dessus, il est à 30€. On paye l’exploit sportif à sa valeur, avec la prise de risque que cela implique.


















