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L'envers de Vancouver

L'envers de Vancouver

VANCOUVER2010Des militants et des SDF ont organisé un campement pour dénoncer la pauvreté. En espérant transformer les JO en tribune...
Matthieu Goar

Matthieu Goar

De notre envoyé spécial à Vancouver

«En prison, avant chaque match de football américain, on faisait tourner un sac plastique. On pariait un dollar, des paquets de chips ou de la liqueur. Et je gagnais tout le temps en misant sur les Lions de Vancouver.» Eric Castonguay, ancien camionneur de Winnipeg et SDF depuis début 2009, aime parler de sport. Pourtant, depuis six jours, il squatte dans des tentes avec une centaine de personnes un parking désaffecté au cour de Dowtown eastside. Un campement décrit comme anti-JO et qui réunit jusqu'à 200 personnes.

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Assise sur des chaises de camping, un café à la main, Helen Derocher, une ancienne SDF, devenue militante, reçoit les journalistes du monde entier. «Vu le niveau de pauvreté de cette ville, c'est indécent de dépenser 6 milliards pour ces Jeux. Mais je ne suis pas contre les Olympics. Je suis ici pour faire prendre conscience que ce gouvernement a plein de sales choses à cacher.»

Comme Dowtown Eastside, le quartier le plus pauvre de Vancouver, situé en plein centre ville, au pied de buildings flambants neufs. En 2003, la délégation du CIO avait fait un détour pour l'éviter en visitant la ville. Ici, le crack et l'héroïne font des ravages. Selon Julio Montaner, président de l'International AIDS Society le quartier affiche le pire taux de séropositivité du monde industrialisé les critères de l'OMS le classerait en zone d'épidémie).

Des indiens aux classes moyennes

Y échouent pas mal de chômeurs attiré par Vancouver et des milliers de «Native Americans», les Indiens du Canada. «Les Indiens n'ont pas les critères comme ils disent pour trouver un emploi», détaille Peter Déranger, indien Dene de la région d'Alberta et figure du quartier. Au début des années 1970, l'installation d'une raffinerie à Fort Mc Murray (exploitée par Total et dénoncée per Greenpeace) a obligé sa famille à déménager. En 1973, il a participé à l'action menée par le mouvement Americain Indian Mouvement à Wounded Knee. Après 71 jours, le face-à-face avec les forces de l'ordre américaines s'était terminé par un bain de sang (deux morts). Depuis, il erre. «Je suis heureux, je suis libre.»

Mais avec la crise, c'est toutes les catégories qui sont touchées. «Moi j'ai fui ma femme. J'étais camionneur. Je n'ai jamais réussi à trouver de travail», explique Eric Castonguay, pris en charge par le programme At home qui reloge les SDF pendant trois ans. Depuis le début de la crise, le taux de chômage canadien a grimpé à 7,5% en août (4,5% un an plus tôt) et on estime qu'il y a entre 5.000 et 15.000 SDF à Vancouver.

La vitrine des JO

Alors que des politiciens dénoncent le coût des aides (notamment à Downtown Eastside), le nouveau maire de Vancouver, le Libéral Gregor Robertson, a promis de résoudre ce problème d'ici 2015 (lors de l'hiver 2008-2009, il a mis en place un système d'aides d'urgence). «A l'occasion des JO, ils nous ont assuré qu'ils construiraient trois buildings de logements sociaux. Ils sont où?», s'interroge Eric Castonguay. Choqués par le budget des Jeux (6 milliards dont 1 milliards de dollars pour la sécurité), les militants ont décidé de profiter de la vitrine des JO. Organisation d'une marche intitulé «les JO de la pauvreté», tentative pour arrêter la flamme, manifestation (en marge de ce défilé, des casseurs s'en sont pris à des magasins), contre-cérémonie d'ouverture et ce campement. «La police a voulu nous mettre des amendes pour notre feu de camp. Il s'agit d'une action non-violente», promet Helen Derocher. Les autorités de la ville n'ont pour l'instant pas l'intention d'expulser les squatteurs. «Si ça dégénère, ça deviendra un problème pour la police», a précisé le porte-parole des forces de l'ordre, Jana McGuinness/