Mathieu Crépel: «Nos figures sont de plus en plus dangereuses»

VANCOUVER 2010 Malgré les blessures, le snowboarder français pourrait bien accrocher une médaille...

Propos recueillis par Matthieu Payen

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Le snowboarder français Mathieu Crépel en plein saut, lors de la Coupe du Monde de half-pipe, où il a terminé deuxième, le 5 novembre, à Saas Fee (Suisse).
 
Le snowboarder français Mathieu Crépel en plein saut, lors de la Coupe du Monde de half-pipe, où il a terminé deuxième, le 5 novembre, à Saas Fee (Suisse).   — REUTERS/Denis Balibouse
Il fera partie des quatre Français qui concourront dans l’épreuve de halfpipe. L’expérience des Jeux de Turin et son palmarès font de Mathieu Crépel le chef de file de cette petite équipe. Mais la préparation du snowboarder pyrénéen a été acrobatique.
 
On est à quelques jours du début des Jeux pour vous [les épreuves de halfpipe débutent mercredi 17 février]. Vous en êtes aux révisions de dernière minute?
 
Je suis aux Etats-Unis depuis début janvier et en ce moment, je suis à Park City. Cette semaine, on avait prévu une semaine de repos. Mais je me suis blessé au pouce il y a quinze jours et j’ai donc perdu un peu de temps dans ma préparation. Donc, j’ai été contraint de continuer à m’entraîner.
 
En quoi consiste cet entraînement?
 
Ce n'’est plus vraiment l’heure de tester des choses nouvelles. Toutes les figures que je veux mettre dans mon run, je les ai déjà trouvées et essayées. Maintenant, j’essaie de les enchaîner, de les poser le plus souvent possible. La régularité, c’est la clé.
 
Depuis combien de temps prépares-tu ces Jeux?
 
Plus d’un an. Je me suis remis sur le circuit de Coupe du monde en octobre 2008 pour assurer ma sélection. Heureusement que je m’y suis pris tôt parce que cette année je me suis beaucoup blessé. Au pied au Japon en février, puis entorse à la cheville cet été en Nouvelle-Zélande. Et maintenant, le pouce. J’ai eu plus de blessures en un an que dans toute ma carrière.
 
Vous vous sentez physiquement diminué?
 
Non parce que j’ai toujours continué à m’entraîner. Mais le plus dur c’est psychologiquement. Après chaque blessure, il faut repasser des barrières mentales pour retenter les figures.
 
Comment faites-vous pour essayer de nouveaux mouvements sans vous blesser?
 
Depuis cette année, on saute sur de gros coussins d’air, appelés «airbag». Ce changement dans nos entraînements est dû au développement du halfpipe. Avant, on ne passait qu’une fois la tête en bas. Maintenant, on la passe deux fois. Donc, les figures sont techniquement plus difficiles, plus engagées et donc plus dangereuse. C’est pour cela qu’ on a mis en place ce système. Là, on peut tomber sur la tête, ce n’est pas trop grave. Evidemment, après avoir essayé sur l’airbag, il faut passer à la neige.
 
Pourquoi ne pas sauter dans l’eau?
 
A cause de la surface de la planche de surf. Quand on se réceptionne sur l’eau, on fait un énorme «plat», assez traumatisant pour le corps. Après chacun ses méthodes. Certains Américains comme Shaun White utilisent des bacs à mousse comme en motocross.
 
Donc on peut s’attendre à du spectacle à Vancouver?
 
Oui, toutes les figures que vous verrez aux Jeux seront nouvelles. On n’a que cinq ou six sauts pour plaire aux juges. Il y a des standards inévitables à exécuter même si on n’a pas de programme imposé. Mais ensuite, il faut consacrer les derniers sauts à des mouvements que personne d’autre ne fera. Moi, je fais une figure que peu tentent. Ce n’est pas très impressionnant pour le grand public, mais le sens de rotation est différent et donc techniquement c’est très compliqué à réaliser.
 
Et mentalement, comment appréhende-t-on un événement comme les JO?
 
Pendant un moment, j’ai eu un préparateur mental. J’ai eu besoin de ça après les JO de Turin [il avait été éliminé dès les séries]. A l’époque, j’avais beaucoup de pression parce que je faisais partie des favoris. Aujourd’hui, je reprends seul les exercices qu’on avait mis en place avec les préparateurs. Mais le plus important c’est que je ne pars pas favori. Les blessures ont changé la donne.  J’y vais sans pression, même si je pense que j’ai ma chance.