Pierre Albaladejo: «Si on n’est pas capable de battre l'Ecosse chez elle…»
RUGBY•Du XV de France à l'évolution du rugby (et de ses dérives), l'ancien international et consultant a toujours son mot à dire...Propos recueillis par Alexandre Pedro
Des Tournois (des V Nations à l'époque), Pierre Albabaladejo en a joué, gagné puis commenté quelques dizaines. Même rangé des micros, l’ancien ouvreur du XV de France (de 1954 à 1964) s’apprête à suivre le Tournoi 2010 en simple «touriste». Un touriste pas comme les autres.
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Comment vivez-vous le rugby aujourd’hui déchargé de vos fonctions de consultant?
Je suis toujours de près l’équipe de France. J’assiste aux matchs en touriste, décontracté. Ce n’est pas désagréable d’ailleurs. J’aime toujours autant ce jeu. Là, on se dirige vers un Tournoi qui devrait être - même si ce n’est pas le plus facile - le plus aisé. Les deux équipes les plus difficiles à jouer sont l’Angleterre et l’Irlande. On va les recevoir, ce qui est un avantage pour nous.
Que faut-il attendre de ce premier match en Ecosse?
Diable, si on n’est pas capable de battre l’Ecosse chez elle… on n’ira pas très loin. Je crois qu’on a les armes qu’il faut parce que la Coupe d’Europe nous a bien préparé pour ce Tournoi. L’an dernier, on a été mauvais en Coupe d’Europe. Seul Toulouse était en quart de finale. Là, on a qualifié quatre équipes, ce qui prouve bien que les joueurs sont dans une grande forme juste au moment où on va arriver au Tournoi. Donc c’est un bon signe.
Malheureusement, Marc Lièvremont doit encore faire sans plusieurs cadres à cause des blessures (Barcella, Chabal, Mermoz…)?
Les blessures sont une préoccupation de tous temps. Plus les gars sont jeunes et plus les tendons sont faibles. Aujourd’hui, on insiste trop sur la musculation, ce qui fragilise les tendons. C’est malheureux, on voit des garçons arrêtés toute l’année. Si on continue comme ça, on va avoir de plus en plus de joueurs blessés.
Pensez-vous que la France a le réservoir de talents nécessaire pour avoir des ambitions?
On a du talent mais le grand malheur c’est qu’aux postes importants, là où on devrait avoir du temps de jeu, on a des étrangers. Je pense aux piliers ou aux postes d’ouvreur. D’ailleurs, si vous aligniez une équipe du Top 14, elle battrait celles de tous les autres championnats. Le problème, c’est qu’il n’y aurait presque que des joueurs étrangers dans cette équipe.
Etes-vous pris parfois par un début de nostalgie quand vous voyez les matchs actuels?
Le rugby a beaucoup évolué. Moi j’ai pratiqué un jeu, pas un labeur. Aujourd’hui, huit fois sur dix le porteur du ballon va percuter le défenseur au lieu de l’éviter. C’est une faute grave, car pour moi, dès qu’il y a un arrêt de jeu, le seul responsable est le dernier porteur du ballon, pas le défenseur qui ne fait que son travail. Or, la règle dit: «mêlée, ballon à celui qui avance». C’est amoral, mais le règlement est fait ainsi. Alors, tant qu’on y est autant former les gars à seulement rentrer dans la gueule. Ca, c’est presque du football américain. Heureusement, il existe des gars toujours capables de jaillir, de profiter des espaces qui se libèrent. Le talent, on ne trouve pas dans les grandes surfaces.



















