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Thomas Dossevi: «On entendait tout le monde pleurer et crier»

Thomas Dossevi: «On entendait tout le monde pleurer et crier»

FOOTBALLL'attaquant togolais a frôlé la mort en Angola, le 8 janvier. Revenu en France, il raconte...
Propos recueillis par David Phelippeau

Propos recueillis par David Phelippeau

Raconter lui sert un peu de thérapie. Thomas Dossevi, l'attaquant du FC Nantes, était dans le bus togolais, attaqué sauvagement par des indépendantistes, dans la province angolaise de Cabinda, le 8 janvier dernier. Dans la fusillade, trois hommes trouvent la mort. Dossevi, lui, sauve sa peau. L'attaquant nantais est un des Eperviers qui s'est le plus exprimé dans les médias. Mardi, il a bien voulu narrer à nouveau ce qu'il a vécu. Les yeux souvent embués, il revient, avec des mots choisis, sur le drame qui a endeuillé la Coupe d'Afrique des Nations.
L'at
taque du bus. «Ca, c'est quelque chose que personne ne pourra oublier. Tous ceux, qui étaient dans le bus, s'en souviennent. Il suffit de fermer les yeux et on revit la scène. On entend encore le bruit des balles, les gens crier. On est content d'en avoir réchappé. C'était incroyable. Interminable. Il y a eu un quart d'heure de mitraillage, puis un moment de répit. On pense alors que c'est terminé... Et ça reprend de plus belle. On entendait tout le monde gémir, prier, pleurer et crier. L'entraîneur adjoint et l'attaché de presse [décédés] ont pris des balles dans le ventre. Il y avait beaucoup de sang répandu dans le car. Le chauffeur a pris une balle dans le cou mais, heureusement, il a réussi à rouler sur 200 mètres. Sans cet acte de bravoure, on serait peut-être morts. C'était un guet-apens, une véritable scène de guerre. Certains ont vu le début de l'attaque. Chacun pense alors à sa famille et à ses proches. Il y a un ou deux joueurs qui ont réussi à appeler... Un de ceux-là a joint sa mère pour lui dire qu'il était sous les balles. Moi, j'étais sûr de m'en sortir car j'ai vite réagi et je me suis très rapidement mis à couvert. Quand la deuxième salve de balles débute, il faut aller chercher des ressources mentales pour ne pas paniquer...» Tous ceux, qui étaient dans le bus, s'en souviennent.
L'attaque du bus. «Ca, c'est quelque chose que personne ne pourra oublier. Tous ceux, qui étaient dans le bus, s'en souviennent. Il suffit de fermer les yeux et on revit la scène. On entend encore le bruit des balles, les gens crier. On est content d'en avoir réchappé. C'était incroyable. Interminable. Il y a eu un quart d'heure de mitraillage, puis un moment de répit. On pense alors que c'est terminé... Et ça reprend de plus belle. On entendait tout le monde gémir, prier, pleurer et crier. L'entraîneur adjoint et l'attaché de presse [décédés] ont pris des balles dans le ventre. Il y avait beaucoup de sang répandu dans le car. Le chauffeur a pris une balle dans le cou mais, heureusement, il a réussi à rouler sur 200 mètres. Sans cet acte de bravoure, on serait peut-être morts. C'était un guet-apens, une véritable scène de guerre. Certains ont vu le début de l'attaque. Chacun pense alors à sa famille et à ses proches. Il y a un ou deux joueurs qui ont réussi à appeler... Un de ceux-là a joint sa mère pour lui dire qu'il était sous les balles. Moi, j'étais sûr de m'en sortir car j'ai vite réagi et je me suis très rapidement mis à couvert. Quand la deuxième salve de balles débute, il faut aller chercher des ressources mentales pour ne pas paniquer...»
Le r
etrait de la CAN. «Dans la nuit, on a su qu'on avait des pertes humaines. On a eu l'impression que tout le monde s'en foutait. On s'est dit alors qu'on allait jouer pour nos disparus, mais notre gouvernement avait décrété trois jours de deuil. On espérait donc un geste des instances du foot africain qui aurait pu nous permettre de revenir dans la compétition ensuite. Mais, ils n'ont pas été fair-play. La Côte d'Ivoire et le Ghana étaient d'accord pour quitter l'épreuve. Puis, ils ont changé d'avis. On était déçus mais on ne peut pas leur en vouloir. On aurait aimé quand même plus de solidarité.» On s'est dit alors qu'on allait jouer pour nos disparus,
Le retrait de la CAN. «Dans la nuit, on a su qu'on avait des pertes humaines. On a eu l'impression que tout le monde s'en foutait. On s'est dit alors qu'on allait jouer pour nos disparus, mais notre gouvernement avait décrété trois jours de deuil. On espérait donc un geste des instances du foot africain qui aurait pu nous permettre de revenir dans la compétition ensuite. Mais, ils n'ont pas été fair-play. La Côte d'Ivoire et le Ghana étaient d'accord pour quitter l'épreuve. Puis, ils ont changé d'avis. On était déçus mais on ne peut pas leur en vouloir. On aurait aimé quand même plus de solidarité.»
On espérait donc un geste des instances du foot africain qui aurait pu nous permettre de revenir dans la compétition
Le retrait de la CAN. «Dans la nuit, on a su qu'on avait des pertes humaines. On a eu l'impression que tout le monde s'en foutait. On s'est dit alors qu'on allait jouer pour nos disparus, mais notre gouvernement avait décrété trois jours de deuil. On espérait donc un geste des instances du foot africain qui aurait pu nous permettre de revenir dans la compétition ensuite. Mais, ils n'ont pas été fair-play. La Côte d'Ivoire et le Ghana étaient d'accord pour quitter l'épreuve. Puis, ils ont changé d'avis. On était déçus mais on ne peut pas leur en vouloir. On aurait aimé quand même plus de solidarité.»