Les mécaniciens: un métier, deux univers
DAKAR•Pour certains, c'est organisation, rigueur et performance. Pour d'autres, c'est le règne de la débrouille...Matthieu Payen (à Santiago, Chili)
De notre envoyé spécial au Chili.
La table et les chaises en teck sont dressées à l'ombre du camion. Il est 16 heures, Fabien Haffner et Stéphane Chêne, mécaniciens chez Toyota, n'ont plus qu'à attendre les deux 4x4 dont ils ont la charge. «On n'est pas les plus mal lotis, confesse Stéphane Chêne. Généralement, nos véhicules arrivent assez tôt et ensuite on se met à trois sur chacun.» L'objectif: éviter les terribles nuits blanches. Une seule à déplorer pour le moment chez Toyota, à l'issue de la 8e étape. «Ce n'était pas la voiture dont je me charge, mais je sais qu'elle est arrivée à 2h30 du matin et qu'ils sont restés à travailler dessus jusqu'à 7h», poursuit le mécanicien. Et 7h, c'est le moment de reprendre la route pour le rejoindre l'arrivée suivante. «Dans ce cas-là, on dort sur les sièges passager du camion.»
«On ne se couche pas avant d'avoir fini»
Ce genre de mauvaise expérience, Richard Morel ne les comptent plus. Lui est responsable mécanicien dans le Team Dessoude. «L'essentiel est que les voitures aillent au bout, tant pis pour le manque de sommeil. Il faut savoir ce qu'on veut», assure ce dernier, qui compte huit Dakar. Dans cette structure, il n'y a qu'un mécanicien par véhicule - le team en comptait cinq au départ -, plus trois autres qui tournent en fonction des besoins. Mais pas question pour autant de faire moins bien que les autres. «Nous devons résoudre les problèmes du jour et préparer la voiture à affronter ceux du lendemain, explique-t-il. On ne se couche pas avant d'avoir fini.»
Passer la nuit sur une voiture, Benoît Blaise, mécanicien belge de l'équipe Volkswagen, en a un vague souvenir: «J'ai commencé chez BMW, puis je suis passé chez Nissan. C'était physiquement très difficile.» Désormais, il profite de la puissance du constructeur allemand. «C'est un cercle vertueux. Nos véhicules sont bons, donc ils arrivent tôt et généralement nos pilotes les ramènent en bon état, détaille celui qui s'occupe, avec quatre autres, du Touareg de l'Américain Mark Miller. Au final, nous nous couchons tôt, nous sommes en forme et nous travaillons mieux.»
Cuisinier, douche et hôtel
La rançon d'une rigueur de tous les instants - «on se croirait dans l'écurie WRC de Citroën», confie-t-il - et des importants moyens mis à disposition par Volkswagen. «Pour inspecter les moteurs et éviter que la moindre poussière ne s'y dépose, nous avons une tente gonflable sous laquelle nous garons les voitures. A l'intérieur, les ingénieurs travaillent pieds nus avec une tenue particulière et des outils très spécifiques aseptisés», décrit le Belge. Et ce n'est pas tout. Le constructeur allemand a aussi engagé un cuisinier pour préparer des en-cas à ses mécaniciens. Ces derniers ont de plus la possibilité d'utiliser les cabines de douches installés dans les camions d'assistance. Enfin, comble du luxe, l'équipe dort une nuit sur deux à l'hôtel.
Ces avantages font sourire Richard Morel. «Moi, ça ne m'intéresse pas, jure-t-il. C'est trop structuré: un mécanicien a une fonction précise et ne peut pas toucher à tout. Ce qui fait plaisir, c'est de pouvoir rivaliser de temps en temps avec ces grosses écuries. Même si je ne peux pas me laver pendant 8 jours.»



















