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Cédric Berrest: «Un outil de torture et de souffrance, pas de plaisir»

Cédric Berrest: «Un outil de torture et de souffrance, pas de plaisir»

AVIRONLe vice-champion du monde d'aviron prépare sa saison aquatique, en salle...
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

Les sportifs du dimanche appellent ça un «rameur». Les spécialistes de l’aviron, eux, parlent d’un «ergomètre» pour désigner leur outil d’entraînement. Ce week-end à Coubertin se déroule la plus grande compétition du genre, réunissant amateurs de fitness et champions d'aviron. Pour Cédric Berrest, médaillé d'argent aux Mondiaux 2009 et de bronze aux Jeux de Pékin avec le quatre de couple, ce rendez-vous en salle fait partie de sa préparation avant d'attaquer les compétions sur l'eau. Entretien avec le champion du monde 2009 d’ergomètre.

Un rameur en salle est-il forcément fort sur l’eau?
(ironique) Non. Un ergo, sur l’eau, ça coule. L’ergo ne flotte pas… Quelqu’un de très fort physiquement, si on le met dans un bateau et qu’il n’a pas le sens de la glisse, il n’avancera pas. C’est déjà arrivé. A une époque, les Allemands sont allés chercher des gros poulets de salle de musculation et ça n’a jamais rien donné sur l’eau. Ils n’ont jamais réussi à ramer.
Pourtant vous êtes le mauvais exemple. Performant sur l’eau et dans les gymnases…
Ce n’est pas parce que je suis bon que j’adore ça. C’est un bon outil d’entraînement. Plus on, en fait, plus on est fort. Pour évoluer physiquement, perdre du poids et gagner de la caisse, il n’y a rien de mieux qu’un ergomètre.
On ne peut donc pas parler d’aviron si vous ramez en salle…
Ah non, pas du tout. La différence se fait sur la glisse. C’est ce qui manque à l’ergomètre et qui fait qu’on aime l’aviron. Ce volet technique nous permet de faire des médailles sur l’eau. L’ergo, lui, est fixé au sol, il ne bouge pas. Tout le travail de la rame de la palette, savoir la rentrer au bon moment, on ne le retrouve pas en salle. Avec un ergomètre, on tire juste sur une chaîne.
En tant que puristes, vous faites exprès de toujours dire «ergomètre»? Et pas «rameur».
Bah «rameur» désigne aussi la personne qui fait de l’aviron… Donc on dit un «ergo». C’est notre langage à nous.
Où est le plaisir quand on rame sur place?
On aime bien se faire mal. C’est le meilleur outil pour ça. Sur un ergo, on peut y aller, la machine ne dit jamais stop. Pour nous, c’est un outil de torture et de souffrance, pas de plaisir. C’est aussi un outil de secours quand les conditions extérieures ne nous permettent pas de ramer. Et puis en France, on n’a pas le droit de ramer la nuit, c’est le code de la navigation, il faut une lumière verte à droite, une rouge à gauche. Deux phares devant… Donc on fait de l’ergo. Cela représente entre 5 et 10% de notre entraînement. Dans les sélections pour l’équipe de France, il y a un test sur ergo.
Cette compétition n’est-elle pas une façon de populariser l’aviron et d’en faire un sport urbain?
On amène les gens à l’aviron par l’ergomètre. Dans les clubs, c’est la première chose qu’on fait avec un débutant. On lui montre le geste et il apprend. Après, les compétitions en salles sont hyper médiatiques. Il y a 100 machines alignées les unes contre les autres. La course va vite, avec des écrans géants pour suivre la course. Il y a un coté jeu vidéo qui n’est pas pour nous déplaire. Mais curieusement, c‘est plus dur de réaliser une performance à Coubertin que dans sa salle d’entrainement. On a moins de mal à se concentrer seul, dans le calme.