France-Afrique du Sud: combat en vue

RUGBY Le XV de France affronte vendredi des Springboks toujours aussi impressionnants physiquement...

Matthieu Payen

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 Schalk Burger (au centre), le troisième-ligne sud-africain, fait face à trois All Blacks, le 12 juillet 2008
 Schalk Burger (au centre), le troisième-ligne sud-africain, fait face à trois All Blacks, le 12 juillet 2008 — REUTERS/Simon Baker

 Une équipe d'immenses bûcherons croisés avec des plaqueurs fous. C'est peu ou prou l'image que traîne l'équipe des Springboks, que doivent affronter les Bleus vendredi soir. Une réputation qui ne date pas d'hier. «Il y avait de beaux bébés à tous les postes, se souvient Jean-Pierre Elissalde, qui fêta sa première sélection en équipe de France à Pretoria en 1980. A l'époque, c'était tous des Afrikaners dans l'équipe, des colosses qui bossaient dans les fermes.»

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Même si l'équipe a beaucoup changé depuis la fin de l'Apartheid, les gabarits qui la composent n'ont pas beaucoup évolué: par exemple, la deuxième-ligne Victor Matfield-Bakkies Botha - les «géants verts» - est perchée à plus de 2 mètres et pèse près de 250 kg. Des physiques hors-normes au service d'un jeu rugueux. Lors d'un précédent test-match en novembre 2005, l'Afrique du Sud avait perdu mais elle avait fait payer cher sa victoire (26-20) à la France. Lionel Nallet avait eu le sternum fendu par Bakkies Botha et Jérôme Thion avait pris un coup de coude du capitaine John Smit qui lui avait fracturé le larynx. «C'est une nation qui est difficile à jouer, commente le pilier Sylvain Marconnet. Quand on joue devant, c'est assez particulier car ils sont très agressifs, souvent à la limite de la règle.» Une limite que transgresse régulièrement le troisième-ligne Schalk Burger. Cette tête (blonde) brulée de 26 ans, qu'une grave blessure au cou en 2005 n'a pas calmé, est connu pour ces plaquages hauts et dévastateurs.

Une cravate face aux Samoa le prive même de deux matchs lors de la Coupe du monde 2007:




Pas David contre Goliath


Interrogés sur le sujet, les Sud-Africains ne se voietn pas plus violent que n'importe quelle personne. «Je suis un gars plutôt détendu, le joueur sur le terrain est très différent de l'homme hors du terrain, assure Bakkies Botha. Beaucoup de gens pensent que je mords ma femme et que je bats mes enfants, mais ce n'est pas moi. Pour moi, la violence, ce sont les pistolets et les couteaux. Je ne connais pas le mot "violence" dans le rugby.» Une stratégie de défense un peu maladroite, mais qui laisse penser que les Sud-Africains ne sont pas de vulgaires "mangeurs d'enfants". D'ailleurs, ce serait une erreur de coire que l'impact physique est la seule arme des Boks. «On ne réduit pas les Brésiliens à leurs dribbles, ose Jean-Pierre Elissalde. Avec le temps, ils ont métissé leur équipe et désormais ils possèdent quelques flèches dont il faudra aussi se méfier, comme [Bryan] Habana et [JP] Petersen.» Un mariage particulièrement réussi comme le prouvent leur titre mondial de 2007 et leur victoire écrasante dans le Tri-nations 2009.

Par ailleurs, si l'équipe sud-africaine s'est affinée, leurs adversaires de vendredi se sont au contraire épaissis. «Regardez la composition de l'équipe de France: une deuxième-ligne très costaud, puis Thierry Dusautoir, des centres puissants et Damien Traille à l'arrière, ce ne sont pas des enfants de Marie», analyse Jean-Pierre Elissalde, avant d'ajouter malicieusement: «Dans le rugby français, on compte plus de saigneurs que de seigneurs.»