Non, tout le monde ne refuse pas de jouer contre le Paris Foot Gay

FOOTBALL Dix jours après le refus du Créteil Bébel, l'équipe parisienne a retrouvé les terrains...

Romain Scotto

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Les joueurs du Paris Football Gay, entourés de leur entraîneur, avant un match de la commission football loisir, face à l'équipe de Champs Elysées.
Les joueurs du Paris Football Gay, entourés de leur entraîneur, avant un match de la commission football loisir, face à l'équipe de Champs Elysées. — R.S./20Minutes

Ils n’avaient plus ressorti leurs maillots depuis deux semaines. Sevrés de match, comme les joueurs de L1 pendant la trêve internationale, après le refus du Créteil Bébel d’affronter une équipe répondant au nom du Paris Football Gay. Ou «presque Gay» vendredi soir, pour leur retour sur un terrain, à Champigny-sur-Marne. «Il n’y a qu’un seul homo sur le terrain, plaisante Pascal Brethes, le président du club fanion de la cause homosexuelle. On a de plus en plus de mal à recruter des gays…»

C‘est bien là toute la spécificité du PFG, une équipe née il y a cinq ans, qui n'a rien de communautariste. «On n'est pas l'équipe des gays, enchaîne Brethes. Il y a des gays et ils sont visibles. Dans un club de foot, c'est la première fois en France. Partout ailleurs, il y en a aussi, mais ils le cachent. Peut-être même au Créteil Bébel...» Le PFG réunit avant tout quelques passionnés, choqués par la banalisation de l'homophobie dans les stades. «Sur Google, c’est l’un des premiers résultats qui sort quand on tape Paris Foot, relève Sam. Alors, avec cinq copains, on s’est dit pourquoi pas. Aujourd’hui, on ne regrette pas, même si on se justifie en permanence. Au début, mes parents avaient des doutes.»

Des lettres de soutiens de Maghrébins

Le jeune milieu de terrain, hétéro convaincu, doit aussi affronter certains regards, et parfois, les insultes homophobes. «Il y a de temps en temps un mot au-dessus de l’autre. Mais ça reste anecdotique, tranche Hugo, son coéquipier.» Le sinistre épisode du Créteil Bébel n’a donc rien d’habituel pour cette bande de copains. «Aujourd’hui, ça va, mais quand j’ai appris la nouvelle, j’étais hystérique», confie le président.

Toute la semaine, Pascal Brethes l’a passée au téléphone, à répondre aux demandes d’interviews, dont la BBC et une télé brésilienne. Quant aux mails de soutien, ils continuent d'affluer. «Beaucoup de gens d’origine maghrébine, très virulents envers Créteil Bébel, nous écrivent. Ils nous disent que ces gens ne motrent pas l’exemple.» Les adversaires du soir du PFG, eux, n’ont pas tergiversé avant de se présenter au coup d’envoi. «Il n’y a aucune raison pour justifier ça, s’indigne Sergio, l’un des joueurs du club «Champs Elysées». Une équipe gay ou pas en face, c’est exactement pareil.»

Pas de match de réconciliation

Entre deux encouragements, Pascal Brethes décroche son téléphone. Un dirigeant du Créteil Bebel s’épanche sur sa messagerie: «Je vois, à travers la presse, que tu proposes de jouer avec nous un match de "people" à Charlety. Mais il faut que tu comprennes que nous, on ne veut pas jouer pour défendre votre cause. Maintenant, ce serait bien de nous laisser tranquille.» En attendant, au Paris Foot Gay, personne n'est vraiment convaincu par la justification du forfait des Cristoliens.

«Dire que le nom de l’équipe qui ne leur plaît pas… On a du mal à le croire. C’est simplement de l’homophobie ordinaire», analyse un joueur, écoeuré. Pour ne rien arranger, sur le terrain, son équipe peine à avancer. Les remplaçants, frigorifiés, se réchauffent comme ils peuvent: «T’enlèves pas ton pantalon pour jouer?». Réponse amusée: «Non, je veux protéger ma peau avec la pelouse.» «Ah voilà… C’est ça les nouveaux hétéros. Des métrosexuels.» Définitivement, au Paris Foot Gay, tout le monde est accepté.