Philippe Lucas: «Peut-être que Manaudou a arrêté parce qu'elle n'était plus avec moi»

INTERVIEW L'ancien coach de Laure Manaudou n'entend pas remettre en cause ses méthodes...

Propos recueillis par Romain Scotto

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L'entraîneur de natation Philippe Lucas, lors d'une conférence de presse le 3 mars 2009 à Dunkerque.
L'entraîneur de natation Philippe Lucas, lors d'une conférence de presse le 3 mars 2009 à Dunkerque. — B.Chibane/SIPA

Si les visages de ses nageurs ont beaucoup changé ces derniers temps, ses méthodes sont toujours les mêmes. Philippe Lucas reste un entraîneur de caractère dont les entraînements ne font pas rire grand monde…



Depuis votre séparation avec Laure Manaudou, votre quotidien d’entraîneur de haut niveau a-t-il changé?


... (Il soupire de dépit) Le problème, c’est que tout le monde pense que je n’ai eu que Manaudou. Alors que j’ai  obtenu 40 médailles au niveau international avec beaucoup de nageuses étrangères. Si on retient Manaudou, c’est parce qu’elle est Française. Bon, elle était championne olympique aussi. Mais y’en  a eu d’autres. La nageuse avec laquelle je prends le plus de plaisir, c’est Potec. Y’a pas photo.



Où se situe le plaisir quand on est entraîneur?


Quand vous avez des nageurs qui progressent techniquement, quand vous avez des nageurs qui se rapprochent des meilleurs au monde, vous avez le plaisir de voir ces choses. Voilà, putain, ce qu’elle fait en ce moment, elle va être championne du monde ou championne olympique… Ca fait plaisir. 

Dans votre livre («Entraîneur», Ed. Michel Laffon), vous écrivez que Camélia Potec était «une Fiat Panda 1968 bonne pour la casse» quand vous l’avez récupéré. Avez-vous réussi à en faire une «Porsche Cayenne»?

C’est une fille qui sortait d’un titre olympique. En 2006-2007, elle était dans le trou. Il a fallu beaucoup travailler, qu’elle s’investisse beaucoup, qu’elle souffre et elle est devenue une l’une des meilleures nageuses au monde. Mais c’est vrai que quand je l’ai récupérée, c’était un char. La pauvre.



Vous avez une idée sur l’identité de la future Laure Manaudou?
Oui… En France, il y en a, bien sûr. Je connais des jeunes qui ont un gros potentiel. Après, il faudra voir ce qu’elles font par la suite. Le problème, c’est qu’il faut s’entraîner dur. Le reste c’est des conneries. Quand vous voyez ce que font les autres, vous n’avez aucune chance. Il faut déjà des qualités d’athlète, il faut avoir la caisse, un mental de compétiteur, il faut avoir faim, un petit peu de chance et tomber sur un bon entraîneur. Ça fait beaucoup de choses.



Les retraites précoces de Laure Manaudou (23 ans) et Esther Baron (22 ans), vos deux anciennes nageuses, ne vous poussent-elles pas à remettre en cause vos méthodes?


Pourquoi? Expliquez-moi.



Parce qu’elles ont perdu le plaisir de nager.


Ouais mais bon, je ne sais pas moi… Chez les filles en natation, c’est souvent précoce. Manaudou quand elle est arrivée, elle était jeune, mais Baron, elle n’avait jamais rien gagné. Et quand elles se barrent, les nageuses, on voit ce qu’elles font après... Rien, rien. Elles raccrochent, elles raccrochent... Peut-être aussi qu’elles raccrochent parce qu’elles ne s’entraînent plus avec moi. On ne se s’est jamais posé la question. Elles avaient des liens affectifs importants avec moi. Après vous les retrouvez dans des clubs avec des entraîneurs où ça se passe mal. C’est toujours mieux autre part, mais au final… Moi je ne me remets pas en question. Je fais mon travail, ils (les nageurs) gagnent  des titres. Après, chacun sa vie.