Laurent Jalabert: «Il faut être un peu maso pour faire du vélo»

INTERVIEW Le sélectionneur de l'équipe de France reste prudent sur les chances de ses coureurs aux Mondiaux de Mendrisio, dimanche...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

L'ancien cycliste français Laurent Jalabert, consultant et sélectionneur de l'équipe de France, le 15 juillet 2007 sur les routes du Tour de France.
L'ancien cycliste français Laurent Jalabert, consultant et sélectionneur de l'équipe de France, le 15 juillet 2007 sur les routes du Tour de France. — F.Fife/AFP

Jamais sacré champion du monde de la course en ligne, Jaja rêve de décrocher le maillot arc-en ciel en tant que sélectionneur, à Mendrisio, dimanche. Pour l’équipe de France, qui n’a plus connu pareil honneur depuis le sacre de Laurent Brochard, en 1997, le défi s’annonce corsé avec un groupe réduit à six coureurs (Champion, Sy. Chavanel, Fedrigo, Le Mevel, Riblon, Voeckler), en raison du rang peu glorieux de la France au classement mondial (13e).

L’équipe de France n’aligne que six coureurs cette année à Mendrisio. C’est déjà un constat d’échec, non?


Quand on prend du retard au départ, c’est dur de le rattraper. On a assisté à un début de saison frileux des coureurs français sur le calendrier Pro Tour. On n’était pas assez présent dans les résultats, avec les coureurs vedettes du cyclisme. Après, on peut remettre en cause la méthode de sélection des coureurs. Mais c’est comme ça pour tout le monde et les autres nations ont été meilleures que nous.

Pensez-vous que ce classement est révélateur quand un pays comme la République Tchèque aligne neuf coureurs, grâce aux seuls exploits de Roman Kreuziger?

Sur le plan international, oui. Les grandes courses font les grands coureurs. Il ne suffit pas de gagner 25 courses… On était la deuxième nation au niveau international, mais sur les grandes courses du calendrier Pro Tour, on ne compte pas beaucoup de victoires. On ne gagne pas les bonnes courses. C’est comme ça qu’il faut le voir. C’est un peu comme si l’équipe de France de football gagnait les matchs amicaux  et que, lors des matchs importants, elle se fait avoir.

C’est donc un problème de priorités? D'objectifs?

Je crois qu'on a moins de coureurs motivés par les courses de prestige. On aime la compétition, mais on se rabat sur les courses de la Coupe de France plutôt que celles de l’UCI Pro Tour. On manque de confiance sur les grandes courses. Mais on ne peut pas incriminer un sponsor. Ce qui l’intéresse, c’est de gagner. C’est d’être sur le devant de la scène. Si un coureur gagne Milan - San Remo, c’est bien mieux que s’il gagne le Grand Prix de Rennes.

Jérôme Pineau, parti chez Quick Step, affirme que certains Français sont installés trop tôt dans un confort financier. Vous partagez son point de vue?

C’est lui qui le dit. Moi je sais que Pineau fait partie des coureurs qui font plus parler d’eux par leurs déclarations que par leurs résultats. Ça reste un bon coureur qui vaut beaucoup mieux que ce qu’il a fait. Peut-être que lui aussi s’est installé dans un confort à une certaine époque. C’est facile de s’installer dans un confort. Le vélo, ce n’est pas un sport de riche. C’est tellement difficile que, si on exige moins, je ne vois pas pourquoi on en aurait le double. Il faut être un peu maso pour faire du vélo.

Pour ces Mondiaux, c’est ce que vous avez choisi? Des masos?

(Il soupire)... Forcément, mais il n’y a pas que des masos. Ce sont des coureurs en qui j’ai confiance, d’abord, et qui sont motivés. Ils m’ont convaincu qu’ils pouvaient bien faire à ces championnats du monde. Après, c’est une question de feeling. J’ai eu la chance d’avoir les meilleurs éléments français motivés en cette fin de saison. Donc j’ai eu le choix. Certaines années, le sélectionneur a eu moins de choix.

Dans quel état d’esprit votre groupe aborde cette épreuve?

L’esprit, c’est de respecter de cette course où on ne défend pas les couleurs d’un sponsor mais d’une nation. Le respect du drapeau. Tous les professionnels, un jour ou l’autre, sont passés dans les rangs amateurs par l’équipe de France, ce qui leur a permis de se faire connaitre et arriver au niveau supérieur. Après, ils ont perdu l’envie de briller dans les courses qui les faisaient rêver à leur débuts. Porter le maillot de l’équipe de France, c’est un esprit, une envie. Quand tu es jeune, tu en rêves. Quand tu passes pro, d’autres paramètres interviennent. Beaucoup, à ce moment-là, se sentent déjà arrivés, alors que c’est une erreur. C’est simplement le début d’une carrière. Dans ce contexte, l’équipe de France perd un peu de sa signification. Mais ce que je souhaite, c’est qu’elle la garde.

A six coureurs, peut-on envisager une tactique d’équipe?

C’est difficile. Mais pas impossible. Il faut avoir un bon esprit que rien n’aille à l’encontre de l’équipe. On essaiera d’avoir une attitude en course intelligente jusque dans le dernier tour. Il faut être lucide, si on est 13e nation, ce n’est pas à nous d’imposer notre loi. Il faut aller le plus loin possible en ménageant nos forces pour le final. Sur le papier, Fedrigo peut jouer quelque chose. Par ses qualités physiques, il a les meilleurs atouts.