Les Italiens: nouveaux pauvres du foot européen?
FOOT•Les clubs italiens - dont trois rencontrent des équipes françaises en Ligue des champions - ne dominent plus le foot européen. Les raisons d’un déclin...Alexandre Pedro
Depuis deux ans, l’Europe du football parle surtout anglais, un peu espagnol avec l’accent catalan (merci le Barça). L’italien lui est lui relégué au niveau d’une LV3 facultative. En deux saisons, seule la Roma a atteint les quarts de finale de la Ligue des champions. Oubliez la mainmise transalpine des années 90, les clubs italiens rament pour rivaliser avec les grands d’Espagne et d’Angleterre. Et plus personne ne parle du Calcio comme du meilleur championnat au monde.
Des familles plus vraiment en or
Moins de stars (Kaka et Ibrahimovic sont partis cet été), moins d’argent, plus de dettes (près de 500 millions d’euros pour la Roma) et des droits télés à la baisse: le foot italien va mal. «C’est une période difficile à vivre. Les présidents de club mettent moins d’argent sur la table. Même Berlusconi rechigne à sortir de l’argent à l’AC Milan», constate Benoît Cauet, ancien de l’Inter Milan et aujourd’hui consultant pour la télé du club. En Italie, le foot reste encore une histoire de famille et d’industriels amoureux de ballon rond comme les Moratti à l’Inter, les Sensi à la Roma (qui cherchent à vendre) et les Agnelli à la Juventus.
Or, ce modèle paternaliste montre ses limites face à l’approche moins passionnelle et plus économique des Anglais et des Espagnols. «Il n’y a pas de secret, estime Giampietro Agus, journaliste à la Gazzetta dello Sport. Les clubs italiens ont dominé le foot européen parce qu’ils avaient des Gianni Agnelli ou des Silvio Berlusconi pour acheter les meilleurs joueurs. A l’époque, Agnelli pouvait se payer Platini pour un million d’euros ou donner des vaches à Boniperti comme primes de match.»
Les Italiens ne vont plus au stade
Dépassé économiquement, l’Italie peine aussi à se remettre du scandale provoqué en 2006 par les révélations sur les matchs truqués qui ont envoyé la Juventus de Lucciano Moggi en Série B et aussi éclaboussés l’AC Milan et la Fiorentina. «Il y a un certain désamour pour le foot. Les gens vont moins au stade. Les Italiens préfèrent regarder le foot chez sur le canapé avec le frigo à côté. C’est la culture berlusconienne», déplore Giampietro Agus.
Une désaffection des stades qui s’expliquent aussi par la vétusté des enceintes construits pour la Coupe du monde 90. «L’Italie est très en retard sur l’accueil des supporters et des familles», pointe Benoit Cauet. «Rien n’est fait pour donner envie aux gens de venir. Les stades sont froids, ils manquent de parking et on ne s’y sent pas en sécurité», enfonce l’ancien milieu de terrain. Le pays compte bien sur l’obtention de l’Euro 2016 – auquel postule également la France – pour opérer ce lifting nécessaire. Plus que les trois confrontations franco-italiennes de cette semaine en Ligue de cette semaine, le France-Italie le plus important pour l’avenir se joue bien ici.



















