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Pourquoi la France n'est pas un pays d'athlétisme?
ATHLETISME•Les championnats du monde de Berlin confirment que la France reste une puissance secondaire...A.P. et A.Pa
A l’heure du bilan berlinois, l’équipe de France a peut-être sauvé les meubles avec ses trois médailles (merci les perchistes), mais termine dans l’anonymat du classement par pays à la vingtième place, et cela malgré une délégation aux allures d’armée espagnole avec ses 75 athlètes. Lucide et un brin résigné, le président de la fédération, Bernard Amsalem voit dans ces résultats la preuve que «la France n’est pas un pays d’athlétisme». Difficile de lui donner tort. «C’est rare que je sois d’accord avec le président Amsalem. Mais là c’est vrai, on ne peut pas dire qu’on est une grande nation d’athlé à la différence d’un pays comme l’Allemagne», se désole Jacques Piasenta, l’entraîneur derrière les premiers succès de Marie-José Pérec.
En dehors des embellies d’Atlanta en 1996, de Paris en 2003 et d’Helsinki en 2005, le bilan l’athlétisme tricolore fluctue entre une à trois médailles lors des différents mondiaux ou Jeux Olympiques. «C’est notre réalité par rapport à la population et notre nombre de licenciés pas assez élevé. L’Allemagne en a plus que nous et elle est bien revenue avec une seule médaille en 2005», remarque Stéphane Diagana. Les blessures, la malchance et les bonnes excuses professées au micro de Nelson Monfort n’expliquent pas tout.
La faute au sport à l’école
Dans un sport aussi mondialisé que l’athlétisme, le système français touche à ses limites. «Notre détection traditionnelle, l’école, s’est tarie», déplore Bernard Amsalem. Entraîneur historique de Stéphane Diagana, Fernand Urtebise voit dans la façon d’enseigner l’athlétisme à l’école l’une des racines du problème. «Le nombre d’heures est dérisoire. Et puis les profs d’EPS axent d’abord leur programme sur l’endurance. Or l’endurance c’est d’abord une base pour pratiquer d’autres sports. Il faut savoir rendre l’athlé plus ludique, rendre la compétition joyeuse», développe-t-il.
Une explication plus culturelle et économique voudrait que l’athlétisme – perçu à tort ou à raison comme un sport où il faut «avoir faim pour gagner» – n’attire pas les vocations dans une société de consommation et de loisir comme peut l'être la société française. «Je me suis souvent posé la question», réfléchit Fernand Urtebise, pas totalement convaincu pourtant par ce raisonnement. «J’ai entraîné des athlètes venus de milieux favorisés et qui savaient se sublimer et avaient soif de victoires. Stéphane Diagana était un très bon exemple». L’Allemagne et la Grande-Bretagne résistent mieux à la mondialisation de ce sport avec des niveaux de vie plus ou moins comparable à celui de la France.
S’inspirer de la natation
Outre la question du recrutement chez les jeunes, les patrons de l’athlé tricolore ont peut-être intérêt à s’inspirer de l’exemple de la natation. Après des périodes de vaches maigres dans les années 90, la natation française - sous l'impulsion de Claude Fauquet - s’est dotée de critères de sélection draconiens, quitte à envoyer seulement cinq représentants lors des Mondiaux de 2001. Et les résultats sont venus. Sans pousser jusque-là le jusqu’au-boutisme, Fernand Urtebise plaide pour une sélection plus accrue. Car à force de vouloir faire plaisir à tout le monde, on risque surtout «de meurtrir des jeunes gens qui n’ont pas le niveau suffisant et se prennent la réalité du niveau mondiale en pleine tête» selon lui. Après avoir opté pour une vaste revue d’effectif, le nouveau DTN, Ghani Yalhouz, va-t-il opérer le virage de l’élitisme? Il faut peut-être l’espérer, si on souhaite que les athlètes français ne continuent pas d’appliquer trop à lettre la seconde partie de l’adage du Baron de Coubertin: «L’important c’est de participer». Mais quelques médailles en plus ne font pas de mal.



















