La face cachée des critériums d'après Tour

CYCLISME Comment ces courses de villages sont truquées, dans une ambiance faussement décontractée

Romain Scotto

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Le cycliste kazakhe Alexandre Vinokourov, lors d'un Critérium à Castillon-la-Bataille, le 4 août 2009.
Le cycliste kazakhe Alexandre Vinokourov, lors d'un Critérium à Castillon-la-Bataille, le 4 août 2009. — R.Duvignau/REUTERS
Il en avait fait la promesse aux organisateurs, il y a deux ans, juste après l’annonce de son contrôle positif aux transfusions sanguines. Alexandre Vinokourov, maillot «Vino 4 ever sur les épaules», a effectué mardi son retour à la compétition à Castillon-la-Bataille, un petit coin ensoleillé de Gironde, où sa carrière s’était arrêtée brusquement au milieu de l’été 2007. Avec le retour du banni, la petite bourgade du Sud-Ouest n’a pas eu à faire la promo de son critérium cycliste.



Dès la fin du Tour, les organisateurs de ces courses de villages cherchent à attirer les stars du mois de juillet. Les coureurs font alors «la tournée des critériums» pour montrer un maillot distinctif, faire fructifier une victoire d’étape, ou simplement signer quelques autographes. Une vieille tradition. «Il y a toujours autant d’ambiance et plus de monde que les années précédentes», s’emballe Stéphane Augé, 136e au général, qui n’a cette année que des échappées à faire valoir.



De 500 à 8.000 euros de prime



Pour ceux qui participent à cette parade post-Tour de France, il s’agit de prolonger le plaisir de trois semaines de communion avec le public. «On est au côté des gens, on fait des repas sympas entre nous et on est là pour se faire plaisir pendant la course», poursuit Augé. Le baroudeur de Cofidis n’entend pas briser le mythe. Selon lui, rien n’est calculé dans ces exhibitions où s’illustrent comme par hasard la plus grande star du plateau ou le gars du coin. «On pense que c’est faussé, mais il ne faut pas croire, c’est toujours le meilleur qui gagne. Ça roule vite d’ailleurs.»



Sauf que dans cet univers où résonne encore la voix de Daniel Mangeas, personne n’est dupe. Les stars reçoivent des cachets pour pédaler et soulever un panier garni sous les yeux du public. «Ça fait partie du jeu. J’ai toujours connu ça comme ça, enchaîne Benoît Vaugrenard, qui a préféré faire l’impasse cette année. La fourchette des primes d’engagement va de 500 à 8.000 euros.» Après trois semaines éreintantes, le coureur de la Française des jeux ne croulait pas sous les sollicitations. Mais plutôt que de courir après quelques maigres primes, il a préféré rester une semaine en famille.



Ambiance mafieuse



D’autres n’ont même pas le choix. En son temps, Christophe Bassons n’était pas le bienvenu sur ces courses d’un jour. «Une fois que j’ai dénoncé le pot belge et tout ça, certaines pointures ne voulaient pas de moi. Ce que je comprends d’ailleurs. Mais du coup, je n’étais plus invité.» L’ancien banni du peloton dénonce toujours «l’ambiance mafieuse» de courses où le vainqueur est désigné à l’avance par l’organisateur. «On crée un spectacle. On va même jusqu’à décider du classement des cinq premiers.»



Et gare à ceux qui tenteraient de perturber le protocole. «Je l’ai fait quand j’étais amateur, raconte Bassons. J’avais attaqué, et ça posait pas mal problème, parce que les professionnels ne le souhaitent pas. C’est très mal vu, c’est évident. D’ailleurs, personne n’ose le faire maintenant. On voit un spectacle où les coureurs font semblant de faire la course.» Mais après tout, si le public y croit...