Une herbe qui ne fait plus vraiment le même effet
TENNIS•Les joueurs dénoncent la lenteur du gazon londonien...Romain Scotto
A Wimbledon, l'herbe n'est pas forcément plus verte. D'après ceux qui la foulent depuis trois jours, elle est plutôt lente et, pour dire vrai, pas très enivrante. On a beau leur avoir construit un toit sur le Central, les joueurs se plaignent de l'herbe londonienne qui aurait perdu de sa rapidité. Trompé sur la marchandise, Mickaël Llodra s'est fait le porte-voix des serveurs-volleyeurs frustrés, après son premier tour remporté mardi face à Goodall.
Jugeant les courts «catastrophiques», le Français a versé dans l'emphase pour décrire la lenteur des terrains. «D'année en année, c'est de pire en pire. Je préfère Roland-Garros. Le Central ou le court 1, quand il fait bien sec, sont plus rapides à Paris». Même constat pour Paul-Henri Mathieu, qui tire lui un profit de l'évolution des conditions de jeu: «Le gazon est assez lent et finalement je n'ai pas à changer mon système de jeu même si je m'efforce d'être agressif».
«Plus de service-volée»
Le règne des joueurs attirés au filet dès le premier coup de raquette est donc révolu. On peut maintenant être estampillé «terrien» et passer plusieurs tours dans le tournoi. Le palmarès de Rafael Nadal, vainqueur en 2008, faisant foi. Même un joueur comme Juan Carlos Ferrero, vainqueur à Roland en 2003, obtient depuis quelques années ses meilleurs résultats sur herbe. Comme d'autres joueurs devenus polyvalents, il profite ainsi des effets du nouveau gazon ensemencé à Londres depuis le début de la décennie. Plus dru, il est censé résister aux glissades pendant toute la quinzaine.
Sauf qu'en ralentissant le jeu, il favorise aussi les échanges en fond de court. Et de fait la dégradation des terrains. «Sur les 64 matches (du premier tour), si l'on en a dix où on voit du service-volée, c'est un grand maximum», s'emporte Llodra. «Je suis surpris de ne faire que deux services-volée, et une dizaine de points au filet, c'est étrange, relevait Tsonga en début de semaine. Les qualités qui faisaient de moi un bon joueur de gazon comme on l'entendait par le passé n'existent plus.»
Une volonté des autorités
Pour preuve, le géant Ivo Karlovic n'avait plus gagné un match à Wimbledon depuis cinq ans. Roger Federer pointe lui la responsabilité des autorités du tennis qui chercheraient à ralentir le jeu sur gazon et de niveler les différences. «Maintenant, jouer à Melbourne, Paris, New York ou Wimbledon, c'est du pareil au même», regrette l'ancien mitrailleur au service, Marc Rosset qui ne voit plus grand chose pour différencier les surfaces. Peut-être la couleur.



















