Ligue 1 : « Un poste très exigeant »... Le piston, nouvel hybride du football moderne
FOOTBALL•Le rôle des pistons est prépondérant dans l’effectif des trois équipes en tête de la Ligue 1, le PSG, Lens et l’OM, comme on a pu le voir avec Jonathan Clauss et Nuno Tavares lors de la victoire marseillaise contre Nice dimanche (0-3)Adrien Max
L'essentiel
- De plus en plus d’équipes, en France et ailleurs, évoluent avec une défense à trois accompagnée par deux pistons sur les côtés.
- Les trois premières équipes de Ligue 1, le PSG, l’OM et Lens, ont recours à ce schéma tactique, pour l’instant avec un certain succès.
- « 20 Minutes » détaille l’importance de ce rôle, et surtout l’exigence qu’il demande sur le plan offensif, comme défensif.
Ils évoluent sur les côtés, mais occupent un rôle de plus en plus central dans les équipes de Ligue 1. Regardez l'OM, par exemple, dimanche à Nice. Une récupération de balle très haute suivie d’une passe décisive sur un plateau pour Alexis Sanchezpour l’un, le but du break d’une frappe du droit parfaitement placée pour l’autre… C’est peu dire que Jonathan Clauss et Nuno Tavares ont fait mal aux Niçois. Des prestations qui résument presque à elles seules l’importance prise par ceux qu’on appelle « les pistons ».
« Le premier jour où je suis arrivé, l’entraîneur m’a montré une image d’une ligne de terrain. Il m’a dit : il faut que tu ailles de cette ligne à l’autre et que tu reviennes en courant en tant que latéral, mais aussi en tant qu’ailier », décrivait Nuno Tavares lors de sa présentation cet été. Avec déjà trois buts inscrits en quatre matchs et un nombre incalculable d’allers-retours en mode bulldozer, le joueur prêté par Arsenal semble avoir bien assimilé les exigences d’Igor Tudor. Son pendant à droite n’est pas en reste, avec deux passes décisives à son actif.
« Un poste très exigeant »
Véritable homme à tout faire, le piston n’a pas un rôle facile. Marvin Senaya, jeune joueur de 21 ans qui occupe ce rôle à Rodez, en Ligue 2, décrit pour 20 Minutes « un poste très exigeant », qui demande d’être à la fois « présent défensivement et offensivement » à travers « de la vitesse », « des centres » et des « un contre un » pour parfois « finir les actions en attaque ». Et un « soutien des trois centraux lors des phases défensives », si jamais ça ne suffisait pas. « C’est un poste très physique parce que quand tu joues piston, tu es seul dans ton couloir », résume le joueur prêté par le RC Strasbourg.
Ce rôle est de plus en plus utilisé, que ce soit au sein des sélections nationales (l'équipe de France, au hasard) ou dans les championnats européens. En Ligue 1, les coachs des trois actuels premiers y ont recours : le PSG avec Mendes et Hakimi, l’OM avec Tavares et Clauss, et Lens avec Machado et Frankowski. Alain Casanova, un des premiers entraîneurs à avoir mis ce système en place en Ligue 1, en 2013 avec Toulouse, connaît bien ses avantages:
« Beaucoup de gens se sont mépris en estimant que jouer à trois centraux et deux pistons était un système très défensif. Moi je le vois comme un système très offensif : Pour avoir le ballon dans le camp adverse, avec un jeu de position et créer le surnombre, pour récupérer vite et haut grâce à un pressing très haut, et pour avoir beaucoup de joueurs dans la partie adverse et beaucoup de projection vers l’avant. Tout en étant capable de vite venir refermer une action adverse. » »
Mais ce rôle est surtout « l’un des plus exigeants physiquement », selon Marvin Senaya. « En général les pistons ont un physique d’athlète, j’ai rarement vu un piston à la rue physiquement », rappelle le joueur prêté à Rodez. Pour apporter le surnombre, être capable de faire la différence en un contre un, ou centrer. D’où des profils souvent offensifs, reconvertis au poste de piston.
Ne pas oublier l’aspect défensif
« En jeune j’étais attaquant, j’évoluais encore en tant que 9 en U17. Avec le temps, je me suis déporté sur l’aile en tant qu’ailier et c’est lors de ma deuxième année en U19 que j’ai commencé à redescendre en tant que latéral. C’est la première saison pour laquelle je me prépare en tant que piston et je découvre l’exigence de ce poste », confie Marvin Senaya.
Une exigence offensive, sans délaisser le travail défensif. Le piston doit également être capable d’aider ses trois défenseurs centraux. « Au début j’avais un peu de mal défensivement, et je me suis vite rendu compte que c’était des qualités importantes et un critère majeur pour ce poste. C’est un poste très polyvalent dans lequel il faut beaucoup travailler l’aspect défensif. Comment se placer en un contre un, en deux contre un. C’est un poste qui demande une grande rigueur tactique, avec la nécessité de beaucoup communiquer. Avec le milieu devant toi, avec tes défenseurs centraux. Ça se travaille à l’entraînement, mais surtout en match avec les automatismes et les affinités avec tes coéquipiers. Qui va presser, qui monte, qui ne monte pas ? », poursuit le jeune Marvin Senaya.
« Une grosse culture tactique »
A l’époque 2012-2013 lorsque Alain Casanova a mis en place ce système avec deux pistons, il disposait de Serge Aurier, Issiaga Sylla ou encore Jean-Daniel Akpa Akpro. « C’était des joueurs avec un gros volume de jeu, capable de courir 13 kilomètres par match, avec des changements de rythme très important. Mais aussi une grosse culture tactique qui leur permettait de savoir quand prendre le couloir, quand revenir défendre, sur qui sortir en fonction d’une défense adverse à quatre ou cinq, savoir comment s’aligner avec les axiaux », résume Alain Casanova. Pour lui, le prototype parfait du rôle de piston est aujourd’hui incarné par celui de l’OM, qui vient de se faire une petite place chez les Bleus, Jonathan Clauss.


















