Euro 2022 : Joga bonito, force mentale et physique... Les Bleues sont-elles en train de franchir un cap ?
FOOTBALL•L'équipe de France féminine a fait le plein de confiance avant d'affronter l'Allemagne en demi-finale de l'Euro 2022, grâce à un jeu convaincant et un niveau athlétique élevéWilliam Pereira
C’est l’histoire du verre à moitié vide. Celui où l’équipe de France féminine a frappé 33 fois (!!!) contre les Pays-Bas pour 13 tirs cadrés et un seul but marqué, qui plus est après la fin du temps réglementaire. De quoi nourrir une certaine inquiétude avant de se frotter à l’Allemagne, deux jours de repos en plus dans les pattes. « On ne vous a pas donné de réponse sur l’aspect offensif, en tout cas pas en termes d’efficacité, regrettait Corinne Diacre, dimanche, après la rencontre. En revanche, en termes d’occasions, de situations dangereuses, on est largement devant. » C’est l’histoire du verre à moitié plein, celle qui nous intéresse.
Disons-le franchement, on a vibré sur pas mal de séquences offensives françaises. Collectivement, il y avait tout : du mouvement, des combinaisons à vous faire lever du canap’, des circuits de passes travaillés… « C’est dommage que Katoto se soit blessée, parce que je pense que cette équipe aurait été une machine, analyse Thierry Asseloos, ancien adjoint de l’ex-sélectionneur Philippe Bergeroo. La petite Bacha est bluffante, il y a des individualités capables de faire des différences, mais je suis avant tout marqué par le collectif. Il y a des combinaisons qu’on n’avait pas vues ces dernières années. »
Une force mentale salvatrice
Tout le monde s’accorde à dire que les Bleues ont martyrisé les tenantes du titre néerlandaises, lesquelles auraient probablement quitté l’Angleterre avec une grosse valise sans un match de zinzin de sa gardienne Interstelaar, pardon, van Domselaar. On ne serait pas surpris d’apprendre que Wendie Renard fait des cauchemars en boucle de sa tentative miraculeusement repoussée par l’alter-ego féminin de Manuel Neuer à la 90e minute.
Rageant, mais est-on vraiment en droit de se plaindre quand on a assisté de loin à l’agonie des pauvres Wilms et Casparij, qui elles ont vécu le même cauchemar éveillé pendant 120 minutes face à la technique de Diani, la vitesse de Cascarino et Karchaoui puis la folie de Bacha sur leurs couloirs respectifs.
Évidemment, tout ceci aurait pu mal se finir. Dominer sans marquer est rarement une bonne idée, surtout dans ces matchs à élimination directe et quand on s’appelle la France. Thierry Asseloos garde un souvenir amer de ces matchs, qui, comme le quart de finale du Mondial 2015 perdu contre l’Allemagne, auraient dû tourner en faveur des Bleues mais ne l’ont pas fait. « Il faudrait un tout petit peu plus d’efficacité, de réussite. Je remarque qu’il y a eu des frappes sur les poteaux, ces dernières années ça ne nous a pas souri. Mais la force mentale dont ont fait preuve les joueuses contre les Pays-Bas est peut-être ce qui nous manquait pour nous offrir cette réussite. D’autant plus que maintenant, il n’y a plus la pression des quarts. »
Des Bleues solides, résilientes, imperméables à la tension et aux diverses frustrations que peuvent engendrer les matchs à enjeux, c’est aussi l’avis que se fait Corinne Diacre de son équipe. « Ce groupe aurait pu lâcher prise parce qu’il a beaucoup donné, beaucoup essayé, et ce que j’ai aimé, c’est qu’il n’a rien lâché. Il a continué d’insister en conservant le plan de jeu fixé, chacune est restée à sa place. »
Une puissance physique dévastatrice
Et chacune a continué de courir. Au-delà des satisfactions tactiques et techniques des Bleues, il faut rendre hommage à la sélectionneuse, car le travail de préparation physique entrepris en amont de la compétition et ce pic de forme au 10 juillet semblent faire leur effet.
« « J’ai eu quelques échos en interne, nous dit Asseloos. Corinne Diacre a très bien préparé cet Euro, il y a eu un vrai travail qui a porté ses fruits. Face aux Néerlandaises, on a assisté à une réelle performance athlétique. Il faut voir maintenant ce que ça va donner contre les Allemandes qui sont un peu plus puissantes et auront plus de fraîcheur. On ne m’enlèvera d’ailleurs pas que deux jours de repos de différence, c’est une aberration. » »
Signe d’une sérénité nouvelle et d’une confiance absolue dans la force physique de son groupe, la sélectionneuse ne fait pas toute une affaire de ce désavantage. « Quand on gagne on récupère toujours plus vite. C’est le calendrier, il est comme ça, on le savait depuis le départ. On va faire comme on fait d’habitude, on va s’adapter. » « On ne va pas prendre ça comme une excuse, abondait Kadidiatou Diani. On va y aller et tout donner. » A la table de l’équipe de France, les verres sont plutôt à moitié pleins.


















