Girondins de Bordeaux : Que demande la DNCG au club pour rester en Ligue 2 ?

FOOTBALL Le gendarme financier du football français a rétrogradé les Girondins de Bordeaux en National en raison de ses difficultés financières. Le club va faire appel de cette décision dès ce mercredi

Clément Carpentier
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Gérard Lopez à la sortie de son audition devant la DNCG.
Gérard Lopez à la sortie de son audition devant la DNCG. — JULIEN DE ROSA / AFP
  • Les Girondins de Bordeaux de Gérard Lopez ont été rétrogradés en National par la DNCG ce mardi. Le club repassera en appel début juillet.
  • L’instance demande au club de revoir sa copie sur trois points : la dette, ses priorités de remboursement et la garantie des ventes du mercato.
  • Pour s’en sortir, le propriétaire et président des Marine et Blanc va devoir trouver un nouvel accord avec ses créanciers, les fonds d’investissement américains, Fortress et King Street.

Jusqu’au bout Gérard Lopez et ses équipes y auront cru ! À quoi ? Au fait de se voir simplement signifier par la DNCG une ou plusieurs mesures à l’égard du club. En effet, le propriétaire et président des Girondins de Bordeaux ne pensait pas subir une « brutale » rétrogradation administrative en National après son audition devant le gendarme financier du football français ce mardi après-midi. « Sur le moment, tout le monde a été un peu surpris, sonné. Même les dirigeants de Fortress et King Street. Après ça reste des fonds d’investissement, ils ne vont pas paniquer comme ça », rapporte un témoin. D’ailleurs, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois a immédiatement échangé dans la soirée avec ses créanciers afin d’entamer de nouvelles négociations pour revoir tous ensemble leur copie en vue du passage en appel.

Le club va faire appel de la décision dès ce mercredi selon les informations de 20 Minutes. L’objectif étant clairement aujourd’hui de trouver très rapidement un nouvel accord avec les deux fonds prêteurs pour rassurer tout le monde et surtout passer le plus rapidement possible devant la commission d’appel de la FFF pour ne pas trop empiéter sur le début de la saison sportive. D’ici là, les Girondins de Bordeaux vont devoir trouver des solutions sur trois points bien précis selon plusieurs sources au sein de la DNCG.

  • Réduire (encore) la dette

C’était l’un des gros enjeux des discussions entre Gérard Lopez et le duo Fortress/King Street avant le rendez-vous de cette semaine. Finalement, toutes les parties avaient trouvé un accord le week-end dernier pour réduire la dette du club (52 millions d’euros) de moitié grâce à un transfert de propriété d’une partie de celle-ci à la société de l’homme d’affaires et de ses associés (Jogo Bonito), avec délégation parfaite. C’est-à-dire que les Girondins de Bordeaux ne seront plus jamais comptables de ces 26 millions d’euros de dette. Mais cet accord signé à la dernière minute lundi a tout simplement été jugé « insuffisant » par la DNCG.


En gros, l’instance demande à Gérard Lopez et surtout à ses créanciers de la réduire encore. Le premier ayant déjà mis la main à la pâte, une chose saluée par la DNCG au passage, il s’agit maintenant clairement de dire aux seconds de faire eux aussi un effort sur la dette restant à la charge du club. Le feront-ils ? Par quel mécanisme ? Sur ce point, il s’agira avant tout d’un bras de fer entre le propriétaire du club et le tandem Fortress et King Street. Et on ne sait pas à ce stade quel effort financier demande la DNCG.

  • L’argent de Tchouaméni et Koundé doit aller au club

Cela a été le point le plus chaud de la réunion de ce mardi et c’est d’ailleurs là que les équipes de Gérard Lopez ont compris que cela serait difficile d’obtenir le feu vert de l’instance dès cette première audition. « On a passé plus de 40 minutes là-dessus car on voulait bien leur faire comprendre notre volonté », explique un proche de la DNCG. Cette volonté, c’est que l’argent que les Girondins vont récupérer sur l’intéressement des ventes d’Aurélien Tchouaméni au Real Madrid (10-11 millions d'euros) et celle possible de Jules Koundé (6-7 millions d'euros) aille directement dans les caisses du club et ne sert pas à rembourser prioritairement la dette et in fine à aller avant tout dans les poches de Fortress et King Street. Ce que prévoit pour l’instant là aussi l’accord passé par Gérard Lopez ces derniers jours.

« C’est tout à fait paradoxal mais sur ce coup, la DNCG est d’une certaine manière bienveillante avec les Girondins car elle cherche à préserver les droits du club vis-à-vis de ces deux fonds », glisse un proche du dossier. Les Américains l’entendront-ils de cette oreille ? Possible. Gérard Lopez a un argument simple à sa disposition, c’est de dire à Fortress et King Street de faire une croix sur cet argent dans un premier temps pour aider le club. Comme celui-ci a prévu de vendre pour près de 40-45 millions d'euros cet été (avec les ventes comprises de Tchouaméni et Koundé), ce cash serait touché dès que le club aura dépassé les 22 millions de ventes qu’il manque pour boucler le budget. Sur ce point, la DNCG veut avant tout que le club garde la priorité par rapport aux prêteurs.

  • Le retour de la lettre de garantie

Elle a fait son grand retour ce mardi après-midi lors de la réunion. La fameuse lettre de garantie que les Américains apportent depuis 2018 pour couvrir tous les problèmes financiers du club et qu’ils n’ont pas signé cette fois-ci. Le sujet est avant tout revenu sur la table au moment d’aborder les ventes prévues par le club cet été pour boucher les trous. La DNCG a d’ailleurs accepté de repousser la deadline de ces ventes du 30 juin à la fin du mercato estival. Preuve qu’elle cherche aussi à aider les Girondins. Mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin et c’est pour ça qu’elle demande aujourd’hui au club de garantir ses ventes par une lettre de garantie de Fortress et King Street ou par un autre mécanisme (mettre temporairement une certaine somme sous un compte séquestre) en vue de la seconde audience. Cela peut-il être par des offres officielles de club ? Difficile à dire.

Selon les informations de 20 Minutes, les Marine et Blanc disposeraient par exemple de deux offres pour deux joueurs pour un montant total de 19 millions d’euros mais celles-ci vont-elles rester valables après la décision de ce mardi de la DNCG ?

« Avec cette annonce, ça va devenir très compliqué de vendre, il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour le comprendre donc c’est difficile de miser là-dessus en vue de l’appel prévu début juillet », rappelle un proche du club.

L’autre stratégie tient au point précédent, c’est-à-dire de laisser l’argent du Tchouaméni au club ce qui permettrait de descendre l’obligation de vendre cet été à 12 millions d’euros. Autant dire que la lettre de garantie ne devrait pas être difficile à fournir pour une si « petite » somme, , même si cette fois-ci elle sera beaucoup plus stricte compte tenu des saisons précédentes. Peut-être que Gérard Lopez pourrait lui-même se porter garant…

« De toute manière, j’avais prévenu tout le monde, et notamment les fonds d’investissement, que sans cette lettre ou de vraies garanties, ça ne passerait pas. En substance, ils ont répondu, ''vas-y Gérard comme ça, on verra déjà bien si ça peut passer et on pense que oui'', mais c’est très mal connaître la DNCG de penser comme ça et j’avais raison, insiste un proche du dossier. Maintenant, tout le monde est un peu dans la mouise et les fonds se retrouvent eux-mêmes coincés, soit ils aident le club en faisant des efforts, soit le club coule et ils devront s’asseoir sur leurs 52 millions d’euros. »