Les arbitres dépassent-ils aussi les bornes?

FOOT Alors que les Valenciennois reprochent à Tony Chapron de les avoir insultés...

Romain Scotto

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L'arbitre français Tony Chapron, quittant la pelouse du stade Nungesser sous escorte, le 13 mai 2009 lors de Valenciennes - Bordeaux
L'arbitre français Tony Chapron, quittant la pelouse du stade Nungesser sous escorte, le 13 mai 2009 lors de Valenciennes - Bordeaux — P.Rossignol/REUTERS

Les mots sont si crus qu’on les imagine mal sortir de la bouche d’un arbitre. Dans les couloirs du stade Nungesser, mercredi soir, plusieurs Valenciennois, dont Rafael Schmitz et Gaël Danic, étaient affirmatifs. Tony Chapron, l’homme qui tenait le sifflet lors de ce match très électrique face à Bordeaux (1-2), les a insultés et menacés. Les deux joueurs évoquent, entre autre, une formule graveleuse, «on va vous enculer», et un provocateur «votre place est en Ligue 2».



L’intéressé, dont les décisions ont déjà été contestées ces derniers temps, «conteste formellement» ces accusations. «Il s'agit d'une invention pure et simple. J'ai simplement mis en garde les joueurs qui me demandaient un avertissement. Et ça s'est transformé…»



«Un cas isolé»



Cette saison, le Lillois Yohan Cabaye a déjà fait part de propos insultants venant d’un arbitre.

En septembre dernier, Olivier Thual, l’aurait insulté lors d’un match contre Auxerre (3-2). Victime d’un jet de projectile, Cabaye se serait plaint auprès de l’arbitre qui lui aurait répliqué: «Ferme ta gueule». Son entraîneur Rudi Garcia lui avait alors demandé de terminer la rencontre sans broncher.



Cette fois-ci, il ne faut pas non plus dramatiser,

analyse l’un des collègues de Tony Chapron, Bertrand Layec

. «Il ne s’agit là que d’un cas isolé», mettant en opposition des propos contradictoires.

Chacun a sa façon d’arbitrer. Sur le terrain, on a notre personnalité. C’est une question de rapports humains. Parfois, ça devient tendu, il y a des situations délicates à gérer.» Mais qui ne justifient en rien de perdre son sang-froid et de tenir des propos grossiers.

«Je ne me suis jamais fait insulter, note le défenseur havrais, Nicolas Gillet, douze saisons de L1 au bout des crampons. Mais il arrive souvent de voir des arbitres chambrer. Des arbitres qui disent "t’es pas bon". Sur le terrain, il se passe beaucoup de choses.»

Le milieu lillois Florent Balmont «en aurait beaucoup à dire, mais préfère se taire», par précaution.

«Un peu trop stricts»



«T’es nul, t’es mauvais», je l’ai entendu souvent, enchaîne Mecha Bazdarevic, l’entraîneur grenoblois. «Mais il faut quand même voir le contexte. Quand on a la tête à 200 degrés… on peut tolérer certaines choses. Mais je n’ai jamais vu un arbitre insulter un joueur.» Il est en revanche plus courant de voir certains joueurs dépasser les bornes. Ce qui n’aide pas forcément à rester zen du sifflet.



«Pour se protéger, certains arbitres refusent tout dialogue. Du coup, on a du mal à leur parler, poursuit Gillet.» Un constat que partage Mecha Bazdarevic, pour qui les hommes en jaune sont peut-être «un peu trop stricts». «Ça passe mieux de dire à Gourcuff: "Yoann, fais attention", avec un sourire que: "C’est la dernière fois!" Il y a différentes façons de s’exprimer.» Comme pour les hors-jeu ou les fautes, le choix des mots est aussi une question d'appréciation.