Michel Audran: «Avec la cocaïne, on a un geste plus précis»
DOPAGE•Pour le spécialiste du dopage et professeur en pharmacie à la faculté de Montpellier, la consommation de cocaïne ne relève pas seulement d'un aspect festif...Recueilli par R.S.
Une prise de cocaïne est-elle forcément synonyme de dopage?
En agissant sur le système nerveux central, la cocaïne permet d’améliorer à la fois l’agressivité et la concentration. On a un geste plus précis, malgré la fatigue. En fait, avec la cocaïne, la fatigue a moins d’influence sur la concentration et la rapidité du geste.
On peut donc être un consommateur régulier et être efficace avec une raquette?
Non, quand même pas. En général, ce ne sont pas des hautes doses. Parce que la cocaïne a aussi un effet délétère pour le métabolisme. Elle accélère la dégradation du glycogène, qui permet de stocker les sucres dans le muscle. C’est ce qui donne de l’énergie. Et puis elle produit également des lactates, qui sont à l’origine des crampes. Ce sont donc deux effets incompatibles avec le sport de haut niveau. En tout cas avec le tennis.
Vous croyez au mythe du sportif fêtard?
Oui, c’est certain. Aujourd’hui, il y a un tel mélange entre show-biz et sport de haut niveau… Marco Pantani n’a jamais pris de drogue pour gagner des courses. C’est certain. Le problème, c’est que ce produit entraîne vite une addiction.
Comprenez-vous que la cocaïne soit autorisée à l’entraînement et interdite en compétition?
Je suis moyennement d’accord avec ça. On peut très bien en prendre pour être plus performant à l’entraînement. En fait, on part du principe qu’il faut placer la substance dans un contexte. Les stimulants augmentent la performance à un moment donné. Ni avant ni après. Et dans 90% des cas, les contrôles positifs ont lieu en compétition.
Donc une prise de cocaïne à l’entraînement a une incidence en compétition…
Dans certains sports plus que dans d’autres, oui. Quand il fait froid, qu’un cycliste doit rouler 200 bornes pour s'entraîner, ça aide. Mais il faut savoir que des contrôles sont diligentés pendant ces périodes, même si les résultats ne sont pas rendus publics puisque c’est autorisé. Et bizarrement, la consommation de cocaïne chez les sportifs a diminué ces dernières années.



















