Bertrand de Gaullier: «Après mon chavirage, je n'ai jamais lâché»

INTERVIEW Après 36 heures passées sur la coque de son bateau, le rameur, sain et sauf, raconte son périple à 20minutes.fr...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Bertrand de Gaullier des Bordes, au départ de la traversée de l'Atlantique à la rame «Bouvet Rames Guyane», le 8 mars 2009.
Bertrand de Gaullier des Bordes, au départ de la traversée de l'Atlantique à la rame «Bouvet Rames Guyane», le 8 mars 2009. — DR

Son calvaire a duré près de deux jours. Seul sur son bateau retourné, au large des côtes de la Guyane, Bertrand de Gaullier des Bordes s’est battu pour survivre, sans eau et presque sans nourriture, jusqu’à ce que les secours le repêchent, mercredi matin. Ce commandant de la marine, concurrent anonyme de la «Bouvet Rames Guyane», une course transatlantique à la rame en solitaire et sans assistance, revient pour 20minutes.fr sur son aventure…

Quand avez-vous compris que vous étiez sauvé?

Mardi soir, au bout du deuxième jour. Après avoir réussi à remettre le bateau à l’endroit. La veille, un avion brésilien est passé au dessus de ma tête, il était à la verticale, mais il ne m’avait pas vu. Là, je me suis dit «tu vas devoir t’en sortir tout seul». J’ai ensuite revu l’avion brésilien qui me cherchait. Je savais qu’il y avait aussi un voilier d’assistance pas loin. Il ne me restait qu’une petite radio et c’est elle qui m’a permis d’entrer en contact avec un avion de l’armée de l’air française. Il a ensuite averti le voilier qui m’a trouvé.

Vous avez donc passé 36 heures à dériver. Comment le chavirage est survenu?
C’était dimanche, dans la nuit. Il faisait très mauvais temps, avec du vent à contre-courant et une mer qui levait beaucoup. Il y avait des déferlantes. Je voyais des barres blanches sur l’eau. Je me suis barricadé à l’intérieur du bateau et j’ai résisté à quatre tentatives de retournement. Après, j’ai arrêté de compter. Et puis il y a eu un gros grain. Le bateau était sur le dos. J’ai attendu un peu avant d’essayer de le remettre droit. Normalement, il est auto redressable. J’avais déjà chaviré deux fois depuis le début de l’épreuve. Je crois que je détiens le record.

Ensuite, vous êtes sorti du bateau…
Il fallait sortir pour le remettre droit. J’ai mis ma combinaison de survie et j’ai forcé le passage. Ensuite, j’ai lancé la procédure de retournement du bateau. Il fallait vider l’eau qui était à l’intérieur avec un gonfleur. C’est très éprouvant. C’est là que je me suis épuisé. Pendant sept heures, j’ai pompé sur une coque qui bougeait en permanence. Toujours sur une mer difficile. Très vite, il a fait chaud. Je n’avais rien à boire. A un moment, je me suis écroulé et j’ai dormi pendant deux heures.

Mentalement, vous n’avez jamais douté?

Si... J'ai douté. Quand je vois l’avion passer au-dessus de ma tête et qu’il ne me voit pas… Là, j’étais inquiet. Je n’avais plus que ma VHF. Je me suis dit «ils ne vont pas me retrouver». Mais en même temps, c’est ça qui m’a donné la force de me battre. Je n’ai jamais lâché, même si j’étais fatigué. Je n’ai rien mangé pendant deux jours. Enfin juste une boîte de thon à la tomate. Dans cette épreuve, j’ai quand même perdu 13kg.

Vous comptez traverser à nouveau l’Atlantique à la rame après ce que vous venez de vivre?

Non… Ma femme m’en a dissuadé. C’est fini je crois. Elle m’a dit que c’en était trop. Lors du chavirage, j’ai perdu ma balise Argos. Et comme elle dérivait, on pouvait croire que j’étais tombé à l’eau. J’étais extrêmement inquiet. Et ma famille aussi. Je ne veux plus leur infliger ça.