RC Lens-Losc : « C’était un truc de fous, des gamins pleuraient »… Blessés pendant le derby, supporters lensois et lillois racontent

FOOTBALL Rémi supporte Lens, Clément Lille. Mais ce samedi à la mi-temps du derby, ils ont été tous les deux blessés par des projectiles

Francois Launay
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Rémi a été blessé à la tête pendant la mi-temps du derby du Nord
Rémi a été blessé à la tête pendant la mi-temps du derby du Nord — Rémi
  • Le derby du Nord a dégénéré entre supporters à la mi-temps du match ce samedi.
  • Des supporters de chaque équipe ont été blessés.
  • Ils racontent ce qu’il s’est passé à 20 Minutes.

Malgré ses quatre points de suture sur le crâne, Rémi Serpaud n’a pas hésité longtemps. Pompier dans le civil et arbitre le week-end pour le foot amateur, il est allé diriger ce dimanche un match de coupe de France. Comme si rien ne s’était passé la veille. Comme si ce fidèle supporter de Lens depuis 25 ans n’avait pas été une victime collatérale de la bêtise d’une minorité de supporters lensois et lillois lors du derby du Nord. « C’était important pour moi d’aller arbitrer, ça m’a permis de passer à autre chose. Je voulais exorciser ce qui s’était passé la veille », raconte le trentenaire.

La veille, Rémi a été au centre des événements de la mi-temps du derby. Venu assister au match en tribune Trannin avec son père et son cousin qui, eux, supportent le Losc​, le fan lensois s’attendait à passer un bel après-midi au stade. Assis juste à côté du parcage lillois, il ne s’est pas méfié plus que ça malgré une drôle d’ambiance « J’ai juste aperçu et filmé des saluts nazis de certaines personnes habillées tout en noir ». Des gestes, des invectives, des insultes mais rien qui ne laissait présager la flambée de violence qui s’est déroulée à la mi-temps.

« A la pause, je descends tout en bas de la tribune, au ras de la pelouse, car j’interviens parfois sur France Bleu Nord pour parler arbitrage. Je devais réagir sur l’antenne. Et à ce moment-là, je vois que la zone tampon qui sépare les supporters lillois des Lensois pète. Les stadiers sont submergés et des supporters lillois commencent à grimper sur les grilles. Il y a alors un mouvement de foule de supporters lensois qui veulent aller au contact et à l’inverse, de familles avec des enfants complètement paniqués qui veulent sortir de là. C’était un truc de fou, des gamins pleuraient. Les jets de projectiles s’intensifient très vite. Perso, j’ai vu des petits drapeaux voler, des gobelets chargés et aussi un siège que je me suis pris sur la gueule. Je suis dos à la tribune à ce moment-là et je m’écroule. Je mets ma main sur le crâne, elle est pleine de sang et après je suis pris en charge par les secouristes sur la pelouse ».

« Pour moi, la connerie n’a pas de blason ni de couleurs »

Evacué sur une civière, Rémi est conduit à l’infirmerie générale du stade située sous la tribune présidentielle. C’est là qu’il se fait recoudre avant de rejoindre le centre hospitalier de Lens où il va passer la nuit pour des examens complémentaires. Sorti ce dimanche matin, Rémi a reçu énormément de messages de soutien de la part des supporters lensois mais aussi de Lillois.

« Ils m’ont dit qu’ils ne cautionnaient pas ce qui m’était arrivé et c’est appréciable J’ai senti beaucoup de bienveillance. Pour moi, la connerie n’a pas de blason ni de couleurs. Je ne veux pas servir d’excuse à qui que ce soit. J’ai pris une chaise sur la gueule mais ça aurait pu être un gamin à ma place. Je ne suis pas dans la vengeance mais j’irai déposer plainte dès lundi pour comprendre ».

Clément, 15 ans, blessé à la tête par une barre de fer

Comprendre, c’est aussi ce que cherchent à faire Corentin et Clément, deux supporters du Losc. Pour la première fois ce samedi, l’aîné, 21 ans, amenait avec lui son petit frère de 15 ans en déplacement. Mais là aussi, rien ne s’est passé comme prévu. Installés dans le parcage lillois, les deux frangins ont payé cher leur présence au stade.

« C’était chaud depuis le début du match car tout le monde se chambrait. Et puis, à la mi-temps, il y a eu un mouvement de foule. Avec mon frère, on est descendus de plusieurs rangées. Et plusieurs projectiles ont commencé à voler. Je me suis mis devant mon frère pour le protéger mais à un moment il s’est décalé un peu et a pris une équerre en métal en pleine face », raconte Corentin, l’aîné.

« A deux centimètres près, mon frère aurait pu perdre un œil »

Ouvert à la tête sur sept centimètres, Clément n’est pas été pris en charge immédiatement par les secours car le chaos règne autour du parcage. Après plusieurs minutes d’attente, il rejoint finalement l’infirmerie où il se fait recoudre. Vêtu de son maillot du Losc, il sortira du stade escorté avec son frère pour ne pas croiser de supporters lensois. De retour chez lui, l’ado retournera dans la nuit au centre hospitalier de Lille pour se faire recoudre aussi à la joue sur l’insistance de sa mère.

S’il n’est pas traumatisé, son frère a encore des frissons quand il repense à la scène. « Il n’a rien vu venir. A deux centimètres près, il aurait pu perdre un œil. Mais le plus gros souci pour lui qui joue au foot, c’est qu’il ne pourra pas reprendre tout de suite », déplore Corentin qui estime que le dispositif de sécurité à Bollaert était « pitoyable ». Malgré tout, les deux frères l’assurent : ils retourneront au stade mais avec beaucoup moins d’insouciance qu’avant. La faute à la bêtise d’une poignée d’individus.