Les idées reçues sur le dopage: les femmes dopées se transforment en hommes

DECRYPTAGE Entre mâchoires qui se déforment et clitoris géants, l'hématologue Gérard Dine, éminent spécialiste du dopage, revient chaque jour sur les petites et grandes légendes urbaines de la triche médicamenteuse. Aujourd'hui, les femmes qui deviennent des hommes...

M. Go.

— 

 Des étudiants protestent à leur façon contre le dopage lors de l'étape entre Pau et Castelsarrasin pendant le 94e Tour de France.
 Des étudiants protestent à leur façon contre le dopage lors de l'étape entre Pau et Castelsarrasin pendant le 94e Tour de France. — J. SAGET / AFP

A Moscou, en 1980, l'Allemande de l'Est Petra Schneider, boosté aux stéroïdes anabolisants (un dérivé de la testotérone, une hormone mâle), claque le titre du 400 mètres 4 nages avec 10 secondes d’avance sur la deuxième. Plus généralement, aux Jeux de 1980, les Wundernmädchen de la RDA gagnent 11 des 16  titres des épreuves de la natation (10 d'argent et 8 de bronze) suscitant de nombreuses interrogations sur leur physique viril. Des années plus tard, en 1997, Heidi Krieger, une ancienne lanceuse de poids championne d’Europe en 1986,complètement déréglée hormonalement après avoir avalé trop de produits, franchit le pas en changeant officiellement de sexe et  devient  Andreas.


Le dossier sur les idées reçues sur le dopage est ici


Depuis, les Wonderwomen aux muscles hypertrophiés ont continué à susciter les rumeurs les plus folles dans le monde du sport. Le dopage agirait-il plus sur les femmes? Pire: transformerait-il les femmes en hommes?


Alors docteur? «L’usage des stéroïdes anabolisants s’est institutionnalisé dans la RDA des années 70 (entre 1968 et 1989). Les anabolisants sont des hormones qui fixent les protéines sur les muscles. Présentes naturellement dans l’organisme, il y en a beaucoup plus chez l’homme (85% d’écart avec le taux chez les femmes). Du coup, l’effet de ce produit est très spectaculaire dans le sport féminin, beaucoup plus que le dopage sanguin (type EPO) qui agit  presque de la même façon sur un homme et sur une femme puisqu’il n’y a que 5% de différence de volume de sang. 

Hormonalement, en pratiquant ce genre de méthodes, les médecins transforment effectivement une femme en homme et la métamorphose musculaire ést impressionnante. Ce sont les fameuses nageuses de l’Allemagne de l’Est. Mais cela entraîne des problèmes de régulation hormonale (augmentation de la pilosité, de la libido, clitoris hypertrophié…) et des risques de cancers accrus 10-15 ans après.

En parlant de dopage hormonal, une autre légende est que les entraîneurs soviétiques et de la RDA mettaient enceinte leur sportives. Jusqu’au 3e mois, une femme enceinte produit en effet plus de testotèrone (hormone mâle) et il y aurait un effet stimulant sur le tonus musculaire. Mais nous n'avons pas de preuves établies sur ce type de dopage.»


Et maintenant?
En 2003, le stéroïde anabolisant refait son apparition. Avec l'hormone de croissance, il est une des stars de l’affaire Balco qui oblige Marion Jones, la gloire de l’athlétisme US, à rendre ses médailles olympiques (3 d'or, 2 de bronze) des Jeux de Sydney. Le 11 janvier 2008, elle est condamnée à six mois de prison ferme.

En Allemagne, les archives de l’ex-RDA s’ouvrent dans les années 2000 et des athlètes, notamment Andreas Krieger, se constituent partie civiles. Pratiqué derrière le rideau de fer à l'insu des athlètes, les «diplomates en survêtements» du bloc soviétique, le dopage est alors assimilé à une maladie professionnelle (type amiante en France) et en 2007 le Comité olympique allemand  indemnise167 de ces anciens sportifs à hauteur de 20 000 euros. On estime que ce dopage d'Etat a fait plus de 10 000 victimes. Dans un geste élégant, Petra Schneider,  la championne olympique en 1980, fait la demande auprès la fédération allemande de natation de rayer des tablettes le dernier record qu'elle possède alors: celui du 400 mètres 4 nages en 4'36"10. Un record qu'a baissé l'Australienne Rice de 7 secondes à Pékin.