Lièvremont-Domenech, même combat?

RUGBY Les deux hommes sont différents mais, chahuté, Lièvremont a montré des côtés «Domenechiens»…

M. Go.

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 Marc Lièvremont, sélectionneur du XV de France, et Raymond Domenech, son alter ego, chez les footballeurs.
 Marc Lièvremont, sélectionneur du XV de France, et Raymond Domenech, son alter ego, chez les footballeurs. — AFP/SIPA

Lièvremont ressemble-t-il à Domenech? Question absurde. Car les différences entre les deux sélectionneurs sautent plus aux yeux que leurs ressemblances: le style par exemple fait de provocation chez Domenech, tout en retenue chez Lièvremont. Ou encore la manière: Domenech a souvent décidé de tout, assumant jusqu’au bout ses choix, Lièvremont s’est entouré de N’Tamack et Retiere. Sans parler du jeu: Domenech est un héritier de la rigueur défensive d’Aimé Jacquet alors que Lièvremont a reçu pour mission de refaire jouer le XV après les tristes années Laporte.

Ces deux anciens joueurs de l’ombre, durs au mal, auraient-ils, malgré toutes leurs divergences, des points communs? Cette semaine, sans doute agacé par la situation difficile du XV et par les journalistes, Marc Lièvremont a dévoilé (parfois bien obligé par les circonstances) certains aspects «Domenechien» qu’ils partagent d’ailleurs tout deux avec de nombreux sélectionneurs.

Les relations tendues avec la presse:
On connaît les sorties médiatiques musclées de Domenech qui a toujours semblé plus s’adresser aux journalistes qu’aux Français. Mercredi, Lièvremont s’est montré très agacé par les questions sur ces choix. «Vous me faites rire. Vous connaissez le contexte. Beauxis a déclaré forfait lundi. Alors je fais quoi, je tire au sort, on joue aux dés? Maintenant, vous me parlez de David Skrela. Il y a trois mois, il nous coûtait soi-disant le match face à l'Australie. Ne me dites pas que c'est l'homme providentiel quand on sait qu'il a disputé seulement deux matchs en trois mois...» Une sortie toute en mauvaise foi: Harinordoquy en avait disputé autant avant le début du Tournoi. Raymond aurait apprécié...

Le conflit avec les clubs: Domenech et les entraîneurs de clubs alimentent depuis 2004 de déclarations pimentées l’actualité des semaines sportives. On se souvient de la polémique sur «l’esclave Makelele» avec Jose Mourinho ou encore le clash avec Arsenal. Lièvremont s’est-il trouvé son Arsène Wenger en la personne de Guy Novès, entraîneur de Toulouse, critiquant le médecin du XV de France au sujet du pilier toulousain Benoît Lecouls? «Quand le club champion de France, premier du championnat et seul qualifié (en Coupe d'Europe) se permet de remettre en question l'intégrité de mon staff... J'avoue que je n'ai pas besoin de ça. En tout cas, ça ne grandit pas le rugby français», a déclaré Lièvremont. Premier raffût d'une longue série?

La compétition d’après:
Domenech n’a pas fait que demander sa femme en mariage au lendemain de la déconvenue des Bleus en juin. Il a regretté publiquement de ne pas avoir profité de l’Euro pour préparer les Bleus à la Coupe du monde 2010. A chaque match, Ray rappelle l’objectif principal plutôt que le match à venir. Depuis son arrivée à la tête des Bleus, après la Coupe du monde, Lièvremont affirme que l’objectif est la Coupe du monde 2011, froissant les amoureux du Tournoi. «Ce serait effectivement un exploit de battre cette équipe», a avoué un Lièvremont, pas non plus gâté par les circonstances. Ceux qui attendaient le match France-Galles comme un sommet du Tournoi repasseront.

Le groupe, plus important que l’individu:
C’est une constante de la méthode Domenech qui a toujours bien différencié l’intérêt de l’équipe à celui d’un joueur. En 2005, le sélectionneur s’est ainsi montré dans un premier temps réticent à rappeler les anciens alors qu’il tente de construire un groupe. En 2008, il emmène Vieira blessé à l’Euro au nom de l’équilibre et fait jouer la corde sensible sur en évoquant les joueurs qu'il a dû exclure. Lièvremont a des problèmes différents mais sa philosophie du groupe «où il y a une bonne ambiance et où on a de bonnes discussions» explique certains de ses choix. Cette semaine, il a préféré aligner comme ouvreur un trois-quart plutôt que titulariser un nouveau venu. «François Trinh-Duc n'a pas travaillé avec nous depuis huit mois et il vient tout juste de revenir dans le groupe. Nous, nous restons dans la logique qui est la nôtre. Cela fait cinq-six feuilles de match que Benoît Baby est notre deuxième ouvreur», a-t-il expliqué.