Droits TV de la Ligue 1 : La LFP va-t-elle continuer à « s’enfoncer dans le marécage » ?

FOOTBALL L'appel d'offre de la LFP pour la part anciennement détenue par Mediapro s'est avéré infructueux

Nicolas Camus et William Pereira

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Les bureaux de la LFP à Paris (photo d'illustration).
Les bureaux de la LFP à Paris (photo d'illustration). — FRANCK FIFE / AFP
  • Le nouvel appel d’offres de la LFP pour les droits TV de la L1 et L2 s’est soldé par un échec.
  • Aucune des offres émanant d’Amazon, Discovery et DAZN n’atteint le prix de réserve.
  • La LFP a de moins en moins de marge de manœuvre et « s’enfonce dans le marécage », estime Pierre Maes, auteur du livre « Le business des droits TV du foot »

Le délai de réflexion arrive à son terme ce mercredi. Après avoir signifié lundi que l’appel d’offres pour les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2, précédemment détenus par Mediapro (les lots 1 et 2), s’est soldé par un échec, la Ligue de football professionnel s’était donnée « 48 heures pour définir les prochaines étapes de la commercialisation de ses droits ». Vu comme elle a préparé cette mise aux enchères et le peu de place laissé au débat après la consultation des résultats, on n’est pas certain de devoir attendre grand-chose de ces deux jours de conciliabule.

Lundi, peu après 18h00, les membres du Conseil d’administration (CA) de la Ligue ont été informés qu’aucune des offres émanant d’Amazon, Discovery et DAZN, ne serait retenue, faute d’atteindre le prix de réserve. La manière a laissé un goût amer. « Ça a duré cinq minutes, on ne nous a rien dit, à part le nom des candidats raconte l’un d’entre eux. Certains dirigeants étaient furieux. » Gervais Martel était de ceux-là, comme l’a écrit L’Equipe mardi matin. Contacté, il n’a pas voulu en rajouter. Pas plus de succès avec les autres membres du CA. L’inquiétude est là, mais il est encore trop tôt, peut-être, pour le faire savoir publiquement.

Avocats à la manœuvre, dirigeants de clubs en retrait

Pourtant, c’est la survie du football français qui se joue. Cet appel d’offres infructueux est un nouveau coup dur pour les clubs professionnels, qui anticipent déjà des pertes de 1,3 milliard d’euros en fin de saison, entre coronavirus et affaire Mediapro. Le flou demeure total. « On n’a aucune idée ce qu’il va se passer dans les prochaines heures. On a vraiment l’impression que c’est entre les mains de trois-quatre personnes », reprend ce membre du CA, en référence au prix de réserve, connu par Vincent Labrune, mais dont le secret échappe jusqu’aux membres du comité de pilotage.

La consultation du procès-verbal de la réunion de préparation de cet appel d’offres, qui s’est tenue le 14 janvier, ne laisse guère place au doute quant au rôle prépondérant des avocats dans cette manœuvre par opposition à celui des dirigeants dont les clubs risquent l’asphyxie, relégués au rang de spectateurs. Celle-ci s’est résumée à un exposé d’Yves Wehrli, le conseiller de la Ligue sur ces questions. « Il explique que l’appel d’offres est ce qu’il faut faire juridiquement, pour éviter tout risque [par rapport à Canal +, qui le conteste]. Il n’y a personne d’autre qui parle et la Ligue décide de suivre cet avis. On a la sensation qu’il n’y a personne qui est juge et qui pourrait piloter la manœuvre », estime Pierre Maes​.

Extrait du PV du conseil d'administration de la LFP du 14 janvier 2021.
Extrait du PV du conseil d'administration de la LFP du 14 janvier 2021. - Capture d'écran

Selon l’auteur du livre « Le business des droits TV du foot », l’entêtement de la Ligue à vouloir remettre les lots au pot, plutôt que de faire un pas vers Canal +, est contre-productive. « Elle s’enfonce dans le marécage, et perd à chaque fois un peu plus de dignité. Tout le monde se moque de la LFP, c’est du jamais-vu », observe-t-il, en référence à ces deux auditeurs de la radio RMC, qui ont officiellement déposé lundi devant huissier une offre de… 156 euros, pour les deux lots. « Et quand TF1, France 2 et M6 proposent de diffuser des matchs en clair, c’est aussi tirer sur l’ambulance », ajoute Maes. Il faut dire que se retrouver en position de devoir laisser son affiche phare de la saison - OM-PSG dimanche soir - à un acteur qui ne paye plus depuis des mois n'aide pas.

Quelles sont les options de la LFP, désormais ? Si elle peut discuter de gré à gré avec les trois acteurs qui se sont déclarés lundi, un rapprochement avec Canal + semble inévitable. « Il faut retrouver un peu de dignité, lance le spécialiste. J’espère que Canal n’est pas l’ennemi de la Ligue car c’est la seule chaîne qui a de l’argent pour elle. La LFP doit lui demander poliment ce qu’elle est prête à lui donner. »

L'« invité surprise » ne viendra pas…

Le président Vincent Labrune peut en effet relancer Canal sur l’offre orale émise le mois dernier, à savoir 590 millions d’euros + 100 de variables pour l’ensemble des droits de la Ligue 1, comme l’a rapporté L’Equipe. Le rapprochement peut également se faire par le biais d’un nouvel appel d’offres, qui comprendrait cette fois le fameux lot numéro 3 que Canal veut restituer.

Leurs intérêts convergent, la logique voudrait donc que… Mais encore faut-il que la Ligue se rende à l’évidence. Et que les membres du comité de pilotage arrêtent de se voiler la face. « La dernière fois, il y a eu un invité surprise, pourquoi n’y en aurait-il pas un maintenant ? », lançait ainsi le président rémois Jean-Pierre Caillot lundi avant de décacheter les enveloppes, quand Jean-Michel Aulas faisait quant à lui mine de ne pas voir le problème avec le boycott de Canal + et beIN Sport. 

Les leçons de l’introspection déclenchée par le fiasco Mediapro, de laquelle était ressortie une sorte d’aveuglement général, avec des dirigeants insensibles à différents signaux d’alerte, ne sont peut-être pas encore tout à fait assimilées. On notera d’ailleurs que certains acteurs de l’appel d’offres de 2018 sont toujours au cœur du processus.