« On n’est jamais trop engagé contre le racisme », explique le Limougeaud Jerry Boutsiele

BASKET Le pivot international du CSP Limoges a accepté d’être le visage d’une campagne antiracisme en partenariat avec la Ligue des droits de l’Homme

Propos recueillis par Julien Laloye

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Jerry Boutsiele a fêté ses deux première sélections en équipe de France en novembre 2020.
Jerry Boutsiele a fêté ses deux première sélections en équipe de France en novembre 2020. — Iroz Gaizka / AFP

Il est l’un des meilleurs pivots du championnat de France, retenu chez les Bleus par Vincent Collet pour la prochaine fenêtre internationale de février. Mais on n’a pas appelé Jerry Boutsiele pour causer rebonds et prise d’informations dans la raquette. Sollicité par son club pour porter une campagne antiraciste inspirée par les joueurs NBA à l’été, le garçon d’origine congolaise, le seul de sa fratrie né en France, n’a pas hésité à relever le gant, adoubé par le vestiaire limougeaud. Il nous détaille la genèse du projet et les raisons de son engagement aux côtés de la Ligue des droits de l’Homme, qui a souhaité s’associer au CSP Limoges pour mener ce combat.

Qu’est-ce qui a déclenché votre envie de vous impliquer dans le combat antiraciste ?

J’ai clairement eu une révélation en voyant les joueurs NBA manifester leur position comme ils l’ont fait dans la bulle d’Orlando. Je n’aurais jamais cru qu’ils pourraient aller jusqu’à boycotter un match. Porter un slogan, faire passer des messages, c’est une chose, mais aller contre l’institution pour montrer que ça ne peut plus durer après les tirs policiers sur Jacob Blake, c’est très fort. Il a suffi d’une équipe dise stop pour que toutes suivent. C’est inspirant, forcément. Alors quand le CSP a cherché un moyen d’être actif sur ces questions, j’ai eu envie d’en être.

Est-ce que le mouvement Black lives Matter ou les violences policières en France font partie des conversations dans le vestiaire limougeaud ?

C’est devenu un sujet quotidien d’échange entre nous, y compris avec les joueurs américains qui sont au club. A chaque fois qu’il y a un fait divers là-bas, ou au moment des violences policières en France, on en parle dans le vestiaire. Il y a des similarités entre nos deux pays sur la question du racisme, ça dépasse le domaine du sport. Personne n’a hésité une seconde quand on a décidé de se lancer dans ce projet. C’est une fierté que Limoges soit précurseur sur ces questions.

Vous avez joué au foot jusqu’à 17 ans avant de venir au basket sur le tard. Quelle est votre expérience personnelle du racisme ?

C’était beaucoup plus fréquent au foot, mais ça m’est arrivé aussi dans des salles de basket, quand j’ai commencé. En championnat espoir, on joue entre copains, dans des petites salles, avec peu de gens en tribune. Alors forcément on entend des choses… « Bamboula tu devrais attraper des ballons comme t’attrapes des bananes ». La première fois que j’ai entendu ça, j’ai été scotché. J’aurais facilement pu aller lui régler son compte vu ma carrure, mais le coach m’a dit d’aller quelques instants sur le côté pour me calmer. Ça ne valait pas la peine de répondre à ces gens comme ça, il y a un travail d’éducation à faire avant.

Comment va se dérouler la campagne que vous entendez mener ?

Avec le club, on a prévu plusieurs interventions dans la région, notamment auprès des jeunes, dans les établissements scolaires. En commençant par une question toute simple : « pour vous, c’est quoi le racisme ». J’imagine qu’on aura droit à plein de clichés, mais il faudra les démonter, et expliquer que le racisme n’a pas sa place en parlant de ce qu’on connaît le mieux, le sport, où cohabitent tant de cultures et d’origines différentes. Aujourd’hui c’est plus facile de diffuser son aigreur en se cachant derrière un écran, alors qu’on peut faire exactement le contraire et s’engager pour une cause juste.

Il y aura aussi des actions sur le terrain sportif ?

On est en train de discuter d’un certain nombre de choses, en fonction de l’évolution de la crise sanitaire. Ce qui est sûr, c’est que le club a prévu un maillot spécial pour l’occasion, qui sera porté face à l’Asvel et Levallois en mars. On passera du noir au blanc, avec des slogans à la place de nos noms, sur le modèle de ce qu’a pu faire la NBA l’été dernier. On a le choix entre un certain nombre de messages. « Combien de morts en plus ? », « Assez », « stop aux violences », des choses comme ça. Je n’ai pas encore choisi le mien.

Diandra Tchatchouang, Olivier Dacourt, ou Thierry Dusautoir vous ont rejoint dans un rôle d’ambassadeur ? Espérez-vous inspirer au-delà du CSP Limoges et de la Pro A ?

Notre objectif, c’est évidemment que cette campagne provoque un effet boule de neige et que les autres clubs français de Pro A vont suivre, pour commencer. La Fédération et la Ligue nous soutiennent et se sont engagées à nos côtés, c’est un bon début. On ne va pas vaincre ce fléau à nous seuls, mais on n’est jamais trop engagés quand il faut dénoncer le racisme et les violences policières. C’est tombé sur moi, mais ça aurait pu être n’importe lequel de mes coéquipiers. Tout le monde se sent concerné, véritablement.