Tour de France 2021 : A-t-on le droit de parler d’un parcours décevant ?

CYCLISME Contrarié par le retrait du Danemark, ASO a dû changer son fusil d’épaule au dernier moment

J.L.
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Pogaçar pourra-t-il remettre ça en 2021?
Pogaçar pourra-t-il remettre ça en 2021? — christophe petit tesson / POOL / AFP
  • On connait désormais le parcours du Tour de France 2021.
  • Avec seulement trois arrivées au sommet, ce parcours sera plus « facile » que le précédent. Voire décevant ? On pose la question.

« C’est un parcours différent de ces dernières années, moins pour les grimpeurs, plus pour les coureurs complets surtout avec deux grands chronos ». On connaît notre Thibaut Pinot sur le bout des doigts, et quand le leader de la Groupama-FDJ se montre aussi lapidaire sur un parcours, c’est qu’il n’a pas grand-chose à en dire de positif. Cela tient peut-être à sa présentation, expédiée un dimanche soir tard alors qu’on se fait chaque année un plaisir d’assister au grand raout de la Porte Maillot, mais comme notre Tibo d’amour, on a été moyennement emballés par le tracé de Christian Prudhomme. A raison, vraiment ?

Un tracé un peu forcé par les circonstances

Avant toute chose, reconnaissons à l’organisateur une faculté d’adaptation hors du commun. Après avoir déplacé l’édition 2020 à septembre avec un certain succès au vu des circonstances, ASO a dû s’employer jusqu’aux derniers jours pour trouver un plan B au Danemark, qui a repoussé son Grand départ d’un an en raison de la tenue de certains matchs de l’Euro 2021 à Copenhague aux mêmes dates. Si la Bretagne, terre des plus grands champions du cyclisme tricolore, ne fait jamais faux bond au Tour (à part Rennes), il a fallu modifier la suite en conséquence.

« Cela peut paraître idiot mais il a fallu en plein cœur de l’été changer quasiment une semaine après les changements de dates de l’Euro de football et des JO. On s’est retrouvé fin juillet sans grand départ pour 2021 et, je veux remercier très sincèrement le conseil régional de Bretagne qui a donné son accord pour avancer d’un an son grand départ », résume Christian Prudhomme, le directeur de l’épreuve.

En clair, cela donne presque une semaine d’observation avant d’attaquer la montagne, quelques passages obligés aux airs de déjà-vu en chemin (Mûr de Bretagne, bon), et une étape incroyablement longue entre Vierzon et le Creusot pour arriver jusqu’aux Alpes. 248 bornes, le plus long kilométrage depuis 2000.

Trop de contre-la-montre ?

Deux contre-la-montre individuels sur le Tour ? C’est une première depuis 2017, ce qui n’est pas la préhistoire non plus. Mais 58 bornes au total, sur un parcours archi-plat à chaque fois, c’est du jamais vu depuis 2013 et cela nous rappelle un peu trop les années 90 et le roi Miguel qui écrasait tout le monde sur le chrono avant de gérer en montagne.

« C’est un parcours un peu plus traditionnel, un peu plus classique, qui me rappelle le Tour que je regardais dans mon enfance, avec deux grands chronos qui seront des échéances importantes pour le classement général », commente sobrement Romain Bardet, qu’on imagine moins enchanté par la perspective que des rouleurs-grimpeurs comme Roglic ou Dumoulin, qui auront toutefois le désavantage de se tirer la bourre dans la même équipe.

Là aussi, l’organisateur a fait comme il pouvait. « On ne souhaitait pas avoir plus de deux sprints consécutifs, or sans ce chrono, cela aurait été le cas entre la Bretagne et Châteauroux ». Ajoutons qu’on a tous en mémoire la remontada extraordinaire de Pogaçar en septembre dernier en haut de la Planche des Belles Filles. C’est bien l’effort individuel qui nous a offert le plus beau retournement de situation de la décennie sur la course.

Seulement trois arrivées au sommet

Sur ce point également, il va falloir se défaire de nos mauvaises habitudes. Pas d’étapes décisives pour le classement général avant la deuxième semaine, et des Alpes ratiboisées au profit du massif des Pyrénées, pourtant considéré comme ringard ces dernières années. Il n’y aura que trois arrivées en altitude (Tignes, Saint-Lary-Soulan, Luz-Ardiden), ce qui accrédite la thèse d’un menu plus léger, après deux éditions qui ont frisé la surenchère en la matière. Prudhomme fait le service après-vente :

« Il se trouve que les Alpes sont le premier massif montagneux. Le parcours dépend beaucoup du lieu du grand départ. En 2020, on avait l’occasion d’aller tout de suite dans la montagne. C’est la première semaine qui fait la différence. Mais elle n’est pas énorme, on a 27 cols au lieu de 29 et on va monter plus haut même si le port d’Envalira n’est pas le plus rude des cols. Dans la dernière étape de montagne, tout peut se passer avec le Tourmalet et Luz-Ardiden sans vallée entre les deux. La veille aussi, la montée du Portet, ce n’est pas rien. Il y a de quoi faire ».

Pour ce qui est des arrivées au sommet en elle-même, le Tour avait une dette envers la station de Tignes, privée de son arrivée en 2019 le fameux jours de l’abandon de Pinot​, et le directeur du tracé (Gouvenou) a observé comme nous que le train des Jumbo-Visma avait souvent anesthésié les arrivées en haut des cols cette année, avec une attaque dans un fauteuil de Roglic à 500 mètres du sommet. On rajoute donc dix bornes de descente, plus difficiles à contrôler par les grosses armadas, en espérant que ça change quelque chose. Tadej Pogacar, vainqueur sortant, synthétise le parcours pour l'Equipe : « Personnellement, j’aurais préféré plus d’arrivées au sommet. Là, il n’y en aura que trois mais cela reste un parcours très intéressant […] Comme cette année, on va encore terminer le Tour par un contre-la-montre, pour la 20e étape, il sera bien plus plat et moins technique, mais c’est possible que tout se joue encore là. »

Pas d’innovations majeures

Ici on finasse un peu mais quand même. Le Tour 2021 n’offre pas véritablement de trouvaille géniale, même s’il est difficile de dégoter tous les ans une bestiasse aussi impressionnante que le col de la Loze, qu’on reverra sûrement très vite en été (et sans masques au bord de la route). Prudhomme a bien tenté de nous vendre le Signal d’Huchon et la rudesse de ses pentes à plus de 15 % sur la route du Creusot, mais on ne parle pas d’un col à proprement dit, ni même d’une étape de montagne.

Il y a bien, c’est vrai, cette histoire de Ventoux à escalader deux fois dans la même journée, ce qui risque de piquer les jambes pour peu que ça souffle comme dans les grands jours à partir du Chalet-Reynard (le 7 juillet). Cette double ration peut-elle déboucher sur une étape d’anthologie ? Le précédent de l’Alpe d’Huez en 2012 nous invite à la prudence, d’autant que l’arrivée ne sera pas jugée en haut du Mont Chauve, mais au bas de la descente menant à Malaucène. Le bouc émissaire est tout trouvé si on s’y emmerde copieusement.